Soror Ashera – Nuit, Déesse sans limites

Traduction et adaptation personnelles

« Nuit the Sky Goddess », par Cice Rivera

“Je suis l’Espace infini et de celui-ci les Etoiles infinies” —AL I:22

En Egypte, il y 4 300 ans, la Déesse de la Vie Eternelle parla : « sois comme une étoile impérissable qui vit éternellement. » Des millénaires plus tard, un mage anglais de vingt-neuf ans entendit le message de cette entité infinie : « chaque homme et chaque femme est une étoile. » Les mots sont ceux de Nuit, la Déesse-Etoile, divinité de la voûte céleste. Pour les anciens, Elle était le ciel au-dessus de nous, et formait la structure de l’espace à l’intérieur de laquelle toute réalité prenait forme. Qui est-Elle à présent ? De nombreux concepts connus de ceux qui lisent le Livre de la Loi sont bien antérieurs à l’oeuvre de 1904. L’omniprésence de Son corps, Son amour pour l’humanité – ceci n’a pas changé. La Déesse du Liber Al a une identité riche et vénérable ; Ses caractéristiques et Son message sont cohérents avec le passé, tout en donnant vie à la Magick d’aujourd’hui. Apprenons à connaître la déesse Nut des Egyptiens puis explorons son identité dans Thelema. Nous verrons ensuite ce qu’Elle a à nous transmettre.

La Déesse Ancienne

Son nom est-il Nut, ou Nuit ? Les deux sont corrects, d’anciens travaux d’égyptologie l’orthographiant de différentes façons. Les spécialistes modernes retranscrivent Son nom depuis les hiéroglyphes comme « Nwt ». La prononciation historique était probablement « Nout ». Les Egyptiens La connaissaient comme le cosmos organisé qui entoure le plan de la Terre physique, avec les étoiles et les planètes, incluant le domaine de l’après-vie.

Son premier consort est Geb, le Dieu-Terre, et ensemble Ils sont les parents des grands Dieux Osiris, Isis, Seth et Nephtys. Les prières qui Lui sont consacrées sont inscrites dans les pyramides, et Son image est présente dans de nombreux temples ; mais aucun de ceux qui ont été découverts jusqu’à présent ne Lui est exclusivement dédié.

Lorsque Nut est représentée comme le Ciel s’arquant au-dessus de la Terre, Elle est nue. Parfois, les étoiles sont représentées comme étant à l’intérieur de Son corps, à d’autres moments elles sont sur sa peau, ou peintes à ses côtés. Quoiqu’il en soit, la nudité n’est pas courante pour représenter les divinités en Egypte. Nut a peut-être été représentée ainsi parce qu’Elle est considérée comme une femme donnant constamment la vie (par le passage du Soleil dans Son corps pendant la nuit). Lorsqu’Elle est représentée de manière plus conventionnelle – comme sur des murs de tombeaux – elle est vêtue. Sa coiffe n’est pas, comme on aurait pu l’imaginer spontanément, une étoile, mais un récipient d’eau. Ce hiéroglyphe utérin retranscrit le son nu, à la fois Son nom et Sa fonction, l’eau étant associée à la vie. Dans les temps pré-dynastiques, Elle absorba les identités de Déesses-Mères tribales liées à la vie éternelle, à l’eau et à l’abondance. Ces qualités Lui sont restées liées. Les eaux premières de la Création produisirent la vie, ce que reproduit à son échelle l’eau du Nil. Le corps de Nut forme le Nil céleste sur lequel vogue la barque du Soleil pendant le jour, et à l’intérieur duquel ce même Soleil passe pendant la nuit. L’éternelle mère de la lumière donne naissance au Soleil à chaque aube, et nous entoure nuit et jour en tant qu’espace parsemé d’étoiles.

« Chaque homme et chaque femme est une étoile. » Les Egyptiens auraient approuvé, en tout cas en ce qui concerne les précieuses âmes des disparus. Le fait de devenir une étoile dans le ciel après sa mort était une de leurs premières croyances de vie après la mort. Le Livre des Morts dit « Je passe pur au travers de la Voie Lactée. » [chapitre 176].

La voûte étoilé au-dessus de nous est le domaine des âmes éternelles et de la Déesse Céleste qui les reçoient. Pendant des milliers d’années d’histoire égyptienne, Nut est étroitement liée avec la réception, la régénération et la protection des morts. Pour cette raison, elle est représentée sur des pièces funéraires. Dans un texte mortuaire de 1350 avant notre ère, Elle dit : « j’entoure la beauté de toute mon âme, pour que toute vie, stabilité, domination et santé soient accordées au roi, puisse-t-il vivre éternellement ! » [Textes des Pyramides 11]

Le but de la partie des sorts consacrés à Nut dans les Textes des Pyramides et les Textes des Sarcophages est de donner le pouvoir aux morts de sang royal de s’élever dans le ciel et de devenir des étoiles immortelles, traversant l’éternité. « Puissiez-vous avancer avec votre mère Nut ; qu’Elle vous prenne par la main et vous montre la route jusqu’à l’horizon, là où réside Râ. » [Textes des Pyramides 422]. Ces textes peuvent être trouvé sur les murs des pyramides, des pièces mortuaires et inscrites sur des sarcophages. Une fois dans les cieux, le décédé est « entouré par Orion, par Sirius et par l’Etoile du Matin », qui le placent dans les bras de Nut et le préservent de toute punition ou annihilation. Nut est une amie, une protectrice des morts, qui font appel à Elle comme un enfant appelle sa mère : « Ô ma Mère Nut, étend Ton corps au-dessus de moi, afin que je prenne ma place parmi les étoiles impérissables qui sont en Toi, et qu’ainsi je ne meurs pas. » [sarcophage de Henut-Wadjebu].

Vers 2000 avant notre ère, les gens du peuple ont fait leurs ces textes et concepts, jusqu’ici réservés aux dynasties royales. Les étoiles du corps étoilé de Nut n’étaient alors plus seulement vues comme les morts d’origine aristocratique, mais comme tous les esprits de valeur. Certaines tombes incluent des pièces entières recouvertes d’étoiles, un microcosme du ciel nocturne. Dans d’autres, des chambres sont décorées avec d’immenses représentations du corps arqué de Nut. Elle est peinte et gravée sur des bijoux, des meubles funéraires et des murs, des plafonds et des autels de temples. La Déesse-Ciel est une gardienne, qui accueille les mort et offre la vie éternelle, et est pour cela représentée par toutes les couches de la population dans leurs sépultures.

Son image recouvre les sarcophages. Sa figure munie d’ailes protectrices est tissée dans des couvertures mortuaires. A travers cette symbolique, les morts étaient confiés à la Déesse, afin de reposer pour l’éternité dans Ses bras. « Je suis Nut, et je suis venue afin de vous entourer et de vous protéger de toute mauvaise chose. » [Textes des Sarcophages 792]. Au temps du Nouveau Royaume [1567 avant notre ère], des textes funéraires à caractère magique étaient vendus sur des rouleaux de papyrus. Nut est incluse dans ces sorts et y est considérée comme la mère des cieux et la protectrice des morts vertueux. Elle est montrée au moment du Jugement, rafraîchissant les morts avec de l’eau et de la nourriture. Leurs existences pouvaient alors continuer telles la lumière des étoiles, comme des dieux en compagnie des cieux, appréciant l’amour et la beauté pour l’éternité, aux côté de leurs aimés.

La Nuit Moderne

Il s’est passé des millénaires entre Nut de l’Egypte Ancienne et les adeptes modernes de Thelema ; mais Nut ne nous a pas oubliés – nous, Ses Enfants-Etoiles. Dans ce qui fut peut-être la plus grande initiation de la vie d’Aleister Crowley, Elle inaugure un nouvel éon et s’identifie clairement comme « Nuit ». Nuit est-Elle la même que Nut ? Je crois qu’Elle l’est. Au sein de la théologie ésotérique il existe des Dieux qui évoluent, qui changent et se développent avec le temps, en co-création avec l’humanité et la culture. Il en est ainsi avec la Déesse-Etoile dont la personnalité continue à se dévoiler, d’une manière cohérente avec l’identité de l’ancienne Dame du Ciel.

Nuit est une des trois déités fondamentales de la théologie thélémique. Elle se révèle à nous à travers le texte canalisé du Livre de la Loi.  Le premier chapitre est sa manifestation, message qui n’a cessé d’inspirer et de fasciner les nouvelles générations. Crowley est chargé de « suivre l’amour de Nu dans le ciel parsemé d’étoiles… De dire son doux mot. » Et il l’a dit !

Pourquoi Crowley ne l’appelait-il pas Nut ? Le Livre de la Loi a été retranscrit tel que Crowley l’a entendu, et la prononciation du nom de la Déesse date d’alors. Le texte fait aussi référence à « Nu », ce qui a du sens puisqu’il rappelle son emblème – le récipient d’eau. En plus des noms Nuit et Nu, dans son commentaire au Liber Al, Crowley l’orthographie également Nuith.

Crowley était déjà familier de la Déesse pendant ses études. Elle est brièvement mentionnée dans son poème « une litanie », datant de 1901. Avant cela, il la connut aussi probablement grâce à quelques brèves apparitions (en tant que Nu) dans les rituels de la Golden Dawn. Mais à partir de 1904, le prêtre et prophète élu par la Déesse nous dit : « Nuit est une conception qui dépasse toutes celles que les hommes ont pu avoir du Divin. Ainsi, elle n’est pas la simple Déesse-Étoile, mais quelque chose de bien plus élevé, délicatement voilé dans Son indicible gloire. »

Une nouvelle philosophie est alors dévoilée ; Le consort de la Déesse est le Dieu Hadit, dont le nom provient de la stèle de la révélation, et fut également entendu pendant la transmission du Livre de la Loi. Cette association ne se base pas sur l’archéologie, mais est une affirmation d’ordre métaphysique. Hadit est le point central de l’extension infinie de Nuit, et représente l’individu en relation avec Elle, le point de vue conscient de lui-même qui fait l’expérience de la vie et de la Déesse. Dans son Nouveau Commentaire [I:31] Crowley dit « le développement de l’Adepte se fait par expansion – vers Nuit – de manière égale dans toutes les directions. »

Nous pouvons représenter Nuit comme l’univers constamment en extension, contenant des dimensions infinies. A l’intérieur de ces dimensions incommensurables, les étoiles, les formes de vie et les actions – sont toutes les possibilités. Elle est infinie, inconcevable. Toute manifestation ou image d’Elle n’est pas Elle, mais seulement une petite vision. Lorsque nous levons les yeux au ciel la nuit venue, nous ne sommes capables d’appréhender qu’une infime portion du ciel nocturne, qui lui-même n’est qu’un fragment de l’univers entier. Nous échouons dès lors que nous essayons de la décrire. Même en L’approchant comme l’Une, la plus élevées de toutes les déités manifestées, nous ne sommes pas capables de la comprendre : « … que les hommes ne parlent pas de Toi comme une, mais comme Aucune » ; cet Aucun, Néant ou Zéro (0) englobe tous nos concepts de Divin. Il est le Tao, la Source, l’Ain Soph. Il est la Perfection au-delà de la dualité masculin-féminin, même au-delà du Un : « Le Parfait et le Parfait sont une seule Perfection et non pas deux ; bien plus, ils ne sont rien ! » Il y a un paradoxe ici. Elle est l’Aucun – L’Infini Vide qui est au-delà de la polarité. En même temps, Elle est une Déesse spécifique avec une image, un nom, une histoire, des promesses et même des préférences : « …vous êtes mes élus. »

De la même manière que  les étoiles nous sont visibles, mais avec une perception limitée, ainsi nous pouvons accéder à Nuit. Nous La rencontrons dans la Messe Gnostique, où la Voix provenant de l’autel se déclare « l’éclat nu du voluptueux ciel nocturne ». La prêtresse est devenue la figure arquée sur la Stèle de la Révélation, Nut la Déesse Céleste – qui dit : « pour moi ! pour moi ! ». Nous sommes appelés à nous unir à Elle, à vivre une vie dans laquelle nous avons conscience d’être inséparable de l’univers et du sacré. L’unité avec le Divin ne désigne plus l’Un, comme dans l’ancien éon. A présent, il signifie le Néant, l’Infini : « Le Néant est la clé secrète de cette Loi. » Nul ne nous dit plus de rejeter notre humanité. Les instructions de Nuit sont d’en jouir : « …revêtez de belles parures, mangez des mets succulents, buvez des liqueurs et des vins pétillants ! ». Nous nous devons d’être des étoiles à présent, pas des saints dans la perspective d’une quelconque après-vie. « Que l’extase et la joie de la terre soient toujours tiennes. » Elle nous pousse à chercher la joie dans le miracle de l’incarnation et à travers cette perfection (« Ceci régénérera le monde… ») à maîtriser l’univers physique. « Souvenez-vous que l’existence est pure joie. ».  Réunion et joie ; voilà, réellement, en quoi consiste le Grand Oeuvre.

Pourquoi invoquer Nuit ? Même en dehors de la magie et du mystère de la Messe Gnostique (Son rituel public de base), nous avons bien des raisons de nous tourner vers Elle en pleine conscience. Nous l’invoquons pour nous connecter à un être sans limites, pour compenser nos propres limites supposées, et pour briser les liens qui confinent nos idées, nos pensées, nos comportements. « Le mot du péché est  restriction. » Nous l’invoquons pour rejeter toute forme de séparation et vivre pleinement les perspectives qu’Elle offre, et à travers cela nous aligner avec nos propres aspirations les plus hautes, et notre vraie volonté. Elle est la source infinie des étoiles, de l’espace et de toute manifestation. Elle est « l’Espace Infini », avec tout le spectre de possibilités que le terme peut nous laisser imaginer. C’est notre droit reçu à la naissance ; plus rien à voir avec les restrictions des Dieux qui voudraient faire de nous des esclaves. « Oui ! Festoyez ! Réjouissez-vous ! Ne craignez pas l’au-delà. »

Notre belle Déesse des Étoiles embrasse chaque femme et chaque homme, puisqu’en réalité, nous sommes tous déjà partie intégrante de Son être. Elle nous procure toute chose qui nous apportera du plaisir et du confort dans ce monde souvent hostile. Que nous cherchions le repos dans sa matrice entre les vies, l’extase de Sa caresse, un baiser réconfortant, ou des possibilités illimitées – Elle nous les offre. « Oui » est le mot qu’Elle nous dit à chaque fois. Elle accueille chaleureusement tous ceux qui se tournent vers Son amour infini et cherchent la consolation auprès d’Elle. « Les joies de mon amour te feront oublier toutes les souffrances. »

G.K. Chesterton a dit, « parmi toutes les choses étranges que les hommes ont oublié, le plus universel et catastrophique trou de mémoire dont ils ont été frappés est d’avoir oublié qu’ils vivent sur une étoile. » Nous négligeons notre connexion à la Source Infinie, prenant ainsi un grand risque ; je parlerai même de désastre,  disastrato en latin. Dis signifie « éloigné ou séparé » et astrato signifie « les étoiles ». Pour que l’univers puisse exister, la division à partir du Tout a été nécessaire ; « car je suis divisée pour l’amour de l’amour. » La conséquence de la séparation est souvent la souffrance, mais celle de la réunion crée « des joies inimaginables sur terre : la certitude, non pas la foi, durant la vie, sur la mort ; paix indicible, repos, extase… ». Nuit désire notre participation consciente comme dévotion, mais ne demande aucun sacrifice. Il n’y a pas un seul chemin qui ne conduise vers la joie qu’Elle offre. Aucune orthodoxie ne nous conduit vers Son extase. Elle tend les lois paradoxales de l’Amour et de la Volonté, et souhaite que nous comprenions que nous n’avons jamais réellement été séparés ; « Je suis au-dessus de vous et en vous. Mon extase est la vôtre. Ma joie est de voir votre joie. »

 La loi de la lumière, de la vie, de l’amour et de la liberté a été proclamée. Elle qui est sans fin et éternelle prend forme en chacun de nous. Nuit a donné la lumière qui illumine l’âme avec extase, la vie pour expérimenter Ses possibilités infinies « d’Amour sous la Volonté », l’Amour pour nous unir avec Elle, et la liberté de choisir notre propre chemin.

Soyez une étoile impérissable qui vit éternellement.

Voici la grâce offerte par Notre Dame des Étoiles. »

Le Livre de la Loi d’Aleister Crowley, traduction Philippe Pissier

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