Donna Tartt – Le Maître des Illusions

Extraits des pages 59 à 62 (Editions Pocket, 1994).

[…] La beauté, c’est la terreur. Ce que nous appelons beau nous fait frémir. Et que pouvait-il y avoir de plus terrifiant et de plus beau, pour des âmes comme celles des Grecs ou les nôtres, que de perdre tout contrôle ? Rejeter un instant les chaînes de l’existence, briser l’accident de notre être mortel ? Euripide parle des Ménades : la tête en arrière, la gorge vers les étoiles, « plutôt des biches que des humains ». Être absolument libre ! On est parfaitement capable, bien sûr, d’assouvir ces passions destructrices de façon plus vulgaire et moins efficace. Mais quelle gloire de les déchaîner d’un coup ! De chanter, de crier, de danser pieds nus dans les bois au cœur de la nuit, sans plus avoir conscience de sa mortalité qu’un animal ! Ce sont là des mystères puissants. Le mugissement des taureaux. Les sources de miel qui bouillonnent dans le sol. Si nos âmes sont assez fortes, nous pouvons déchirer le voile et regarder en face cette beauté nue et terrible ; que Dieu nous consume, nous dévore, détache nos os de notre corps. Et nous recrache, nés à nouveau. »

Nous étions tous figés, penchés vers lui. J’avais la bouche ouverte, et je sentais chacune de mes respirations.

« Cela, pour moi, c’est la terrible séduction du rituel dionysiaque. Difficile à imaginer, pour nous. La flamme de l’être pur. »

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