Les plantes de Saturne

Au cours de la période sombre passée [texte initialement publié en février 2015], j’ai commencé un travail de longue haleine sur les correspondances planétaires des plantes. Au début de mon parcours magique/sorcier, j’avais tendance à voir les correspondances proposées dans les livres comme de formidables boîtes à outils, sans vraiment les remettre en question – même s’il m’arrivait de lever un sourcil l’une ou l’autre fois. Puis au fil du temps, mes ressentis se sont affinés, mes lectures se sont multipliées, j’ai commencé à tisser des liens instinctifs entre diverses choses, pour forger mes propres correspondances, inspirées bien sûr de tout ce qui a été fait par d’autres que moi … J’ai mis beaucoup de temps à m’intéresser à l’influence planétaire car elle me semblait trop teintée de haute magie ; à présent que j’ai pigé quelques trucs en théorie des signatures, et qu’ils commencent à faire sens dans mes expériences, j’ai eu envie de m’y plonger davantage et surtout de structurer tout ça.

Plus que simples outils pour bidouiller des sorts ou des potions, les correspondances m’apparaissent désormais comme de véritables métaphores, des artifices poétiques qui m’ouvrent davantage les yeux sur le monde, me rendent consciente de ses subtilités et m’initient à ses mystères.  C’est assez difficile à décrire, mais je vous encourage vivement à lire la trilogie « Pharmako » de Dale Pendell, qui tient autant de l’œuvre poétique que d’un travail ethnobotanique et magique de grande qualité, pour mieux comprendre où je veux en venir 🙂

Ce premier article est donc le fruit de mes recherches et de mes réflexions sur Saturne, et les plantes qui lui sont associées. Il s’agit plutôt de prise de notes, qui seront certainement amenées à évoluer encore dans le temps.

Daniel Schulke

Saturne est le « grand enseignant » des astrologues. Ses leçons sont relatives à la responsabilité, à la maturité, aux schémas qui se répètent et aux moyens d’arrêter leur répétition. Il est le Père Temps, mais aussi le faucheur, celui qui permet la génération et la persistance, mais aussi le renouvellement par la mort. Il est également le dieu de la préservation de soi, de la sécurité.

Pour les Grecs anciens, Kronos apportait paix intérieur et introspection. Mais pour Eliphas Levi, les travaux en lien avec Saturne sont ceux de la mort et de la malédiction. Pour d’autres auteurs encore, Saturne est aussi une planète d’intellect et de contemplation, la planète de la « compréhension », associée à la sephirah de Binah dans l’arbre kabbalistique. Pour les contemplatifs, ceux qui se tournent vers leur vie intérieure, spirituelle, une vie de réclusion, Saturne est un allié.

Des mots-clés : associé à la notion de propriété, de lois, de bases, aux os (particulièrement aux genoux), aux dents, à l’agriculture et aux cycles. Stabilité, transactions, vies antérieures, esprits, mort, morale, recommencement. Ethique personnelle, auto-discipline, karma, responsabilités, guérison. Energies chthoniennes. Travail avec la mort, la rancœur, la vengeance. Malédiction et protection. Remise à zéro. Cycle fructification-récolte-repos de la terre.

Son action : agissant lentement et en profondeur, Saturne a la capacité de structurer, de soutenir, mais aussi de lier, d’assécher, de ralentir jusqu’à stopper un processus.

Traits caractéristiques des plantes : poussent lentement, grasses, aux tiges et bois durs, persistantes, invasives, qui prennent vie dans des endroits secs et froids, plutôt hostiles aux autres plantes, aimant l’ombre ; pétales de couleur pâle ou particulièrement sombre ; racines épaisses, nombreuses graines, souvent psychoactives, narcotiques, sédatives, toxiques. Voire mortelles, même à petite dose. Odeurs âcres, boisées, terreuses, entêtantes.

Plantes associées : pavot, cyprès, if, fumeterre, racine de valériane, hellébore, bryone, solanacées (belladone, tabac, datura, mandragore, jusquiame, morelle noire, mais aussi tomate, pomme de terre, aubergine, piments), chanvre, lierre, prunellier, sureau, molène, arbres à feuillages persistants comme le pin, le sapin, le houx, ou encore le gui. Ipomée, violette.

Cette liste est non exhaustive – j’ai choisi d’y répertorier des plantes que j’ai déjà côtoyées, qui me semble pertinentes dans le cadre d’un travail avec Saturne, et qui sont simples à trouver sous nos latitudes (que ce soit dans son jardin, dans la nature, ou via boutique en ligne). Par ailleurs, l’identité d’une plante ne se résume pas à une association planétaire ; cette association met en éclairage certains aspects de la plante – et certains aspects de la planète ! – de manière plus efficace que de longs discours, c’est du moins ce que je crois. Les correspondances sont là pour élargir le champ des pratiques, pas pour le restreindre !

Résines : asafoetida, opoponax, myrrhe
Jour de la semaine : samedi
Métal : plomb
Partie des plantes : racine
Eléments : terre et air
Couleur : noir, bleu nuit, violet, brun, gris
Minéraux associés : obsidienne, tourmaline noire, quartz fumé
Animaux associés : bouc, animaux à cornes en général, cheval, corbeau, reptiles, charognards
Arcanes du tarot : l’Hermite, la Mort, le Monde, le Diable, la suite de pentacles, 3 d’épées, 8 de coupes, 10 de bâtons.

Expérience personnelle : pour le bannissement, pour mettre fin aux schémas répétitifs, pour un travail d’introspection, pour explorer l’inconscient, aller à la racine des choses, à la compréhension au-delà des images et des mots. Faire table rase, puis établir des bases solides pour un projet. Explorer et consolider les structures.

En lien avec la Mère sombre et dévoreuse, ultime pourvoyeuse de sagesse, mais aussi avec le grand Initiateur. J’y ai relié des aspects de Dionysos ou d’Odin que j’ai pu rencontrer, mais surtout de Hekate, de Holda, de Cerridwen ou encore de Perséphone. Homme noir du Sabbat et Reine des Sorcières. Caïn et Awân.

Au cours de mes travaux, j’ai pu observer que les plantes de Saturne, notamment les toxiques, peuvent parfois agir comme des sirènes ; elles ont un aspect vénéneux et narcotique très séducteur, très envahissant, rampant, qui nous aide à aller plus loin dans nos mondes intérieurs, à explorer les folklores humains comme nos propres rêves, à nous connecter à certains esprits, notamment chthoniens… mais à travers  ces explorations on peut aisément toucher le fond ou dévier de sa route avant même de s’en rendre compte. Avec elles, on plonge au cœur de nos angoisses, de nos phobies, on se détache de toute notion d’espace-temps conventionnel, de toute appréhension de la réalité ; on saute à pieds joints dans l’Abysse… et on court le risque d’y rester coincé au lieu de le traverser. Est-ce vraiment ce qu’on désire ?

Je crois qu’il s’agit des étapes indispensables dans tout travail initiatique, mis sur notre route pour forger notre expérience, notre regard, et notre capacité à rester silencieux, solitaire, humble et observateur attentif et minutieux, apte à déjouer les illusions. Pour passer au travers de ces étapes, il est important d’être au clair ou tout au moins de s’interroger sur ses intentions, sur ses limites,  avant même de travailler avec ces plantes. Taire son ego et savoir écouter le Murmure derrière les murmures, qui guide à travers l’obscurité. Rester ancré, patient, organisé, travailler dans l’autodiscipline et la rigueur, d’autres apprentissages de Saturne sous ses aspects les plus « terre-à-terre » qu’il convient de ne pas négliger pour tirer le maximum de l’exploration des énergies de cette planète. Humilité (oui, encore !), silence et lenteur ne seront pas de trop pour aborder cette exploration.

Je n’encourage en aucun cas l’absorption de psychotropes ; la recherche de sensations fortes n’est, je crois, pas une vertu saturnienne ! Observer la plante dans son milieu naturel, passer du temps auprès d’elle, même en portant simplement sur soi une amulette ou en en conservant une sur son autel (amulette de préférence réalisée par soi-même), avec conscience et respect, est amplement suffisant pour apprendre d’elle.

Ressources :

Alchemy Works
Corax
Pharmako, Dale Pendell
Herbal Magick, Judith Hawkins-Tillirson
Encyclopedia of Magical Herbs, Scott Cunningham
The Master Book of Herbalism, Paul Beyerl
Viridarium Umbris, Daniel Schulke
Travaux personnels

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1 réflexion sur « Les plantes de Saturne »

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