Le Séneçon

Mais si, vous l’avez déjà vu. Sous ce nom se cache une des plantes les plus communes qui soient. « Mauvaise herbe » reine, on la croise en ville comme en campagne, de préférence sur des sols riches et souvent laissés en friche. Le séneçon commun est un envahisseur : avec ses akènes blancs portés par le vent (il peut produire plusieurs milliers de fruits par an !), il est capable de coloniser bien des terres, et on le retrouve un peu partout autour du monde. Une fois installé, il s’impose de manière pugnace face aux autres plantes. Il n’est pas rare de le voir fleurir pendant l’automne ou l’hiver, et sa floraison est particulièrement robuste.

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Séneçon des oiseaux, image trouvée sur plantes-magiques.fr

Séneçon vient du latin « senex » qui signifie « vieillard », clin d’œil à sa touffe de « poils » blancs. On le trouve également sous le nom de séneçon vulgaire, commun, des oiseaux, herbe à la chardonnerette, aux coitrons ; j’évoquerai également son cousin le séneçon jacobée, fleur de Saint-Roch, de Saint-Jacques ou encore de Notre-Dame, qui, bien que botaniquement proche du séneçon des oiseaux, a des traits spécifiques, y compris en magie.

Je me souviens étant gamine d’avoir fait des bouquets de ces fleurs jaunes, sans bien savoir si je les trouvais belles ou pas. Leur allure était trop rustique pour que ça fasse l’effet « bouquet de mariée » recherché, mais il fallait bien faire avec ce qu’on trouvait, et au final, j’étais quand même toujours bien fière de mes créations florales. Dans la pelouse de l’école où je travaille, elles résistent bien mieux que les pâquerettes aux piétinements des petits monstres : au mois de septembre, certaines de mes élèves m’en ont cueillies suffisamment pour remplir ma tasse à café, et ce matin, les mêmes ont à nouveau réussi à mettre la main sur quelques fleurs. C’est ce qui m’a rappelé que j’avais un article en préparation à son sujet depuis l’été passé.

Venons en donc au fait. Séneçon et sorcellerie. Honnêtement, je ne me serais jamais penchée dessus si dans un de mes ouvrages sur le folklore alsacien je n’avais trouvé mention du séneçon des oiseaux comme plante utilisée traditionnellement pour la protection et les exorcismes. « Quoi ? ça ? » Bah oui, fallait bien que le paysan moyen trouve de quoi faire dans le pré d’à côté. Et moi, fallait que je revois mes préjugés. Et puis surtout que je m’attache, comme j’en avais émis le vœu, à mieux connaître les « ressources » locales et les esprits des simples. Alors allons-y pour le séneçon.

La plante apparaît dans la pharmacopée populaire comme remèdes aux hémorroïdes, aux troubles menstruels, aux furoncles, aux rhumatismes, aux contusions, aux problèmes intestinaux (vers notamment)… Vu la palette d’utilisations possibles en matière médicinale, il paraît évident que cette modeste fleur constituait un allié familier rassurant pour quelqu’un en quête de protection ou de guérison psychique, émotionnelle ou physique. Pline parle de certaines pratiques magiques de son époque : La plante était supposée « capable de se charger des maux qu’elle était censée guérir et de les déposer dans la terre si on l’y replantait » (Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité). Si commune, si résistante, si envahissante, indomptable, elle m’apparaît comme une plante qui ne craint rien, mais avec beaucoup de tranquillité. Un bouclier qui passe inaperçu, mais reste bien campé sur ses racines lorsqu’il s’agit de lutter. Pas facile à aborder, honnêtement, la dame (jacobée ou des oiseaux) est restée muette un bon moment. Mais elle a fini par me révéler quelques petits secrets qui parlaient beaucoup d’ancrage, de confiance et de pugnacité sereine.

Le séneçon n’est pas qu’une plante de protection ou de guérison. Une de ses caractéristiques est de contenir des alcaloïdes (ce qui fait qu’elle n’est quasiment plus utilisée actuellement en herboristerie). C’est peut-être ce qui lui a donné la réputation de servir de moyen de transport pour les sorcières et les êtres féériques, au point d’être évoqué comme tel jusque dans un poème de Ted Hugues :

« Once was every woman the witch
To ride a weed the ragwort road:
Devil to so whatever she would:
Each rosebud, every old bitch.[…] »

Ted Hughes, « Witche »

On trouve mention de cet usage en Ecosse, en Irlande, mais aussi en Allemagne, et certainement en d’autres lieux. Il s’agit là toutefois seulement du séneçon jacobée, qui fut, d’après mes recherches, également utilisé dans des filtres d’amour au cours du Moyen-Âge.

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Séneçon Jacobée, image trouvée sur florevirtuelle.free.fr

Les seules correspondances que j’ai pu trouvées présentent le séneçon comme associé à Vénus et à l’eau. Personnellement, je trouve ces associations relativement pertinentes pour le séneçon jacobée, auquel je trouve une identité féminine assez prononcée – et bien sûr pour son action sur les troubles menstruels. Mais le séneçon des oiseaux me semble  beaucoup plus saturnien, et franchement associé à la terre. En vérité, les deux dégagent des énergies complexes, d’abord imperceptibles (même fuyantes), puis qui se révèlent petit à petit. Ce sont clairement des plantes sorcières, avec le tempérament qui va avec ^^ mais le jacobée évoque davantage la jeunesse et la séduction, tandis que le séneçon des oiseaux m’inspire plus l’image de la vieille « hag » : il me rappelle un peu le pissenlit, en moins souterrain.

Alors que faire avec lui, une fois qu’on a un peu « apprivoisé » le séneçon ? Quelques idées en vrac, qui pourront peut-être vous inspirer :

  • Un talisman pour la protection, pour la guérison, pour avancer dans une démarche ou un projet avec assurance, pour se libérer d’un sentiment d’entrave ou d’influences néfastes. A remettre à la terre une fois les épreuves traversées et la situation stabilisée.
  • Un ingrédient d’oreiller magique pour favoriser les voyages, en toute protection.
  • Un ingrédient d’encens : pour favoriser le voyage, mais aussi la communication avec les esprits (je ne pense pas tellement aux morts en écrivant ça, pour davantage aux esprits de la nature, animaux, plantes… Aux esprits de « la Haie » en somme). Pour purifier un espace, un objet, des personnes… Tout en favorisant l’ancrage. Le séneçon jacobée constituera également un bel ingrédient pour une offrande aux fées.
  • Une infusion qu’on pourra utiliser pour nettoyer un espace, un objet, avant ou après un travail ayant trait à la guérison, à la protection ou encore un voyage au tambour.

Plus qu’avec d’autres plantes, je conseillerais un travail préalable pour faire connaissance avec le séneçon avant tout usage magique. J’ai eu plusieurs fois l’impression d’être testée, même tournée en bourrique, avant d’entamer une relation de confiance mutuelle qui puisse donner lieu à des travaux plus poussés – bien sûr, il s’agit d’une expérience personnelle, à vous de vous forger la vôtre. Le mieux comme toujours pour cela est d’aller passer du temps dans la verdure… Vivement le printemps 🙂

Ressources

www.heilkraueter.de
www.twocrows.co.uk
Le séneçon sur le Wiki allemand
Le séneçon commun
Le séneçon sur le forum de l’Alliance Magique
Le séneçon chez Mutien

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