Tara Sanchez – Un bannissement avec Hekate

Traduction et très large adaptation personnelles d’un rituel proposé par Tara Sanchez dans son livre « The Temple of Hekate »

De nombreux rituels de bannissement connus trouvent leurs racines dans les traditions cérémonielles, comme la Golden Dawn ; ces rituels comptent parmi les techniques de « haute magie » qui ont franchi les frontières de genre, et sont désormais pratiquées dans d’autres courants contemporains, certainement en raison de leur simplicité et de leur efficacité. L’idée de bannir les esprits mal intentionnés n’est toutefois pas récente, puisque de tels sorts et rituels existent dès l’Antiquité, et dans un très large spectre de cultures ; la peur face à de tels esprits semble avoir été pandémique.

Dans un enseignement formel, c’est souvent une des premières pratiques qu’un néophyte doit maîtriser ; on la réalisera fréquemment deux à trois fois par jour pendant plusieurs mois, et à raison : si l’on n’est pas capable de mettre de l’ordre dans son propre bazar, mieux vaut ne pas risquer d’en créer un nouveau.

Réaliser un tel bannissement avant et après un rituel peut aider se débarrasser d’énergies négatives et d’entités qui n’ont pas été sollicitées ; une pratique régulière équilibrera corps et esprit ; après tout, toutes les énergies négatives ne viennent pas de l’extérieur.

Le rituel suivant prend seulement quelques minutes, et une fois maîtrisé sur le plan matériel, se voudra tout aussi efficace dans l’astral ; on pourra l’utiliser pour nettoyer l’espace astral autour de soi, en cas de rencontre avec une entité qu’on souhaite tenir à distance; avant de continuer à progresser dans son voyage astral, en travaillant dans son temple astral ou en revenant vers sa forme physique.

1/ Faire face à l’Est et lever les bras en geste de louange. Dire : « Salut à toi Hekate, toi qui règne au Carrefour des Mondes. Je t’invoque, de nuit comme de jour, dans la lumière comme dans l’ombre ; car je suis ta prêtresse et j’ai au creux de mes mains les Yeux du Ciel ; car je suis la porteuse de ta Flamme Immortelle, et mon cœur est encerclé par Tes serpents. »

2/ Faire un pas vers l’Est. Glisser ses pouces dans ses poings tout en frappant une fois le sol du pied. Dire : « Au nom de Hekate, qui règne au Carrefour des Mondes ; Que tout indésirable quitte ce lieu consacré s’il ne souhaite être consumé par les yeux du Ciel ; qu’il parte, s’il ne veut être banni pour une durée de neuf jours dans les profondeurs des Enfers. »

3/ Relâcher ses pouces et faire le tour du cercle jusqu’au Sud. Répéter l’étape 2/ vers le Sud.

4/ Procéder de même à l’Ouest du cercle, puis au Nord.

5/ Revenir à l’Est, s’agenouiller et frapper le sol trois fois du plat de la main. Dire : « Gouffre du Tartare, entrouvre-toi, Au nom de Hekate, ta reine infernale ; Yeux de la Terre, empare-toi des esprits indésirables en perdition, et soumets-les à ma Volonté ; qu’ils obéissent à mes souhaits et à mes ordres ; qu’ils quittent ce lieu consacré et cessent de m’importuner. »

Note : dans le rituel original, Tara Sanchez fait appel à Hélios en plus de Hekate. C’est donc un choix personnel de ma part de n’avoir conservé que la Déesse aux Torches dans ma traduction.

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Les plantes de Saturne

Au cours de la période sombre passée [texte initialement publié en février 2015], j’ai commencé un travail de longue haleine sur les correspondances planétaires des plantes. Au début de mon parcours magique/sorcier, j’avais tendance à voir les correspondances proposées dans les livres comme de formidables boîtes à outils, sans vraiment les remettre en question – même s’il m’arrivait de lever un sourcil l’une ou l’autre fois. Puis au fil du temps, mes ressentis se sont affinés, mes lectures se sont multipliées, j’ai commencé à tisser des liens instinctifs entre diverses choses, pour forger mes propres correspondances, inspirées bien sûr de tout ce qui a été fait par d’autres que moi … J’ai mis beaucoup de temps à m’intéresser à l’influence planétaire car elle me semblait trop teintée de haute magie ; à présent que j’ai pigé quelques trucs en théorie des signatures, et qu’ils commencent à faire sens dans mes expériences, j’ai eu envie de m’y plonger davantage et surtout de structurer tout ça.

Plus que simples outils pour bidouiller des sorts ou des potions, les correspondances m’apparaissent désormais comme de véritables métaphores, des artifices poétiques qui m’ouvrent davantage les yeux sur le monde, me rendent consciente de ses subtilités et m’initient à ses mystères.  C’est assez difficile à décrire, mais je vous encourage vivement à lire la trilogie « Pharmako » de Dale Pendell, qui tient autant de l’œuvre poétique que d’un travail ethnobotanique et magique de grande qualité, pour mieux comprendre où je veux en venir 🙂

Ce premier article est donc le fruit de mes recherches et de mes réflexions sur Saturne, et les plantes qui lui sont associées. Il s’agit plutôt de prise de notes, qui seront certainement amenées à évoluer encore dans le temps.

Daniel Schulke

Saturne est le « grand enseignant » des astrologues. Ses leçons sont relatives à la responsabilité, à la maturité, aux schémas qui se répètent et aux moyens d’arrêter leur répétition. Il est le Père Temps, mais aussi le faucheur, celui qui permet la génération et la persistance, mais aussi le renouvellement par la mort. Il est également le dieu de la préservation de soi, de la sécurité.

Pour les Grecs anciens, Kronos apportait paix intérieur et introspection. Mais pour Eliphas Levi, les travaux en lien avec Saturne sont ceux de la mort et de la malédiction. Pour d’autres auteurs encore, Saturne est aussi une planète d’intellect et de contemplation, la planète de la « compréhension », associée à la sephirah de Binah dans l’arbre kabbalistique. Pour les contemplatifs, ceux qui se tournent vers leur vie intérieure, spirituelle, une vie de réclusion, Saturne est un allié.

Des mots-clés : associé à la notion de propriété, de lois, de bases, aux os (particulièrement aux genoux), aux dents, à l’agriculture et aux cycles. Stabilité, transactions, vies antérieures, esprits, mort, morale, recommencement. Ethique personnelle, auto-discipline, karma, responsabilités, guérison. Energies chthoniennes. Travail avec la mort, la rancœur, la vengeance. Malédiction et protection. Remise à zéro. Cycle fructification-récolte-repos de la terre.

Son action : agissant lentement et en profondeur, Saturne a la capacité de structurer, de soutenir, mais aussi de lier, d’assécher, de ralentir jusqu’à stopper un processus.

Traits caractéristiques des plantes : poussent lentement, grasses, aux tiges et bois durs, persistantes, invasives, qui prennent vie dans des endroits secs et froids, plutôt hostiles aux autres plantes, aimant l’ombre ; pétales de couleur pâle ou particulièrement sombre ; racines épaisses, nombreuses graines, souvent psychoactives, narcotiques, sédatives, toxiques. Voire mortelles, même à petite dose. Odeurs âcres, boisées, terreuses, entêtantes.

Plantes associées : pavot, cyprès, if, fumeterre, racine de valériane, hellébore, bryone, solanacées (belladone, tabac, datura, mandragore, jusquiame, morelle noire, mais aussi tomate, pomme de terre, aubergine, piments), chanvre, lierre, prunellier, sureau, molène, arbres à feuillages persistants comme le pin, le sapin, le houx, ou encore le gui. Ipomée, violette.

Cette liste est non exhaustive – j’ai choisi d’y répertorier des plantes que j’ai déjà côtoyées, qui me semble pertinentes dans le cadre d’un travail avec Saturne, et qui sont simples à trouver sous nos latitudes (que ce soit dans son jardin, dans la nature, ou via boutique en ligne). Par ailleurs, l’identité d’une plante ne se résume pas à une association planétaire ; cette association met en éclairage certains aspects de la plante – et certains aspects de la planète ! – de manière plus efficace que de longs discours, c’est du moins ce que je crois. Les correspondances sont là pour élargir le champ des pratiques, pas pour le restreindre !

Résines : asafoetida, opoponax, myrrhe
Jour de la semaine : samedi
Métal : plomb
Partie des plantes : racine
Eléments : terre et air
Couleur : noir, bleu nuit, violet, brun, gris
Minéraux associés : obsidienne, tourmaline noire, quartz fumé
Animaux associés : bouc, animaux à cornes en général, cheval, corbeau, reptiles, charognards
Arcanes du tarot : l’Hermite, la Mort, le Monde, le Diable, la suite de pentacles, 3 d’épées, 8 de coupes, 10 de bâtons.

Expérience personnelle : pour le bannissement, pour mettre fin aux schémas répétitifs, pour un travail d’introspection, pour explorer l’inconscient, aller à la racine des choses, à la compréhension au-delà des images et des mots. Faire table rase, puis établir des bases solides pour un projet. Explorer et consolider les structures.

En lien avec la Mère sombre et dévoreuse, ultime pourvoyeuse de sagesse, mais aussi avec le grand Initiateur. J’y ai relié des aspects de Dionysos ou d’Odin que j’ai pu rencontrer, mais surtout de Hekate, de Holda, de Cerridwen ou encore de Perséphone. Homme noir du Sabbat et Reine des Sorcières. Caïn et Awân.

Au cours de mes travaux, j’ai pu observer que les plantes de Saturne, notamment les toxiques, peuvent parfois agir comme des sirènes ; elles ont un aspect vénéneux et narcotique très séducteur, très envahissant, rampant, qui nous aide à aller plus loin dans nos mondes intérieurs, à explorer les folklores humains comme nos propres rêves, à nous connecter à certains esprits, notamment chthoniens… mais à travers  ces explorations on peut aisément toucher le fond ou dévier de sa route avant même de s’en rendre compte. Avec elles, on plonge au cœur de nos angoisses, de nos phobies, on se détache de toute notion d’espace-temps conventionnel, de toute appréhension de la réalité ; on saute à pieds joints dans l’Abysse… et on court le risque d’y rester coincé au lieu de le traverser. Est-ce vraiment ce qu’on désire ?

Je crois qu’il s’agit des étapes indispensables dans tout travail initiatique, mis sur notre route pour forger notre expérience, notre regard, et notre capacité à rester silencieux, solitaire, humble et observateur attentif et minutieux, apte à déjouer les illusions. Pour passer au travers de ces étapes, il est important d’être au clair ou tout au moins de s’interroger sur ses intentions, sur ses limites,  avant même de travailler avec ces plantes. Taire son ego et savoir écouter le Murmure derrière les murmures, qui guide à travers l’obscurité. Rester ancré, patient, organisé, travailler dans l’autodiscipline et la rigueur, d’autres apprentissages de Saturne sous ses aspects les plus « terre-à-terre » qu’il convient de ne pas négliger pour tirer le maximum de l’exploration des énergies de cette planète. Humilité (oui, encore !), silence et lenteur ne seront pas de trop pour aborder cette exploration.

Je n’encourage en aucun cas l’absorption de psychotropes ; la recherche de sensations fortes n’est, je crois, pas une vertu saturnienne ! Observer la plante dans son milieu naturel, passer du temps auprès d’elle, même en portant simplement sur soi une amulette ou en en conservant une sur son autel (amulette de préférence réalisée par soi-même), avec conscience et respect, est amplement suffisant pour apprendre d’elle.

Ressources :

Alchemy Works
Corax
Pharmako, Dale Pendell
Herbal Magick, Judith Hawkins-Tillirson
Encyclopedia of Magical Herbs, Scott Cunningham
The Master Book of Herbalism, Paul Beyerl
Viridarium Umbris, Daniel Schulke
Travaux personnels

Ivo Dominguez Jr. – La Lune dans les signes et la pratique magique

Extrait de « Practical astrology for witches and pagans »
Traduction et adaptation personnelles

Le signe dans lequel se trouve la Lune a un impact important ; il s’agit d’un des principaux paramètres à considérer lorsqu’on choisit la date et l’heure [d’une pratique magique, ndlt]. Le pouvoir de la Lune peut être comparé à celui du rythme d’un tambour. Si vous vous trouviez dans un rituel, un cercle de tambours, ou dans une danse, vous vous rendriez vite compte que vos mouvements s’adaptent spontanément au rythme joué. A vrai dire, cela demande beaucoup d’effort d’ignorer ce rythme. On peut voir les douze signes zodiacaux comme douze structures rythmiques différentes, se déroulant à mesure que la Lune passe dans les différents signes. Si vous avez déjà participé à une danse comme le square dance qui requiert un meneur pour indiquer les pas, vous pouvez également penser à la Lune comme étant ce meneur. Comme la Lune traverse les douze signes en un seul mois, vous n’avez généralement pas longtemps à attendre pour qu’elle parvienne au signe attendu. Selon la tâche que vous avez à accomplir, il peut y avoir plusieurs signes propices, ce qui, éventuellement, raccourcira encore votre attente.

Ci-dessous se trouvent douze brèves descriptions des qualités de la Lune dans les différents signes. Considérez-les comme un point de départ, et usez de votre imagination pour développer ces descriptions lorsque vous réfléchissez à quelle Lune est la plus propice à votre intention. Lorsque la Lune passe dans les signes, chacune de leurs énergies réveille et renforce des comportements spécifiques, des traits de personnalités, et des réactions chez chacun d’entre nous. La force et la nature exacte des répercussions du signe dans lequel se trouve la Lune sont vécues individuellement, mais tous les ressentent. Lorsque vous préparez votre travail, demandez-vous si le signe sera bon et appréciera sa réalisation. Il est toujours bon de se glisser dans sa peau, pour imaginer le monde depuis cette perspective. Cette expérience apporte généralement beaucoup de clarté.

  • Lune en Bélier

Cette Lune encourage les actions courageuses, énergétiques, pionnières. C’est le moment de démarrer de nouvelles choses et de prendre position. Elle a le pouvoir du printemps, elle est donc bénéfique pour tout ce qui demande de la force générative. Elle est propice à un démarrage rapide et un coup de pouce assez vif, mais sera moins effective pour des efforts à long terme ou des résultats qui demandent un suivi régulier. Aspects négatifs : colère, conflit, impulsivité, inconstance dans le suivi, manque de diplomatie.

  • Lune en Taureau

Cette Lune nous demande de ralentir et de savourer nourriture, beauté, musique, et tout ce qui est sensuel dans le monde. Elle est propice pour tout effort conduisant à une croissance lente et régulière, sur une longue période de temps. La Lune en Taureau est également recommandée pour les travaux de protection et de garde magique. Aspects négatifs : paresse, hédonisme déséquilibré, domination à travers l’entêtement.

  • Lune en Gémeaux

Cette Lune accélère les choses, il y a un désir de communication sous toutes ses formes, des jeux, des voyages. C’est une Lune excellente pour les travaux de divination avec des outils, le channeling, et de nombreux types de communication spirituelle. Le voyage astral sera facilité. Aspects négatifs : agitation, désir de faire trop de choses à la fois, difficultés à fixer son mental.

  • Lune en Cancer

Cette Lune amènera l’attention sur le foyer, la maison, les émotions, les tâches domestiques. C’est une Lune adaptée aux travaux visant à développer les capacités psychiques et l’intuition. C’est aussi le moment de guérir le cœur, l’âme, et notre sens de l’appartenance. Aspects négatifs : les émotions remontent à la surface et rendent vulnérables.

  • Lune en Lion

Cette Lune est un temps de créativité, de confiance, et de reconnaissance des réussites. Les travaux apportant la force, la passion et l’inspiration sont favorisés. C’est aussi le meilleur moment pour booster le charisme et les qualités de leadership. Aspects négatifs : drame, égocentrisme, fanfaronnade, complaisance envers soi-même.

  • Lune en Vierge

Cette Lune prête attention aux détails, à la finalisation du travail, et au soutien aux autres. Toute question relative à la santé et au bien-être, à la rupture avec des mauvaises habitudes, sera favorisée par la Lune en Vierge. Les activités en lien avec les arts de la communication et la civilisation sont également soutenues. Aspects négatifs : hypocondrie, tendance à la critique excessive, se perdre dans les détails et confondre forêt et arbres qui la composent.

  • Lune en Balance

Cette Lune met son accent sur les efforts artistiques, la diplomatie, et l’appréciation de la beauté. La Lune en Balance est également favorable au partenariat d’affaires, aux contrats, aux négociations, aux accords avec des entités spirituelles, et à la résolution des différends. Aspects négatifs : indécision, penser au lieu d’agir, obsession de la justice.

  • Lune en Scorpion

Cette Lune rend tout plus intense, plus personnel, et la personnalité explore des nouveaux aspects de l’ombre comme de la lumière. Cette capacité à essayer et à explorer est tranchante et forte. La Lune en Scorpion est propice à la fin et à la transformation de situations externes ou de perspectives ou d’habitudes internes. C’est la Lune à choisir pour pratiquer ou pour briser des travaux magiques négatifs ; l’évocation comme le bannissement sont soutenus par la Lune en Scorpion. Aspects négatifs : secret, retenu, mélancolie, malveillance.

  • Lune en Sagittaire

Cette Lune encourage l’optimisme, la curiosité, l’amour de la nature, et l’humour. Il y aura un intérêt accru pour le sport, l’éducation, la philosophie, la religion, le voyage. La Lune en Sagittaire est propice à l’élargissement de la conscience, au contact avec son Moi Divin, et à la compréhension de la théorie magick. Durant cette Lune, les entités spirituelles de différents ordres se comprendront plus facilement. Aspects négatifs : insouciance, excès d’optimisme, excès d’indulgence, arrogance.

  • Lune en Capricorne

Cette Lune appelle l’ambition, les plans à long terme, l’organisation. Il y a plus de stabilité en tout durant cette Lune et les structures, mondaines comme métaphysiques, peuvent être construites ou renforcées. Les travaux visant à développer la carrière, l’auto-discipline, le gain matériel, et le statut social sont favorisés. C’est aussi la meilleure Lune pour briser ou créer des liens et des sorts d’influence. Aspects négatifs : actions manquant de sensibilité, humeur sombre, réponses pessimistes.

  • Lune en Verseau

Cette Lune éveille l’individualité, la curiosité pour le futur, le désir de changement, et la fascination pour l’étrange. La Lune en Verseau est particulièrement bonne pour les travaux en lien avec la politique, les efforts humanitaires, et créer la camaraderie. Les travaux pour stimuler la créativité, briser les moules et en créer de nouveau sont aussi favorisés pour la Lune en Verseau. Les serments, les gages et engagements seront aussi assistés par le choix de cette Lune. Aspects négatifs : tendances fanatiques, instabilité, bizarrerie juste pour être bizarre.

  • Lune en Poissons

Cette Lune stimule la réceptivité, le dépassement des limites, la spiritualité, les états de rêve, la compassion, et les intérêts d’un autre monde. La Lune en Poissons est excellente pour les travaux liés aux rêves, la régression dans les vies antérieures, les états de transe, la méditation, et tous les états de conscience altérée. Elle est propice à la création et à la charge d’huiles, d’encens, de potions, etc. La création de sorts d’illusion et de fascination est aussi favorisée. Aspects négatifs : fuite, incapacité à rester centré, perte de repères, limites faibles ou mal définies.

Frater Achad – Hymne à la Déesse des Etoiles

 Extrait des « 31 hymnes à la Déesse des Étoiles »
Traduction et adaptation personnelles.

Longtemps je suis resté allongé à T’attendre dans le jardin des roses de la Vie ; et toujours Tu T’es gardée loin de ma Compréhension.

Allongé, j’ai contemplé Ta nature, comme celle d’une Rose Infinie.

Pétales, pétales, pétales, mais où, ô Beauté, est Ton Cœur ?

N’as-tu donc point de Cœur ? Tes pétales seraient-ils sans fins, m’empêchant par leur omniprésence d’atteindre l’essence de ton Être ?

Pourtant tels sont Tes mots : « je t’aime ! Je te désire ! Pâle ou pourpre, voilée ou voluptueuse, moi qui suis tout plaisir et pourpre, et ivresse du sens le plus intime, je te désire. Revêts les ailes et éveille en toi la splendeur lovée : viens à moi ! »

Ah ! Mon sens le plus intime est enivré ; intoxiqué par les émanations de la Rose. Son Cœur est Mon Cœur. Il n’y a pas de différence, ô Bien-Aimée.

Lorsque j’aurai pénétré le Cœur de la Rose Infinie, c’est Moi-même que je trouverai .

Mais ce n’est pas vers Moi que je m’avancerai – Seulement vers Toi.

Peter Grey et Alkistis Dimech – Raw Power – Sorcellerie, Babalon et sexualité féminine

Un article de Peter Grey et Alkistis Dimech, paru sur le site de la Loge Horus-Maat
Traduction et adaptation personnelles.

 

Commençons avec une citation de ce texte clé de la Sorcellerie, la bible de l’inquisiteur, le Malleus Maleficarum :

Toute Sorcellerie vient du désir charnel, qui dans la femme est insatiable.   

Les fantasmes des chasseurs de sorcières révèlent bien une vérité, pas seulement à propos du sexe, mais aussi au sujet de la source du pouvoir : la Femme.

Ce qui tient à la fois de la fascination et de la peur.

Toute Sorcellerie vient du désir charnel, qui dans la femme est insatiable. 

Malgré toutes les pinces, les fers et le feu, l’inquisiteur est effrayé par l’appétit charnel de la femme.

Voici le premier principe de la sorcellerie, avant les dagydes, les charmes, les chants, les potions, les bougieset le baratin : le pouvoir brut de la sexualité féminine.

Déshabillée, violentée, pendue, brûlée, la femme reste pourtant miraculeusement inextinguible parmi les flammes.

Toute Sorcellerie vient du désir charnel, qui dans la femme est insatiable.   

Bien que l’inquisition soit toujours au goût du jour, la femme ne peut être brûlée, si elle est elle-même le feu.

Pouvons-nous trouver dans la sorcellerie moderne un chemin nous permettant d’accéder à ce pouvoir incandescent ? Y a-t-il des voix, y a-t-il une Déesse du désir charnel ?

Nous sommes la Sorcellerie. Nous sommes la plus ancienne organisation du monde. Lorsque l’homme naquit, nous fûmes. Nous chantâmes la première chanson sur le berceau. Nous soignâmes la première blessure, nous réconfortâmes la première terreur. Nous fûmes les Gardiens contre les Ténèbres, les Assistants de la Voie de la Main Gauche.  

Nous sommes  du côté de l’homme, de la vie et de l’individu. C’est pourquoi nous sommes contre la religion, la moralité et le gouvernement.

Ainsi, notre nom est Lucifer. 

Nous sommes du côté de la liberté, de l’amour, de la joie, des rires et de l’ivresse divine. 

Ainsi, notre nom est Babalon. 

Parfois nous nous déplaçons ouvertement, parfois en silence et en secret. Nuit et jour sont un pour nous, calme et tempête, saisons et cycles de l’homme, toutes ces choses sont une, car nous sommes à la racine. Suppliants nous nous tenons devant les Puissances de la Vie et de la Mort, et nous sommes entendus de ces Puissances, et servons. Notre voie est une voie secrète, la direction inconnue. Notre voie est la voie du Serpent dans les broussailles, notre connaissance est dans les Yeux du Bouc et des Femmes. [ndt : je dois une grande partie de cette traduction à Spartakus Freeman, allez lire le texte complet de Jack Parsons sur Kaosphorus !]   

Voici un des fragments qui nous restent du travail de Jack Parsons. Écrit en 1950, alors que la sorcellerie païenne moderne n’en était qu’à ses balbutiements ; et pourtant, ses écrits et ses idées demeurent encore largement inconnus. Son nom n’est pas mentionné dans l’histoire de l’Art, ou dans l’index de Ronald Hutton. Notre propre Travail est une poursuite de l’esprit, si ce n’est de la forme de son travail, et un retour aux racines de la sorcellerie. Dans l’exemple instinctif et passionné de Jack Parsons, nous pouvons trouver un moyen de nous reconnecter à l’esprit premier de la femme et de l’homme. Un partenariat d’êtres égaux.

Le travail de Jack peut être résumé à un seul mot, le nom de sa Déesse :

BABALON

Sa Déesse, qui est autant la nôtre, est la prostituée raillée par Jean dans le Livre des Révélations :

 Là, j’ai vu une femme montant une bête écarlate,couverte de noms blasphématoires,qui avait sept têtes et dix cornes. 

Cette femme était vêtue de pourpre et d’écarlate,et chamarrée d’or, de pierreries et de perles ;elle avait à la main un gobelet d’or rempli d’abominations,avec les souillures de sa prostitution. Sur son front un nom était inscrit, mystérieux :« Babylone la grande, mère des prostituées et des abominations de la terre. » 

Et j’ai vu la femme ivre du sang des saints et de celui des témoins de Jésus. En la voyant,j’ai été saisi d’un étonnement extraordinaire.[ndt : extrait du chapitre 17 de l’Apocalypse

Mais ceci n’est pas une image strictement chrétienne ; derrière le souffre et les flammes de l’Enfer, on entraperçoit la spectaculaire Déesse de l’amour et du sexe venue s’emparer du monde. Ni Noire, ni Blanche, Elle est une Déesse Rouge. Nous avons minutieusement exposé les origines païennes des Révélations dans nos écrits. Nos recherches nous ont conduits vers un pèlerinage au cœur même de la grotte où Jean a composé sa lettre empoisonnée à la Déesse. Nous avons davantage étudié la Bible que bien des Chrétiens dévoués. Le fait incontournable qu’a démontré notre quête est que le Christianisme est violemment opposé à la Déesse, à la Sorcellerie et à la poursuite de la connaissance.

L’image du Livre des Révélations vient en particulier de la diabolisation de la déesse de l’amour connue sous le nom d’Inanna, Ishtar, Astarté ; une insulte répétée dans la littérature biblique depuis la captivité à Babylone. Dans la propagande haineuse des prophètes bibliques, l’échec manifeste de leur Dieu dans le sauvetage de Jérusalem et du Temple incombe au culte des divinités païennes.

Dans l’Apocalypse, Jean poursuit la guerre contre les femmes, et en particulier contre leur pouvoir oraculaire. A Ephèse, les prêtresses nouaient des bandeaux autour de leurs fronts, portant le mot grec MYSTÈRE ; elles prononçaient alors des prophéties. La Déesse s’exprimant ainsi était une menace pour ceux qui voyaient la religion comme un fait soigneusement conservé et scellé dans un livre. C’est précisément cette connexion directe qui définit la Sorcellerie.

Dans les cultes païens, c’est le vin qui inspire la divine intoxication, un vin chargé de de haschisch, d’opium, de jusquiame noire et de rue, un vin adouci aux sécrétions sexuelles. Mais pour Jean, ceci représentait un calice empoisonné, et la Prêtresse qui connaissait des états de possession était une putain.

Inutile de préciser que les drogues de vision sont aussi celle de l’extase sexuelle, et une Sorcellerie qui ne vole pas vers le Sabbat avec ces ailes n’est aucunement de la sorcellerie. Une limitation de la liberté sexuelle va de paire avec l’interdiction du vin du Sabbat.

A travers l’iconographie liée à Babalon et les quelques aperçus offerts par l’écriture biblique, il est possible d’expérimenter une histoire interdite, une histoire qui nous inonde de parfum et de nectar, une histoire qui nous lacère avec des épines de rose. La Femme est le deuxième sexe, violé, dégradé, méprisé, diabolisé. Mais son pouvoir érotique brûle toujours, inchangé. Voici Babalon.

Héritière d’Inanna, d’Ishtar, d’Astarté, d’Aphrodite, une nouvelle Déesse est arrivée, une Déesse qui n’est ni chaste ni virginale, une Déesse qui n’est pas déconnectée de son corps, une Déesse qui nous possède avec la furie de l’Amour et l’extase de la sorcellerie vivante. Babalon est la figure centrale derrière la magie angélique de John Dee, Babalon a contaminé Crowley, et Babalon a fait de Jack Parsons une flamme vivante.

Plus qu’une reconstruction du passé, voici une déesse qui prend forme autour de nous et à l’intérieur de nous MAINTENANT. Nous ne prétendons pas que tout un chacun doit travailler avec Babalon et le pouvoir explicite de la sexualité féminine, mais le fait que vous vous trouviez ici démontre qu’une part de vous désire s’y ouvrir.

LA DESCENTE D’INANNA

La suppression et le contrôle de la sexualité féminine n’est pas un phénomène nouveau. Certains documents écrits anciens, des textes de Mésopotamie remontant au 3 millénaire avant J-C comme « Inanna et l’arbre Huluppu » et « la Descente d’Inanna » montre que déjà, le corps de la femme était considéré avec une extrême ambivalence ; le sexe non procréatif, en particulier, était regardé avec soupçon et peur.

C’est à cette époque que nous découvrons pour la première fois les lilitu, les démons femelles qui contrôlaient les « vents violents » (qui apportaient la maladie) et volaient comme des oiseaux. Elles se définissaient par des caractéristiques sexuelles négatives : non mariées, et donc sous aucune domination masculine ; séductrices, cherchant activement des hommes pour les satisfaire ; et tueuses d’enfants. Les lilitu ne se contentent pas d’une sexualité non procréatrice, elles enlèvent et tuent les enfants, émasculent les hommes, provoquent des fausses couches et la mort des mères. Bien qu’en apparence exilées dans la nature sauvage, à l’extérieur du monde civilisé, elles sont capables de pénétrer les habitations humaines et la vie domestique. Nous les voyons se pencher par-dessus les ouvertures des fenêtres et des portes d’entrée – l’iconographie standard de la prostituée – et se glisser dans les maisons sans y être invitées. Elles sont les voleuses et les putains qui s’attaquent aux personnes civilisées et respectueuses de la loi, et qui sont au cœur même de la cité.

Cette même iconographie est utilisée pour la Déesse elle-même : Inanna – Ishtar. Elle se tient à la fenêtre, cherchant un homme à séduire, à aimer et à tuer. Inanna aussi s’affichait de manière provocante, initiant les contacts sexuels ; on l’appelait sahiratu, celle qui parcourt les rues. Dans les hymnes, il est écrit qu’elle va de maison en maison et de rue en rue, une phrase utilisée plus tard pour décrire les démons et répétée dans le Cantique des Cantiques, qui bien qu’il soit attribué à Salomon, est un copier/coller d’hymnes antérieurs à Inanna. Les lilitu ont inspiré le personnage de Lilith, délogée de l’arbre Huluppu pour rejoindre l’imaginaire juif comme archétype de la sexualité féminine insoumise et dangereuse. Dans le mythe juif, Lilith est la première femme d’Adam, qui refuse de prendre la position du missionnaire. C’est là que débute la généalogie de la sorcière, dont l’arbre s’enracine profondément dans l’ADN conflictuel de nos plus anciennes civilisations.

La déconnexion de la conscience chamanique de nos ancêtres s’est faite à travers la construction de cités fortifiées, de pyramides imitant l’émergence d’un ordre hiérarchique et d’une organisation patrilinéaire ; la montagne sacrée et la grotte sont devenues des bâtisses de briques brûlées ; la Prêtresse donnant au Roi le droit de gouverner l’Etat a été usurpée ; les histoires et les mythes de la Mésopotamie étaient déjà anciens lorsqu’ils furent imprimés dans l’argile, et nous pouvons deviner des éléments chamaniques ancestraux. Cela vaut le coup de se plonger dans le mythe de la descente d’Inanna, qu’on peut lire de plusieurs façons : comme une description de l’initiation de la Déesse et de la prêtresse, comme la description d’un culte à mystères, ou comme un drame relatant un rite de passage vers la maturité sexuelle. On peut aussi le lire comme une descente chamanique, une mise à l’épreuve, dans laquelle Inanna est forcée à chacune des portes des Enfers d’abandonner un des sept artefacts représentant son pouvoir terrestre, avant d’être conduite nue et rabaissée vers la salle du trône d’Ereshkigal.

Ereshkigal est la déesse du monde souterrain. Elle est, en un sens, l’esprit chthonien, pré-conscient, l’obscurité sans la moindre lumière ; la faim absolue et l’appétit. La dévoreuse par excellence.

De son domaine terrestre, Inanna entendit sa soeur Ereshkigal, pleurant son époux de manière ostentatoire – bien que le texte semble évoquer clairement des douleurs menstruelles, liées à l’accouchement ou des chaleurs – . Je crois que toutes ces explications sont plausibles et sous-entendues intentionnellement.

Aux sept portes des Enfers, Inanna est forcée de laisser tous ses attributs de pouvoir et de féminité. Elle est mise à nu contre son gré, dépouillée pour la confrontation finale avec sa sœur. Rappelons-nous que les initiations sorcières et chamaniques sont toujours des épreuves. Voici ce que décrit le texte :

Courbée très bas, nue,
dépouillée de ses pouvoirs divins, impuissante, matée,
Inanna est entrée dans la salle de trône.
Ereshkigal s’est levée de son trône.
Inanna s’approcha du trône

Les Annuna, juges du Monde Souterrain l’ont entourée.

Ils prononcèrent le jugement contre elle.

Alors Ereshkigal a jeté sur Inanna le regard de la mort.
Elle a porté contre elle le mot de la colère.
Elle a poussé contre elle le cri de la culpabilité.

Elle l’a frappée.

Inanna a été transformé en cadavre,
Un morceau de viande de décomposition,
Et a été pendue à un crochet au mur.

Inanna est pendue comme une pièce de viande dans une boucherie. Cette image de la Déesse pendue à un crochet évoque les suspensions rituelles, mais en nous penchant de manière approfondie sur cet élément, nous pouvons nous rendre compte que cet acte initiatique est une inversion. Lorsque la viande est accrochée, elle l’est généralement par les jambes, les pieds, afin que le sang puisse s’écouler depuis la gorge. Nous avons là un sacrifice chthonien, et simultanément, une représentation des menstruations. On pourrait aussi penser à une connexion avec la position du bébé au moment de la naissance. Une possible version antérieure aurait pu voir Inanna consommée par sa soeur (en sacrifice) avant de renaître d’elle. Ceci ne doit pas être simplement perçu comme une vision primitive ; des actes similaires réalisés par des « Mères » et d’autres figures féminines sont décrites dans les Tantras. Référez-vous au livre « The Kiss of the Yogini » de Davin Gordon White pour de nombreux parallèles et analyses complémentaires.

Inanna est sauvée des Enfers par l’intercession d’un autre chaman, Enki, qui envoient deux golems (un galatur et un kurgurra), faits de salive et de salissures d’ongles. Ereshkigal est alors réconfortée par eux dans sa douleur ; ils répètent ses cris, à la manière de pleureuses professionnelles. Nous pouvons même les considérer  comme des godemichés, le sexe étant réputé soulager les crampes menstruelles. Lisez « The Wise Wound » de Penelope Shuttle pour plus d’informations à ce sujet. Son travail, ainsi que celui de son époux, le poète Peter Redgrove, auteur de « The Black Goddess and the Sixth Sense », méritent de figurer sur toute « pile à lire » sorcière qui se respecte.

Revenons-en à notre récit : soulagée, Ereshkigal propose au galatur et au kurgurra d’exaucer un de leurs souhaits. Ils réclament alors la dépouille d’Inanna, qu’ils ramènent à la vie avec la nourriture et l’eau de la vie. Elle retourne alors sur terre accompagnée de démons, qui s’empareront ensuite de son époux Tammuz pour l’emporter à la place de la Déesse aux Enfers.

En dehors d’une vie pour une vie, et d’une vie pour une mort, qu’est-ce qui a été échangé ici ?

En étant dépouillée de tout ce qui l’identifiait comme femme, prêtresse et reine, dans cet effacement total de son identité face à sa sœur, Inanna a gagné la connaissance d’elle-même. Elle s’est confrontée aux recoins obscurs du monde qui existent en dehors de son domaine (celui de la vie, de la lumière, de l’amour), et par cet acte de reconnaissance de l’autre, par ce sacrifice de sa personne, elle a gagné et intégré jusque dans sa chair la connaissance de l’obscurité d’Ereshkigal.

La sexualité n’est pas une force aveugle qui vous contrôle, mais un pouvoir qui peut être exercé en parfaite connaissance de cause. En termes psychologiques, on parlera d’intégration : la Déesse qui descend n’est pas celle qui remonte. Ereshkigal a offert à Inanna le pouvoir brut de sa sexualité. L’histoire s’achève : gloire à Ereshkigal !

L’utilisation consciente de la sexualité est traditionnellement le domaine de la prostituée, et Inanna était la déesse du sexe sacré et des prostituées, dont le répertoire de techniques incluaient les façons de provoquer ou d’empêcher une grossesse, les arts d’invoquer et d’évoquer le plaisir, et les arts du déguisement, de la transformation et de l’illusion. Tous ces savoirs s’acquièrent à travers une connaissance désinhibée de soi. Nous ne souhaitons pas glamouriser la vie de la prostituée, qu’elle soit ancienne ou moderne, mais elle reste un symbole de sexualité féminine indépendante dans une histoire humaine où la terreur de la chair a prévalu. Confiance, force, conscience : ce sont des cadeaux rares, avec lesquels nous naissons rarement, mais que nous pouvons arracher du noir miroir du monde souterrain.

La sorcellerie, comme la mise à l’épreuve d’Inanna, est une connaissance charnelle ; c’est une gnose vécue dans et à travers le corps.

Nous utilisons la structure mythique de la descente dans notre propre travail, retournant dans le « Grand En-Dessous » chaque année, pendant nos rites de Samhain. Sans la descente dans le monde souterrain, il ne peut y avoir d’envol vers le Sabbat. L’incubation, l’obscurité, la grotte, l’inconscient, c’est en ces lieux que nous trouvons et puisons le pouvoir de nous transformer, et de transformer notre monde. La sexualité et la créativité sont intrinsèquement liées, mais pour accéder à ces profondeurs primordiales et puissantes, nous devons aller encore plus loin, nous dépouiller de nos identités civilisées, et nous vider de tout verbe.

Ceci, nous le faisons au nom de Babalon.

Comme nous l’avons vu, la démone Lilith migre dans le judaïsme, comme le fait l’Eve coupable et démonisée. Inanna-Ishtar devient Astarté qui, avec son consort Baal, est dénoncée dans l’Ancien Testament, avant que Saint-Jean apporte sa touche finale au récit, et avec les pièges de l’Empire Romain, la renomme d’après le nom d’une vieille ennemie, Babylone.

C’est le Livre des Révélations, ainsi que l’hymne à la Déesse de l’Amour, le Cantique des Cantiques, qui ont transmis les réminiscences de la vieille religion jusqu’à notre époque post-païenne. Depuis ce temps, ces textes ont été mal lus, et surtout mal interprétés ; mais le mythe qui y a été conservé reste fondamental, et tout notre monde moderne s’organise toujours autour de lui.

Souvenez-vous que le Sabbat est aussi un domaine de l’imaginaire, qu’on peut rejoindre à travers une stimulation érotique des sens. Ici se trouve l’inclination naturelle et propre à la femme de générer des fantasmes et du rêve, du mouvement et de l’émotion. C’est un état sacré, et réalisé avec l’énergie sexuelle.

On ne peut parler d’une sexualité féminine, uniforme, homogène, classable dans des codes – de même qu’on ne peut parler d’un inconscient ressemblant à un autre. L’imaginaire des femmes est sans limites, comme la musique, la peinture, l’écriture ; le flux de leurs fantasmes est incroyable.

Hélène Cixous, « Le rire de la Méduse »

Ce que nous pouvons voir, c’est que la Sorcellerie est constamment réimaginée et régénérée par le sang de chaque génération. Par de nouvelles voix. Par des femmes fortes, sexuellement indépendantes. Par vous, qui osez devenir la Sorcière que vous imaginez.

Il y a un besoin urgent de la Sorcellerie.

L’ennemi chrétien a été remplacé par un Corporatisme qui nous dit que la liberté est le droit de travailler comme des esclaves, qu’être une femme signifie se plier à la corvée incessante du shopping et du dégoût de soi. Que le viol de la planète est un business normal.

Comme la Déesse elle-même pourrait le dire : Fuck.

La Sorcière marche miraculeusement hors des flammes.

Le corps continue de parler.

La Prêtresse ne sera pas réduite au silence, l’oracle ne sera jamais contenu.

Les contours de la Sorcellerie ne sont jamais fixées.

Toute révolution sorcière est une révolution sexuelle.

Nous pouvons plonger loin dans les profondeurs des Enfers sumériens, dans les matriarcats de Margaret Murray, ou dans la Vieille Europe de Marija Gimbutas ; l’essence de la Sorcellerie se trouve encore et toujours dans le corps nu de la sorcière.

Là, maintenant. Dans nos corps, présents dans cette pièce, nus sous nos vêtements.

Dans nos visions, nos rites, en notre temps.

Dans notre désir de nous reconnecter au pouvoir brut de la Sorcellerie, au désir charnel, qui dans la femme est insatiable.

Textes cités et lectures recommandée

JACK PARSONS, « Freedom is a Two-Edged Sword »

DAVID GORDON WHITE, « The Kiss of the Yogini »

SYLVIA FEDERICI, « Caliban and the Witch »

JULES MICHELET, « La Sorcière »

DIANE WOLKSTEIN et SAMUEL KRAMER, « Inanna: Queen of Heaven and Earth, her stories and hymns from Sumer. »

MARIJA GIMBUTAS, « Le langage de la Déesse »

CATHERINE CLEMENT et HELENE CIXOUS, « The Newly-Born Woman »

HELENE CIXOUS, « Le rire de la Méduse »

PENELOPE SHUTTLE & PETER REDGROVE, « The Wise Wound »

PETER REDGROVE, « The Black Goddess and the Sixth Sense »

PETER GREY, « The Red Goddess » ; « Seeing through Apocalypse » (essay from XVI, published by Scarlet Imprint)

ALKISTIS DIMECH, « Coup de Foudre » (essay from XVI)

Soror Ashera – Nuit, Déesse sans limites

Traduction et adaptation personnelles

« Nuit the Sky Goddess », par Cice Rivera

“Je suis l’Espace infini et de celui-ci les Etoiles infinies” —AL I:22

En Egypte, il y 4 300 ans, la Déesse de la Vie Eternelle parla : « sois comme une étoile impérissable qui vit éternellement. » Des millénaires plus tard, un mage anglais de vingt-neuf ans entendit le message de cette entité infinie : « chaque homme et chaque femme est une étoile. » Les mots sont ceux de Nuit, la Déesse-Etoile, divinité de la voûte céleste. Pour les anciens, Elle était le ciel au-dessus de nous, et formait la structure de l’espace à l’intérieur de laquelle toute réalité prenait forme. Qui est-Elle à présent ? De nombreux concepts connus de ceux qui lisent le Livre de la Loi sont bien antérieurs à l’oeuvre de 1904. L’omniprésence de Son corps, Son amour pour l’humanité – ceci n’a pas changé. La Déesse du Liber Al a une identité riche et vénérable ; Ses caractéristiques et Son message sont cohérents avec le passé, tout en donnant vie à la Magick d’aujourd’hui. Apprenons à connaître la déesse Nut des Egyptiens puis explorons son identité dans Thelema. Nous verrons ensuite ce qu’Elle a à nous transmettre.

La Déesse Ancienne

Son nom est-il Nut, ou Nuit ? Les deux sont corrects, d’anciens travaux d’égyptologie l’orthographiant de différentes façons. Les spécialistes modernes retranscrivent Son nom depuis les hiéroglyphes comme « Nwt ». La prononciation historique était probablement « Nout ». Les Egyptiens La connaissaient comme le cosmos organisé qui entoure le plan de la Terre physique, avec les étoiles et les planètes, incluant le domaine de l’après-vie.

Son premier consort est Geb, le Dieu-Terre, et ensemble Ils sont les parents des grands Dieux Osiris, Isis, Seth et Nephtys. Les prières qui Lui sont consacrées sont inscrites dans les pyramides, et Son image est présente dans de nombreux temples ; mais aucun de ceux qui ont été découverts jusqu’à présent ne Lui est exclusivement dédié.

Lorsque Nut est représentée comme le Ciel s’arquant au-dessus de la Terre, Elle est nue. Parfois, les étoiles sont représentées comme étant à l’intérieur de Son corps, à d’autres moments elles sont sur sa peau, ou peintes à ses côtés. Quoiqu’il en soit, la nudité n’est pas courante pour représenter les divinités en Egypte. Nut a peut-être été représentée ainsi parce qu’Elle est considérée comme une femme donnant constamment la vie (par le passage du Soleil dans Son corps pendant la nuit). Lorsqu’Elle est représentée de manière plus conventionnelle – comme sur des murs de tombeaux – elle est vêtue. Sa coiffe n’est pas, comme on aurait pu l’imaginer spontanément, une étoile, mais un récipient d’eau. Ce hiéroglyphe utérin retranscrit le son nu, à la fois Son nom et Sa fonction, l’eau étant associée à la vie. Dans les temps pré-dynastiques, Elle absorba les identités de Déesses-Mères tribales liées à la vie éternelle, à l’eau et à l’abondance. Ces qualités Lui sont restées liées. Les eaux premières de la Création produisirent la vie, ce que reproduit à son échelle l’eau du Nil. Le corps de Nut forme le Nil céleste sur lequel vogue la barque du Soleil pendant le jour, et à l’intérieur duquel ce même Soleil passe pendant la nuit. L’éternelle mère de la lumière donne naissance au Soleil à chaque aube, et nous entoure nuit et jour en tant qu’espace parsemé d’étoiles.

« Chaque homme et chaque femme est une étoile. » Les Egyptiens auraient approuvé, en tout cas en ce qui concerne les précieuses âmes des disparus. Le fait de devenir une étoile dans le ciel après sa mort était une de leurs premières croyances de vie après la mort. Le Livre des Morts dit « Je passe pur au travers de la Voie Lactée. » [chapitre 176].

La voûte étoilé au-dessus de nous est le domaine des âmes éternelles et de la Déesse Céleste qui les reçoient. Pendant des milliers d’années d’histoire égyptienne, Nut est étroitement liée avec la réception, la régénération et la protection des morts. Pour cette raison, elle est représentée sur des pièces funéraires. Dans un texte mortuaire de 1350 avant notre ère, Elle dit : « j’entoure la beauté de toute mon âme, pour que toute vie, stabilité, domination et santé soient accordées au roi, puisse-t-il vivre éternellement ! » [Textes des Pyramides 11]

Le but de la partie des sorts consacrés à Nut dans les Textes des Pyramides et les Textes des Sarcophages est de donner le pouvoir aux morts de sang royal de s’élever dans le ciel et de devenir des étoiles immortelles, traversant l’éternité. « Puissiez-vous avancer avec votre mère Nut ; qu’Elle vous prenne par la main et vous montre la route jusqu’à l’horizon, là où réside Râ. » [Textes des Pyramides 422]. Ces textes peuvent être trouvé sur les murs des pyramides, des pièces mortuaires et inscrites sur des sarcophages. Une fois dans les cieux, le décédé est « entouré par Orion, par Sirius et par l’Etoile du Matin », qui le placent dans les bras de Nut et le préservent de toute punition ou annihilation. Nut est une amie, une protectrice des morts, qui font appel à Elle comme un enfant appelle sa mère : « Ô ma Mère Nut, étend Ton corps au-dessus de moi, afin que je prenne ma place parmi les étoiles impérissables qui sont en Toi, et qu’ainsi je ne meurs pas. » [sarcophage de Henut-Wadjebu].

Vers 2000 avant notre ère, les gens du peuple ont fait leurs ces textes et concepts, jusqu’ici réservés aux dynasties royales. Les étoiles du corps étoilé de Nut n’étaient alors plus seulement vues comme les morts d’origine aristocratique, mais comme tous les esprits de valeur. Certaines tombes incluent des pièces entières recouvertes d’étoiles, un microcosme du ciel nocturne. Dans d’autres, des chambres sont décorées avec d’immenses représentations du corps arqué de Nut. Elle est peinte et gravée sur des bijoux, des meubles funéraires et des murs, des plafonds et des autels de temples. La Déesse-Ciel est une gardienne, qui accueille les mort et offre la vie éternelle, et est pour cela représentée par toutes les couches de la population dans leurs sépultures.

Son image recouvre les sarcophages. Sa figure munie d’ailes protectrices est tissée dans des couvertures mortuaires. A travers cette symbolique, les morts étaient confiés à la Déesse, afin de reposer pour l’éternité dans Ses bras. « Je suis Nut, et je suis venue afin de vous entourer et de vous protéger de toute mauvaise chose. » [Textes des Sarcophages 792]. Au temps du Nouveau Royaume [1567 avant notre ère], des textes funéraires à caractère magique étaient vendus sur des rouleaux de papyrus. Nut est incluse dans ces sorts et y est considérée comme la mère des cieux et la protectrice des morts vertueux. Elle est montrée au moment du Jugement, rafraîchissant les morts avec de l’eau et de la nourriture. Leurs existences pouvaient alors continuer telles la lumière des étoiles, comme des dieux en compagnie des cieux, appréciant l’amour et la beauté pour l’éternité, aux côté de leurs aimés.

La Nuit Moderne

Il s’est passé des millénaires entre Nut de l’Egypte Ancienne et les adeptes modernes de Thelema ; mais Nut ne nous a pas oubliés – nous, Ses Enfants-Etoiles. Dans ce qui fut peut-être la plus grande initiation de la vie d’Aleister Crowley, Elle inaugure un nouvel éon et s’identifie clairement comme « Nuit ». Nuit est-Elle la même que Nut ? Je crois qu’Elle l’est. Au sein de la théologie ésotérique il existe des Dieux qui évoluent, qui changent et se développent avec le temps, en co-création avec l’humanité et la culture. Il en est ainsi avec la Déesse-Etoile dont la personnalité continue à se dévoiler, d’une manière cohérente avec l’identité de l’ancienne Dame du Ciel.

Nuit est une des trois déités fondamentales de la théologie thélémique. Elle se révèle à nous à travers le texte canalisé du Livre de la Loi.  Le premier chapitre est sa manifestation, message qui n’a cessé d’inspirer et de fasciner les nouvelles générations. Crowley est chargé de « suivre l’amour de Nu dans le ciel parsemé d’étoiles… De dire son doux mot. » Et il l’a dit !

Pourquoi Crowley ne l’appelait-il pas Nut ? Le Livre de la Loi a été retranscrit tel que Crowley l’a entendu, et la prononciation du nom de la Déesse date d’alors. Le texte fait aussi référence à « Nu », ce qui a du sens puisqu’il rappelle son emblème – le récipient d’eau. En plus des noms Nuit et Nu, dans son commentaire au Liber Al, Crowley l’orthographie également Nuith.

Crowley était déjà familier de la Déesse pendant ses études. Elle est brièvement mentionnée dans son poème « une litanie », datant de 1901. Avant cela, il la connut aussi probablement grâce à quelques brèves apparitions (en tant que Nu) dans les rituels de la Golden Dawn. Mais à partir de 1904, le prêtre et prophète élu par la Déesse nous dit : « Nuit est une conception qui dépasse toutes celles que les hommes ont pu avoir du Divin. Ainsi, elle n’est pas la simple Déesse-Étoile, mais quelque chose de bien plus élevé, délicatement voilé dans Son indicible gloire. »

Une nouvelle philosophie est alors dévoilée ; Le consort de la Déesse est le Dieu Hadit, dont le nom provient de la stèle de la révélation, et fut également entendu pendant la transmission du Livre de la Loi. Cette association ne se base pas sur l’archéologie, mais est une affirmation d’ordre métaphysique. Hadit est le point central de l’extension infinie de Nuit, et représente l’individu en relation avec Elle, le point de vue conscient de lui-même qui fait l’expérience de la vie et de la Déesse. Dans son Nouveau Commentaire [I:31] Crowley dit « le développement de l’Adepte se fait par expansion – vers Nuit – de manière égale dans toutes les directions. »

Nous pouvons représenter Nuit comme l’univers constamment en extension, contenant des dimensions infinies. A l’intérieur de ces dimensions incommensurables, les étoiles, les formes de vie et les actions – sont toutes les possibilités. Elle est infinie, inconcevable. Toute manifestation ou image d’Elle n’est pas Elle, mais seulement une petite vision. Lorsque nous levons les yeux au ciel la nuit venue, nous ne sommes capables d’appréhender qu’une infime portion du ciel nocturne, qui lui-même n’est qu’un fragment de l’univers entier. Nous échouons dès lors que nous essayons de la décrire. Même en L’approchant comme l’Une, la plus élevées de toutes les déités manifestées, nous ne sommes pas capables de la comprendre : « … que les hommes ne parlent pas de Toi comme une, mais comme Aucune » ; cet Aucun, Néant ou Zéro (0) englobe tous nos concepts de Divin. Il est le Tao, la Source, l’Ain Soph. Il est la Perfection au-delà de la dualité masculin-féminin, même au-delà du Un : « Le Parfait et le Parfait sont une seule Perfection et non pas deux ; bien plus, ils ne sont rien ! » Il y a un paradoxe ici. Elle est l’Aucun – L’Infini Vide qui est au-delà de la polarité. En même temps, Elle est une Déesse spécifique avec une image, un nom, une histoire, des promesses et même des préférences : « …vous êtes mes élus. »

De la même manière que  les étoiles nous sont visibles, mais avec une perception limitée, ainsi nous pouvons accéder à Nuit. Nous La rencontrons dans la Messe Gnostique, où la Voix provenant de l’autel se déclare « l’éclat nu du voluptueux ciel nocturne ». La prêtresse est devenue la figure arquée sur la Stèle de la Révélation, Nut la Déesse Céleste – qui dit : « pour moi ! pour moi ! ». Nous sommes appelés à nous unir à Elle, à vivre une vie dans laquelle nous avons conscience d’être inséparable de l’univers et du sacré. L’unité avec le Divin ne désigne plus l’Un, comme dans l’ancien éon. A présent, il signifie le Néant, l’Infini : « Le Néant est la clé secrète de cette Loi. » Nul ne nous dit plus de rejeter notre humanité. Les instructions de Nuit sont d’en jouir : « …revêtez de belles parures, mangez des mets succulents, buvez des liqueurs et des vins pétillants ! ». Nous nous devons d’être des étoiles à présent, pas des saints dans la perspective d’une quelconque après-vie. « Que l’extase et la joie de la terre soient toujours tiennes. » Elle nous pousse à chercher la joie dans le miracle de l’incarnation et à travers cette perfection (« Ceci régénérera le monde… ») à maîtriser l’univers physique. « Souvenez-vous que l’existence est pure joie. ».  Réunion et joie ; voilà, réellement, en quoi consiste le Grand Oeuvre.

Pourquoi invoquer Nuit ? Même en dehors de la magie et du mystère de la Messe Gnostique (Son rituel public de base), nous avons bien des raisons de nous tourner vers Elle en pleine conscience. Nous l’invoquons pour nous connecter à un être sans limites, pour compenser nos propres limites supposées, et pour briser les liens qui confinent nos idées, nos pensées, nos comportements. « Le mot du péché est  restriction. » Nous l’invoquons pour rejeter toute forme de séparation et vivre pleinement les perspectives qu’Elle offre, et à travers cela nous aligner avec nos propres aspirations les plus hautes, et notre vraie volonté. Elle est la source infinie des étoiles, de l’espace et de toute manifestation. Elle est « l’Espace Infini », avec tout le spectre de possibilités que le terme peut nous laisser imaginer. C’est notre droit reçu à la naissance ; plus rien à voir avec les restrictions des Dieux qui voudraient faire de nous des esclaves. « Oui ! Festoyez ! Réjouissez-vous ! Ne craignez pas l’au-delà. »

Notre belle Déesse des Étoiles embrasse chaque femme et chaque homme, puisqu’en réalité, nous sommes tous déjà partie intégrante de Son être. Elle nous procure toute chose qui nous apportera du plaisir et du confort dans ce monde souvent hostile. Que nous cherchions le repos dans sa matrice entre les vies, l’extase de Sa caresse, un baiser réconfortant, ou des possibilités illimitées – Elle nous les offre. « Oui » est le mot qu’Elle nous dit à chaque fois. Elle accueille chaleureusement tous ceux qui se tournent vers Son amour infini et cherchent la consolation auprès d’Elle. « Les joies de mon amour te feront oublier toutes les souffrances. »

G.K. Chesterton a dit, « parmi toutes les choses étranges que les hommes ont oublié, le plus universel et catastrophique trou de mémoire dont ils ont été frappés est d’avoir oublié qu’ils vivent sur une étoile. » Nous négligeons notre connexion à la Source Infinie, prenant ainsi un grand risque ; je parlerai même de désastre,  disastrato en latin. Dis signifie « éloigné ou séparé » et astrato signifie « les étoiles ». Pour que l’univers puisse exister, la division à partir du Tout a été nécessaire ; « car je suis divisée pour l’amour de l’amour. » La conséquence de la séparation est souvent la souffrance, mais celle de la réunion crée « des joies inimaginables sur terre : la certitude, non pas la foi, durant la vie, sur la mort ; paix indicible, repos, extase… ». Nuit désire notre participation consciente comme dévotion, mais ne demande aucun sacrifice. Il n’y a pas un seul chemin qui ne conduise vers la joie qu’Elle offre. Aucune orthodoxie ne nous conduit vers Son extase. Elle tend les lois paradoxales de l’Amour et de la Volonté, et souhaite que nous comprenions que nous n’avons jamais réellement été séparés ; « Je suis au-dessus de vous et en vous. Mon extase est la vôtre. Ma joie est de voir votre joie. »

 La loi de la lumière, de la vie, de l’amour et de la liberté a été proclamée. Elle qui est sans fin et éternelle prend forme en chacun de nous. Nuit a donné la lumière qui illumine l’âme avec extase, la vie pour expérimenter Ses possibilités infinies « d’Amour sous la Volonté », l’Amour pour nous unir avec Elle, et la liberté de choisir notre propre chemin.

Soyez une étoile impérissable qui vit éternellement.

Voici la grâce offerte par Notre Dame des Étoiles. »

Le Livre de la Loi d’Aleister Crowley, traduction Philippe Pissier

Soror Nema – Le rite de la Coupe Lunaire

Tiré de « Maat Magick »
Traduction et adaptation personnelles.

Cosmic Isis, de Judith Page

Certains de mes amis se sont plaints de leurs difficultés dans leur exploration et leur maîtrise du niveau 9 [Yesod dans l’arbre de vie, ndt] et des plans astraux. Lorsque j’ai débuté dans ma pratique de la Magick, j’ai eu l’inspiration de réaliser un rite qui a ouvert en grand ma porte personnelle sur le domaine astral. […]

Le rite de la Coupe Lunaire

Matériel : baguette, calice, épée [ou athamé, ndt], pantacle, encens, plume, bouteille d’eau de source, des contenants pour des petites quantités de lait, de riz blanc et de sel.

Ce rituel est à réaliser à la lumière de la pleine lune, de préférence en extérieur. Adaptez ce qui vous est proposez selon votre propre situation.

Commencez par bannir [ou purifier l’espace selon votre méthode habituelle, ndt]. Allumez l’encens et en le tenant, tournez autour du cercle dans le sens des aiguilles d’une montre. Placez ensuite l’encens au sol. Faites face à la lune, levez les bras de sorte qu’ils forment une coupe, comme les cornes d’un croissant de lune. Faites résonner votre voix en disant :

Dame Nuit, Salut à Toi !
Dans ton corps brûle la flamme froide et pure de la Lune,
Qui constamment transforme
Ton Cœur, Ton Œil, Ta Matrice.

Dame Isis, Salut à Toi !
Le croissant cornu de Ta Couronne
Gouverne les flux du Temps et de la Nuit.
Puisses-tu m’ouvrir ton domaine
A travers le portail de Ta Lumière Argentée.

Triple Déesse, Salut à Toi !
Croissante, tu es la Vierge,
Et la Mère assise sur Son Trône
Lorsque Tu es pleine ;
Tu es la Porte qui mène à nos rêves
Quand Ta rondeur s’amenuise
Et emprunte l’Obscur Chemin de la Vieille.

Prenez votre lame et tracez dans la terre deux croissants se faisant face, ainsi qu’un cercle entre les deux. Plantez également la plume dans la terre, au-dessus du symbole de la pleine lune. Versez l’eau dans le calice, offrez-la à la lune au-dessus de vous, puis aspergez chaque symbole de quelques gouttes, en disant :

Sur le croissant de gauche : Khonsu ! Seigneur de la Lune ! Salut à Toi !
Sur la pleine Lune : Sin ! Seigneur de la Lune ! Salut à Toi !
Sur le croissant de droite : Chandra ! Seigneur de la Lune ! Salut à Toi !

Reposez le calice, puis prenez une poignée de riz blanc, et déversez-la doucement sur le croissant de gauche en disant :

Diane, Vierge Chasseresse des bois, je T’offre ce grain du blanc le plus pur afin de te soutenir dans ta course.

Versez quelques gouttes de lait sur le symbole de la pleine lune, en disant :

Hathor, Mère-Vache et Dame du Sycomore, je T’offre ce lait du blanc le plus pur, en l’honneur de l’abondance que Tu nous octroies.

Saupoudrez le croissant droit d’une bonne pincée de sel, en disant :

Hécate, Reine des Sorcières et Gardienne de la Tombe, je T’offre ce sel du blanc le plus pur, trésor du Monde Souterrain.

Passez l’encens au-dessus de chaque symbole, en dirigeant la fumée sur chacun à l’aide de la plume. Prenez le calice, tournez-vous dos à la Lune. Contemplez son reflet dans l’eau, ouvrez votre âme, et lorsque l’image de la Lune aura bien infusé l’eau de son essence, fermez les yeux et buvez.

Faites une pause, aussi longtemps que nécessaire pour expérimenter pleinement la circulation de la lumière de la lune dans vos veines. Reposez le calice au sol, tournez-vous pour faire face à la lune, regardez-la intensément. Elevez vos bras dans la posture du croissant, et dites :

LUTIS NITRA.  

[mot de pouvoir propre à la Maat Magick, ndt.]
D’après le glossaire proposé dans le livre, sa signification est suggérée par sa valeur numérique :
LTS NTR = 348.
348 + 56 = 404 – Loi, édit
418 (le Grand Oeuvre) – 348  = 70 – Silence, nuit
348/2 = 174 – Les torches
348/4 = 87 – Le blanc, la sphère lunaire
348/6 = 58 – Amour, douceur, grâce
348/12 = 29 – Se renverser]

Lorsque le moment vous semblera opportun, versez les restes de riz, de lait et de sel sur le sol près des symboles. Tapez vos mains en rythme, et dispersez les symboles et les offrandes d’une danse. Bannissez [ou renvoyez, ndt], fermez et rassemblez vos affaires pour le départ.