Tara Sanchez – Un bannissement avec Hekate

Traduction et très large adaptation personnelles d’un rituel proposé par Tara Sanchez dans son livre « The Temple of Hekate »

De nombreux rituels de bannissement connus trouvent leurs racines dans les traditions cérémonielles, comme la Golden Dawn ; ces rituels comptent parmi les techniques de « haute magie » qui ont franchi les frontières de genre, et sont désormais pratiquées dans d’autres courants contemporains, certainement en raison de leur simplicité et de leur efficacité. L’idée de bannir les esprits mal intentionnés n’est toutefois pas récente, puisque de tels sorts et rituels existent dès l’Antiquité, et dans un très large spectre de cultures ; la peur face à de tels esprits semble avoir été pandémique.

Dans un enseignement formel, c’est souvent une des premières pratiques qu’un néophyte doit maîtriser ; on la réalisera fréquemment deux à trois fois par jour pendant plusieurs mois, et à raison : si l’on n’est pas capable de mettre de l’ordre dans son propre bazar, mieux vaut ne pas risquer d’en créer un nouveau.

Réaliser un tel bannissement avant et après un rituel peut aider se débarrasser d’énergies négatives et d’entités qui n’ont pas été sollicitées ; une pratique régulière équilibrera corps et esprit ; après tout, toutes les énergies négatives ne viennent pas de l’extérieur.

Le rituel suivant prend seulement quelques minutes, et une fois maîtrisé sur le plan matériel, se voudra tout aussi efficace dans l’astral ; on pourra l’utiliser pour nettoyer l’espace astral autour de soi, en cas de rencontre avec une entité qu’on souhaite tenir à distance; avant de continuer à progresser dans son voyage astral, en travaillant dans son temple astral ou en revenant vers sa forme physique.

1/ Faire face à l’Est et lever les bras en geste de louange. Dire : « Salut à toi Hekate, toi qui règne au Carrefour des Mondes. Je t’invoque, de nuit comme de jour, dans la lumière comme dans l’ombre ; car je suis ta prêtresse et j’ai au creux de mes mains les Yeux du Ciel ; car je suis la porteuse de ta Flamme Immortelle, et mon cœur est encerclé par Tes serpents. »

2/ Faire un pas vers l’Est. Glisser ses pouces dans ses poings tout en frappant une fois le sol du pied. Dire : « Au nom de Hekate, qui règne au Carrefour des Mondes ; Que tout indésirable quitte ce lieu consacré s’il ne souhaite être consumé par les yeux du Ciel ; qu’il parte, s’il ne veut être banni pour une durée de neuf jours dans les profondeurs des Enfers. »

3/ Relâcher ses pouces et faire le tour du cercle jusqu’au Sud. Répéter l’étape 2/ vers le Sud.

4/ Procéder de même à l’Ouest du cercle, puis au Nord.

5/ Revenir à l’Est, s’agenouiller et frapper le sol trois fois du plat de la main. Dire : « Gouffre du Tartare, entrouvre-toi, Au nom de Hekate, ta reine infernale ; Yeux de la Terre, empare-toi des esprits indésirables en perdition, et soumets-les à ma Volonté ; qu’ils obéissent à mes souhaits et à mes ordres ; qu’ils quittent ce lieu consacré et cessent de m’importuner. »

Note : dans le rituel original, Tara Sanchez fait appel à Hélios en plus de Hekate. C’est donc un choix personnel de ma part de n’avoir conservé que la Déesse aux Torches dans ma traduction.

Tradition Feri – Le rite du Kala

Une variante du rituel de Kala
Article de Valerie Walker paru en anglais sur son site

Traduction et adaptation personnelles.

Voici ma propre version du rituel du Kala, que j’utilise au quotidien. Elle peut être combinée à tout autre rituel de purification sous la douche.

Sous votre douche, une fois que votre corps et vos cheveux sont nettoyés, et avant de couper l’eau, tournez-vous et faites face à l’eau.

Vos mains sont croisées sur votre poitrine ; ouvrez-les en forme de coeur, en laisant couler le jet d’eau à travers le cœur, tout en soufflant votre intention de purification dans l’eau. Formez ensuite une forme d’œuf avec les paumes de vos mains, placez-les en coupe sous l’eau. Soufflez quatre fois dans l’œuf, et visualisez-le devenir de plus en plus noir et boueux avec chaque expiration. J’utilise alors le chant suivant [Ndt : n’hésitez pas à créer votre propre chant, selon votre inspiration !] :

Hekate, Kâli Ma, Dame des Trois Voies et des Espaces tout autour,
Que mon esprit soit purifié
Que mon mental soit purifié
Que mes émotions soient purifiées
Que mes actions soient purifiées.

Tandis que vous chantez, voyez l’eau dans vos mains être nettoyée et emplie de lumière ; l’eau fraîche qui passe à travers vos mains chasse l’eau boueuse et tout ce qui vous trouble ou vous bloque. Visualisez cette noirceur retourner à la terre ou jusqu’à l’océan. Videz vos poumons complètement, puis inspirez profondément, en les remplissant totalement. Retenez votre souffle. Tout en retenant votre respiration, ouvrez votre bouche et remplissez-la d’eau lumineuse recueillie au cœur de vos mains. Avalez cette eau et enfin, expirer.

Laissez l’eau couler en vous, sur vous, et acceptez sa bénédiction. Massez votre ventre, en prononçant des paroles positives pour vous, encouragez-vous, rassurez-vous, remerciez-vous. Soyez bon avec vous-même. Après votre douche, séchez-vous avec douceur et amour.

En allant uriner aux WC la première fois après le rite, souvenez-vous que cela fait aussi partie intégrante de Kala. Votre corps rejette toutes les impuretés. Tout acte d’excrétion est sacré, ainsi que toute absorption de nourriture, ou toute pratique sexuelle. Votre corps est sacré. »

Stephanie Woodfield – Rituel de bannissement avec la Washer at the Ford

Rituel proposé dans son livre « Celtic lore and spellcraft of the dark goddess – Invoking the Morrigan »
Traduction et adaptation personnelles

Pour consulter le sommaire du livre sur Amazon, et pourquoi pas vous l’offrir  🙂
Un très bon article en français pour en savoir plus sur la Washer at the Ford

Bean Nighe, par Romantic Fae

Outils :

  • De l’encens de patchouli
  • Un bol ou chaudron assez large
  • Du thé aromatisé à la grenade
  • De l’eau chaude filtrée

Ce rituel est à réaliser dans sa salle de bain ou à l’extérieur si le temps le permet. Vous verserez de l’eau sur l’ensemble de votre corps, aussi plus le bol ou chaudron sera grand, mieux ce sera. Si vous ne pouvez pas trouver de thé de grenade, utilisez n’importe quel thé qui donnera une couleur d’un rouge profond à l’eau. Vous pouvez utiliser de l’hibiscus ou du thé à la fraise à la place, mais la grenade reste idéale en raison de son association avec le monde des morts.

Allumez l’encens et passez le bol à travers la fumée, en disant :

Au nom de la Reine Fantôme
Je bénis ce chaudron de transformation

Emplissez le chaudron avec les herbes ou les sachets de thé ainsi que l’eau chaude, puis asseyez-vous le temps que cela infuse pleinement, et méditez sur ce que vous voulez bannir de votre vie, ou sur les nouveaux commencements auxquels vous aspirez.

Quand l’eau est bien sombre, trempez vos mains dans le bol et faites tourbillonner l’eau. Imaginez que vous êtes la Lavandière du Gué (Washer at the Ford), lavant les restes de votre existence passée dans le chaudron de transformation, afin d’apporter du renouveau, une nouvelle phase et de nouveaux buts dans votre vie. Quand vous êtes prêt, appelez la Lavandière du Gué en disant :

Lavandière du Gué
Dame du changement
De la mort et de la renaissance
C’est toi qui nous guide au-delà des frontières de cette vie
Et nous mène à la guérison et au renouveau
Reine des Fantômes
A la fois vieille femme et jeune fille
Conduis-moi à la guérison
Je tourne une page de mon existence
Je me dépouille de l’ancien tel le serpent de sa peau
Et accueille le bon et le neuf
Lavandière Fantôme
Guide-moi à travers ce temps de changement !

Avec vos doigts, faites couler l’eau le long de votre corps, en visualisant votre ancien moi se détacher de vous, vous laissant ainsi pleinement renouvelé.

Lorsque vous sentez que le rituel touche à sa fin, remerciez la Lavandière du Gué et rendez l’eau restante à la terre.

La Magie des Rivières : charger des objets

Extrait de « the candle at the crossroads », de Orion Foxwood
Traduction et adaptation personnelles

Oshun, par Manuel Mendive

Une autre forme de travail en collaboration avec la rivière qu’on m’a appris est le baptême ou chargement [ndlt : l’auteur parle de « in-spirit », qui pourrait se traduire par « insuffler l’esprit »] de sacs, statues, médaillons, et autres objets magiques, à l’aide de l’eau vive du courant. Une fois de plus, on perçoit le lien entre rivières, cours d’eau, criques, courants, et magie ou mouvement du pouvoir de l’esprit.

Si l’objet est béni dans l’intention d’éloigner quelque chose comme une malédiction, mettez-vous dos au courant, afin de voir l’eau s’éloigner de vous, et demandez à Dieu de remplir le courant avec Son pouvoir et de donner à la Dame le pouvoir de protéger et d’éloigner le mal. Demandez à la Dame de recevoir ce pouvoir et d’en charger l’objet. Une fois que vous sentez le pouvoir bien présent, trempez votre main dans l’eau qui s’éloigne de vous et aspergez l’objet par trois fois. On m’a appris à dire « au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit », mais vous pouvez sceller cette pratique comme bon vous semble.

Si l’objet est béni dans l’intention d’apporter quelque chose à son détenteur, procédez de la même façon, mais en faisant simplement face au courant.

Lorsque votre travail est  terminé, priez toujours afin que Dieu, le Créateur, ou l’Esprit bénisse ce cours d’eau et sa Dame.

La Magie des Rivières : un charme de libération et d’attraction

Extrait de « the candle at the crossroads », de Orion Foxwood
Traduction et adaptation personnelles

On m’a appris que les rivières et les cours d’eau en général étaient de puissants lieux de passage vers le monde des esprits. Ils sont constitués de ce que nous nommons de « l’eau vivante », et utilisés pour les baptêmes (pas uniquement chrétiens), la conjuration de nouveaux chemins, et le chargement d’objets comme des spirit bags [ndlt : qu’on pourrait traduire par sacs-esprits ?]. […]

Depuis mon enfance, on m’a raconté qu’il existe un puissant esprit de la rivière, que nous appelons simplement la Dame de la Rivière. Elle peut donner ou prendre la vie, selon si on fait face ou non à son courant, qui charrie de grandes forces avec lesquelles nous pouvons travailler.

Avant de commencer à travailler avec un cours d’eau en particulier, je recommande de faire la chose suivante : trouvez une petite crique ou un endroit où vous pourrez aisément et sans danger traverser la rivière ; présentez vous à la Dame, et offrez-lui du miel (en le versant dans l’eau) pour adoucir ses eaux. Puis, utilisez un outil [ndlt : pendule, tarot, ou votre intuition !] qui vous permettra de savoir si Elle désire travailler avec vous. Une fois que vous avez obtenu une réponse positive, ou que vous avez trouvé un autre cours d’eau avec lequel coopérer, vous pouvez faire le travail suivant :

  • Décidez ce que vous désirez recevoir dans votre vie, ou ce que vous voulez travailler
  • Identifiez les forces ou situations qui empêchent votre progression et qui doivent être débloquées. Ne vous focalisez pas sur des personnes, mais plutôt, s’il s’agit de relations à défaire, concentrez-vous sur la sensation d’enchevêtrement que vous souhaitez voir disparaître.
  • Demandez à la Dame de la Rivière de défaire ce blocage dans votre vie
  • Entrez dans l’eau, avec vos bras croisés sur votre poitrine, en tournant le dos au courant. Puis, lorsque vous parvenez au centre du courant, ouvrez vos bras et laisser l’eau emporter avec elle toute influence négative. Si cette influence vous a fait souffrir, ou si elle a eu une quelconque importance pour vous, il est probable que vous vous mettiez à pleurer. Si cela arrive, offrez vos larmes à la Dame, cela accroîtra le pouvoir de votre travail.
  • Lorsque vous vous sentez libéré, traversez la rivière jusqu’à la rive opposée, les bras le long du corps, tout en remerciant la Dame.
  • Une fois sur l’autre rive, méditez sur ce que vous souhaitez recevoir à la place de ce dont vous venez de vous libérer.
  • Puis, retournez dans l’eau, cette fois-ci en faisant face au courant ; au centre, ouvrez grand vos bras afin d’accueillir du nouveau dans votre vie, et demandez-le à la Dame.
  • Une fois que vous vous sentirez touché par sa bénédiction, refermez vos bras comme pour mieux l’accueillir.
  • Retournez sur la rive où votre pratique a débuté. Ressentez de la gratitude envers la Dame, et recherchez une pierre que vous pourrez emporter avec vous et qui vous rappellera Son pouvoir.
  • Versez un peu de lait dans le courant afin d’accroître le pouvoir fertile et nourricier de la Dame. Puis repartez, et laissez le pouvoir agir.

Down by the riverside

J’ai toujours vécu à proximité d’une rivière.

 Enfant, celle qui passait derrière mon village marquait pour moi la frontière entre la civilisation et le monde sauvage. Dès que le temps le permettait, j’y errais pieds nus à ramasser des cailloux et à attraper des têtards ; sur ses berges, j’ai appris à reconnaître quelques arbres et plantes qui sont toujours parmi mes favoris. Croyez-moi, c’était le plus bel endroit sur terre.

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la Wicca, à la sorcellerie et aux néo-paganismes (dans un joyeux gloubi-boulga, oui oui ^^), comme c’est le cas pour beaucoup d’entre nous je pense, la méditation a été la première pratique vers laquelle je me suis tournée. Le hasard a fait que je déménage dans un faubourg de ma ville que je connaissais à peine, et à moins de 500 mètres de chez moi, alors que je vivais à côté d’un supermarché et au milieu d’immeubles plus gris les uns que les autres, coulait une autre rivière, miraculeusement coupée du tumulte urbain, au milieu de roseaux, d’aulnes et de saules (avec aussi quelques boulets qui venaient promener leur chien ou boire des bières, mais chhttttt, c’est déjà oublié) . Elles est devenue – ainsi que tout son environnement – une formidable alliée pour méditer pendant plusieurs années. Le bruit de l’eau, sa fraîcheur, ses reflets, sont autant d’éléments qui nettoient l’esprit et permettent de l’apaiser, le préparent et l’accompagnent dans un travail spirituel … Je ne vous apprends rien 🙂

J’ai encore déménagé il y a un an [article publié le 22 février 2015], dans un village ; et là encore, la rivière est à deux pas. On se connaît déjà, c’est la même que la précédente, juste plus rurale (ya moins de boulets et encore plus de vert, hourra !). Ma pratique à ses côtés s’est encore développée au fil du temps, j’avais envie de partager ici à ce sujet. Je l’aime d’amour, je vous jure.

Tisser des liens

Rien de fou pour cela, soyez simplement sincère et patient. Pensez aux offrandes bien sûr ; mais surtout, passez du temps auprès d’elle. Apprenez à la connaître. Parlez-lui. Écoutez-la. Soyez attentif aux arbres et aux plantes qui la bordent, aux oiseaux et animaux qui les fréquentent. Chantez. Peut-être vous soufflera-t-elle son nom … Pensez à lui glisser le vôtre 🙂

Nema, dans son ouvrage « Maat Magick » dont j’ai déjà traduit un extrait ici, propose un petit rituel qui s’adresse au Gange, et qui m’a inspiré quand j’ai commencé à travailler plus consciemment avec la rivière proche de chez moi :

« Oraison au Gange. J’utilise celle-ci dans toutes les circonstances où je suis au contact de l’eau, lorsque je bois, lorsque je me lave les mains, lorsque je lave ma vaisselle, mes vêtements, le sol… Quand je traverse un pont au-dessus d’une rivière ou d’un cours d’eau, quand je prends un bain ou une douche, quand je nage, etc.

« Salut à toi, ô Mère Gange, qui coule pour l’éternité autour du monde et retourne toujours à ta source. Purifie-nous alors que je te prie, dans le perpétuel rituel qu’est la vie. Hare hare Ganga. »  » [traduction personnelle]

Je ne me suis personnellement pas adressée au Gange mais directement au cours d’eau qui coulait près de chez moi ; comme bien souvent je ne me suis pas gênée pour adapter la forme ; quoiqu’il en soit, le fond est resté le même, et le travail constant et conscient avec l’élément aquatique, en lien avec « ma » rivière, a vraiment renforcé notre relation.

Pratiquer

 Des choses simples, très simples… Mais j’ai mis du temps à les concevoir/percevoir, alors peut-être ces quelques idées pourront-elles vous inspirer !

* Méditation : Une de mes enseignantes de yoga compare toujours le flot de pensées à des nuages, qu’il faut apprendre à laisser passer dans son ciel intérieur sans les retenir, sans se focaliser dessus… Au bord de l’eau, je demande à la rivière de les emporter dans son cours. Le chant de l’eau facilite grandement le lâcher prise… Même si vous bloquez, le courant finit par être plus fort. Essayez, c’est magique 🙂

* Introspection : l’Esprit de ma rivière me montre un visage changeant ; il est parfois léger, parfois sombre, d’autre fois totalement insaisissable à première vue. J’ai mis du temps à comprendre qu’en réalité, la rivière agit pour moi comme un miroir ; ce que j’en perçois, le visage qu’elle choisit de revêtir, les visions qu’elle m’offre… me renvoient un reflet de moi-même, de mon état intérieur… Et son courant me dépouille de tout artifice superflu, me rendant plus « lisible » à mes propres yeux. Plongez votre regard dans l’eau et voyez ce qu’elle a à vous révéler. Chez vous, vous pourrez également utiliser un miroir que vous aurez lavé avec l’eau de la rivière.

* Purification : Asseyez-vous au bord de l’eau, déposez vos outils, pierres, bijoux dans le courant ; lavez vos mains, vos pieds… Comme vous le sentez, selon votre intention (après une longue marche ou avant un rituel elle ne sera pas forcément la même). Difficile de trouver plus simple comme mode d’emploi, non ? 🙂 Gardez simplement à l’esprit, constamment, le mouvement de l’eau, qui emporte loin (loin, loin…) ce dont vous souhaitez être purifié. Ce type de purification me semble parfaitement indiqué avant un rite dans lequel on fera appel à des entités locales.

* Transformation : Observez l’eau de la rivière ; voyez comme elle s’adapte aux remous, franchit les obstacles, avec fluidité et dans un renouvellement constant. Elle poursuit sa route en dépit de tout, et adapte son flot à son environnement. La simple contemplation de ces phénomènes pourra vous inspirer dans votre propre avancée. Imprégnez-vous du mouvement perpétuel de l’eau ; utilisez-la en onction sur votre corps et demandez-lui de vous insuffler son pouvoir de transformation et d’adaptation, pour vous permettre de poursuivre votre cours ; baignez-y  vos talismans pour les charger de ces énergies mouvantes. Vous pouvez également rapporter une fiole chez vous pour vos travaux, mais attention : non seulement l’eau croupit facilement, mais surtout, enfermée de manière statique dans un bocal, elle perd de son tempérament … A utiliser rapidement donc 🙂

* Bannissement : J’ai expérimenté à deux reprises un petit rite de bannissement qui s’est montré assez efficace (bien qu’aux conséquences un peu weird la seconde fois !) ; préparez une poudre de bannissement (pour ma part, j’ai utilisé un mélange de sel, d’ortie, d’épines de prunellier réduites en petits morceaux, de molène et d’achillée, mais les combinaisons peuvent être variées, fouillez sur le net pour trouver des idées) ; rendez vous au bord de la rivière, expliquez-lui ce dont vous souhaitez vous débarrasser et pourquoi, demandez-lui de vous aider. Pensez à présenter une offrande. Si votre demande est acceptée, procédez comme suit : tournez le dos à l’eau ; en tenant la poudre dans votre main, concentrez-vous sur ce que vous souhaitez bannir, nommez cette chose (travailler sur un sigil vocal et/ou visuel pourra être un bon préalable) et jetez en même temps la poudre dans l’eau, par-dessus votre épaule. Laissez s’éloigner ce qui doit partir. Remerciez la rivière et partez sans vous retourner.

Je suis sûre que pour la réalisation d’un vœu, d’un but à atteindre, la rivière pourra aussi se montrer une alliée précieuse. Je n’ai pas encore eu l’occasion de composer quelque chose dans ce goût-là mais j’éditerai l’article si le moment se présente 😉

* Libation : Daniel Schulke, dans son « Viridarium Umbris », suggère d’utiliser l’eau des rivières (ou de n’importe quel cours d’eau) en guise de libation, offerte au sol, avant toute pratique sorcière. Le fait qu’elle soit une eau mouvante ferait d’elle une libation toute indiquée – et plus le courant sera fort, mieux ce sera. Je ne l’ai pas encore fait, mais puisque je viens tout juste de le lire il y a quelques jours, je partage l’idée 🙂 Elle me semble bien à propos dans un travail avec des esprits locaux.

* Préparation : ajoutez l’eau de votre cours d’eau à une préparation qui sera ajoutée à vos bains, utilisée au cours de vos rituels … C’est ce que font les pratiquants du Lucumí dans l’omiero .

Prières pour Oshun

O ma mère Oshun, reine des rivières et des cours d’eau.
O ma mère Oshun, entends nos prières.
Près de la chute d’eau se trouve une petite grotte,
Près de la chute d’eau se trouve un petit banc doré.
Près de la chute d’eau, ma mère Oshun vient souvent se reposer.

Source, traduction personnelle 

Oshun est essentiellement connue comme l’Orisha de l’amour, de la sensualité et de la fertilité, associé aux rivières et aux cours d’eau. C’est d’ailleurs ce dernier trait qui m’a d’abord conduit vers elle il y a quelques mois, avec l’idée d’explorer de nouvelles pratiques en lien avec l’eau. Au fil du temps, je l’ai découverte bien plus complexe que ce que j’imaginais de prime abord. Pourvoyeuse d’espoir, de joie, d’abondance, mais aussi féroce guerrière, magicienne, consolatrice et conseillère. Sous sa légèreté faite de danses et de chants, de sourires enjôleurs et de caresses, d’eau limpide et chantante, je sens une incroyable profondeur, dans laquelle l’eau nettoie et fertilise autant qu’elle peut noyer. Ses « chemins » (concept assez proche de celui d’avatar) témoignent de sa complexité, puisqu’elle est tour à tour Moro la sensuelle, Aña la magicienne détentrice du tambour, ou encore Awé, celle qui veille sur les défunts aux côtés d’Oya.

Même si je lui ai consacré un autel depuis quelques temps, je ne la sens jamais aussi proche de moi que lorsque je passe quelques instants au bord de l’eau. Ce que j’aime, c’est que tout en étant une « divinité » venue « de loin », je la sens palpable, complètement dans « l’ici et maintenant », dans un contact vraiment similaire à celui que j’ai avec les esprits des lieux ou des plantes ; c’est une relation ancrée dans la chair et qui se vit complètement dans le corps – ou pour être plus précise, dans le »fetch », pour reprendre une terminologie Feri.

A place in the sun, par Sarah Golis

Et donc, nous disions… ? Ah oui, des prières. Maria-Alba Valdès, dans « Magie des Caraïbes et Santeria », en partage une  que voici :

Mère, Maîtresse du Fleuve, du monde où tout fils de saint va se baigner pour recevoir la bénédiction de l’eau douce, pour obtenir bonheur et réussite, femme qui danse avec sa jupe et ses cinq étoles, jolie reine pleine de rires et de joie, mais dont les hommes doivent se méfier, car elle est bien mystérieuse quand elle est en colère, femme dangereuse, messagère d’Olofi. Merci.

Et puis une autre, trouvée sur internet et adaptée depuis l’anglais par mes soins :

Louange à l’Orisha du mystère
Esprit qui me purifie de l’intérieur
Louange à l’Orisha des rivières
Esprit qui me purifie de l’intérieur
Louange à l’Orisha de la séduction
Esprit qui me purifie de l’intérieur
Mère du miroir,
Mère de la danse,
Mère de l’abondance,
Nous chantons ta louange.
Ashé-O.

On peut également appeler Oshun avec la salutation qui lui est consacrée : Ore yeye o ! (qu’on peut traduire approximativement par : salutations, Mère d’abondance !). Oshun aime les danses et les chants, aussi j’aime beaucoup fredonner cette petite formule sur un air improvisé pendant que je procède à mes offrandes.

Hekate Trioditis

 Source
Traduction et adaptation personnelles.

Aujourd’hui, d’après le Calendrier Attique, est le jour de Hekátês Deipnon, du Souper d’Hekate ; de Celle qui est Despoina Trioditis, la Dame des Trois Voies, des carrefours ; et en ce jour, je réfléchis tout particulièrement à son rôle dans la thrêskeía Pythagóreia, une codification de l’hellénisme.

Peut-être Sa qualité essentielle réside dans Sa description comme Trioditis ou Trimorphis, mots qui signifient respectivement « des trois voies » et »à triple forme ». Il est assez peu surprenant, de ce fait, que dans une expression exotérique de l’hellénisme, Hekate (en latin, « Trivia », des Trois Voies) soit perçue comme la Déesse qui veille aux carrefours, et soit honorée en ces lieux. Néanmoins, d’un point de vue ésotérique, la Dame des Carrefours n’est pas réduite au patronage des intersections de chemins de campagne ; elle est la patronne des Carrefours Cosmiques – c’est-à-dire qu’Elle personnifie l’intersection entre les trois domaines de l’existence : le domaine céleste, le domaine sublunaire, et le domaine chthonien. Ainsi, on dit que Hekate gouverne les Cieux (domaine céleste), la Terre (domaine chthonien), et la Mer (domaine sublunaire) ; en ce sens, Hekate peut être perçue comme un carrefour métaphysique, une autoroute reliant les trois domaines, et de ce fait, une alliée extraordinaire pour tous ceux qui aspirent à l’Union Divine.

Hekate incarne également les paradoxes sur lesquels un tel aspirant doit travailler pour réaliser son union avec le Divin. Dans un hymne orphique, il est dit qu’une de ses faces « favorise le bouvier »,  ce qui est une métaphore désignant l’aspirant qui travaille avec le Taureau du Savoir, qui, tel Zeus emportant Europe au-delà de la Mer Égée, porte l’aspirant vers l’Henosis, l’union avec la Source du Divin ; un autre de Ses visages est dit capable « d’éveiller les passions bestiales » (Hymne à Athéna de Proclus), ce qui doit être vaincu par la hache d’Athéna. Malgré cela, Elle est aussi « la Mère des Dieux… Hekate la protectrice, à la grande force » (Hymne à la Mère des Dieux et à Ianus-Zeus de Proclus). Dans la religion démotique, Hekate préside à l’obscurité et aux pratiques occultes profanes ; Elle est une déesse tutélaire de la sorcellerie et de la goétie. Pourtant, simultanément, Elle est invoquée par ceux qui craignent le mauvais oeil des sorciers, et les représentations d’Hekate sont placées aux entrées des maisons afin d’empêcher toute malédiction d’y entrer.

Ainsi, Hekate trouve sa place dans les trois domaines de l’existence ; Elle siège comme Mère des Dieux, la Grande Mère Apeiria, Psyché, épousant le divin Logos d’Eros-Zeus, permettant aux idées de s’incarner. Mais Elle est aussi la chthonienne, l’Autre du monde sauvage, Artémis la Vierge. En creusant un peu, on la découvre procréatrice, dans l’ici bas, des nombreux chemins issus de l’Un. Voilà pourquoi Hekate est si étroitement liée à la Voie de « l’Ascension » ; dans son aspect le plus « bas », Elle est un Daimon inconstant et  imprévisible, tandis que dans son aspect le plus « élevé », Elle en est l’exact contraire. La Dame des Carrefours incarne les Carrefours – Elle est l’Ascension, et Ses visages sont des barreaux de l’échelle qui mène vers Elle, et sont des modèles, des guides divins, pour celui qui aspire à s’élever vers le Divin.

Le Souper d’Hekate marque la fin de chaque mois lunaire dans le Calendrier Attique ; on l’appelle aussi  Henê-kai-Néa, l’Ancien et le Nouveau ; il est un carrefour temporel. Un tel moment est propice à célébrer Despoina Trioditis ; nous laissons derrière nous ce qui doit être quitté, et nous avançons vers un nouveau territoire. Avec le lever de Séléné et l’aube nouvelle, puissions nous percevoir le reflet de la Déesse des Trois Voies sur la route vers le Divin qu’Elle nous révèle.

Bonnie MacLachlan – Koré, la Nymphe : le culte de Perséphone à Locres

Traduction et adaptation personnelles.

 
 

A Locres, la descente et le retour de Koré/Perséphone étaient commémorés dans un rituel ; le temple jouissait d’une importance singulière pendant l’Antiquité, mais présentait une identité de Perséphone différente de celle proposée par l’Hymne Homérique à Déméter. Locres était sous l’influence des colonies grecques de l’Ouest, non de celles de l’Attique ou du continent grecque. Ici, en Magna Graecia et en Sicile, la disparition de Koré n’offrait pas une explication à la colère et à la tristesse de Déméter, mais constituait la première étape vers une théogamie, un mariage sacré.

Ainsi, les célèbres plaques en terre cuite (pinakes) qui y furent découvertes par Paolo Orsi au début du 20ème siècle honorent Perséphone en tant que jeune mariée, et le fait que c’est en tant que jeune mariée qu’elle devient Reine des Morts.

Sur un type de pinakes, elle est représentée avec Hadès, recevant Dionysos en Enfer ; trois dieux avec de forts pouvoirs chthoniens. Ces plaques votives, représentant différentes scènes du récit de l’enlèvement de Perséphone, de son mariage et de son règne en tant que Reine, trouvées aux côtés d’autres objets votifs au sanctuaire de la Manella à Locres, peuvent être interprétés comme des proteleia, des présents offerts à la Déesse par des futures/jeunes mariées de la région, mais elle honore également la réalité selon laquelle Perséphone n’était pas seulement mariée à Hadès, mais aussi en Hadès, où elle assumait le rôle de protectrice des Morts.

Les pinakes datent de la seconde moitié du 5ème siècle avant J-C. Au siècle suivant, on trouve des traces d’activité rituelle ailleurs à Locres, dans une grotte consacrée aux Nymphes – activité qui combine également des éléments nuptiaux et infernaux. Des artefacts votifs communs aux deux lieux lient très clairement les deux rituels, mais dans le plus récent, les proteleia sont nourris d’éléments religieux, philosophiques et culturels beaucoup plus complexes, qui traversaient toute la Grèce de l’Ouest à l’époque héllénistique.

La grotte (dite Grotta Caruso) […] était de taille importante, large et haute de 9 pieds. A l’intérieur se trouvait un bassin qui pouvait être empli d’eau à une profondeur d’environ 2 pieds, transmise d’une source jusqu’à la cave à l’aide d’un système de canalisation. Un large bloc de pierre positionné dans le bassin était immergé lorsque ce dernier était rempli d’eau, et servait de manière évidente au rituel. Non loin, un autel de pierre était destiné à rester hors de l’eau lorsque le bassin était rempli. Une série de marche permettait aux participantes d’accéder à l’eau. Des niches dans les murs de la grotte pouvaient accueillir de nombreuses pièces votives – offrandes prénuptiales et objets trouvés dans d’autres nymphaea,dans des tombes de femmes, et dans des lieux de culte consacrés à Perséphone et Déméter.

Avant d’examiner le rituel en lui-même ainsi que les objets votifs, il peut être important de se pencher sur la notion grecque de nymphe, et quelles connotations particulières ce terme pouvait avoir à Locres. Nymphê est le mot grec désignant la future mariée, ou la jeune mariée. Ainsi, Perséphone était donc une nymphe, ce qui explique la continuité de culte entre La Manella et la Grotta Caruso. De plus, la nymphe désigne également en grec la jeune fille nubile. La littérature grecque est remplie de nymphes des bois ou des eaux, non mariées, vivant dans l’espace Sauvage, accompagnée de Pan ou de Silène. Ces nymphes mythiques, comme leurs compagnons mâles, étaient des créatures sexuelles. Les Nymphai mortelles ou non étaient par définition des êtres sexuels, parfois aggressives, prédatrices sexuelles comme dans la légende de Narcisse ou dans certains récits mettant en jeu des bergers siciliens […]

Cette aura érotique entourait également les nymphes humaines (jeunes/futures mariées) de Locres. James Redfield, dans son  livre The Locrian Maidens : Love and Death in Greek Italy paru en 2003, démontre la particularité du statut des femmes de Locres par rapport à l’ensemble du monde grec. Ce sont les femmes, non les hommes, qui transmettaient la propriété, les femmes déterminaient le statut social de leur mari. Les rites prénuptiaux qui se déroulaient à La Manella ou à la Grotta Caruso avaient des conséquences sociales qui dépassaient le simple rite de passage pour jeune fille, et on peut aisément avancer qu’ils attiraient l’attention de tous les citoyens de Locres.

L’érotisme des Nymphes se combinait à deux autres traits saillants : leur identité chthonienne et leur tempérament joueur. Dans la mythologie et l’iconographie grecques, les Nymphes faisaient partie des thiasos dionysiaques, jusqu’à être, souvent, difficiles à distinguer des Ménades. Dans la période hellénistique, elles participèrent également à la complexité grandissante de l’identité de Dionysos – dieu du théâtre et du jeu, du vin et du thyrse, de la folie et de l’extase, de la mort et de la renaissance, le dieu qui offre l’espoir d’une vie après la mort – et cet ensemble de pouvoirs se retrouvait dans les expressions symboliques des nymphes, rituelles et humaines, qui fréquentaient la Grotta Caruso.

Comme la Perséphone-nymphe des pinakes, les nymphes de la grotte possédaient des traits chthoniens. Les grottes étaient fréquemment représentées comme des entrées du Monde Souterrain […] Des lieux de cultes honorant les Nymphes se trouvaient souvent à proximité de ceux d’autres dieux chthoniens comme Zeus Meilichios.

Les jeunes femmes de Locres qui entraient dans la Grotta Caruso et descendaient les escaliers interprétaient peut-être une descente rituelle dans le Monde Souterrain où, comme Perséphone, elles se préparaient à rencontrer un époux du monde souterrain.

Les aspects érotiques et chthoniens sont centraux dans l’identité des nymphes, et probablement dans l’activité prénuptiale présente à Locres. Pendant le rituel de la grotte, nous pensons pouvoir affirmer que les jeunes femmes nubiles descendaient les escaliers jusqu’au bassin empli d’eau. Le bain prénuptial ritualisé était fréquent dans des cultes dédiés aux nymphes. Il paraît probable que les femmes s’asseyaient sur le roc immergé, et se versaient de l’eau sur le corps. On trouve un parallèle dans un texte de Callimaque décrivant une pratique où les femmes tissent une robe pour Héra, s’assoient ensuite sur une roche dans la fontaine de la nymphe Amymone et versent de l’eau sacrée sur leurs têtes […]

Les artefacts votifs de la Grotta Caruso sont composés d’un choix complexe de proteleia, incluant de nombreux nus féminins en terre cuite, agenouillés ou assis, dépouillés de leurs membres. Ces figurines ont été trouvées à Locres, dans des tombes de femmes et près du théâtre. Ailleurs en Magna Graecia et en Sicile, on les retrouve dans des tombes de jeunes filles. Souvent, leurs bras et jambes ont été délibérément coupés, et parfois on trouve des trous aux endroits où se trouvent normalement les membres, suggérant la possibilité d’en ajouter, comme sur des poupées aux bras et jambes articulés et interchangeables. Ces poupées, qui portent le polos, sont très certainement des cadeaux pour la déesse qui accompagnera la transformation de la jeune fille en nymphê. […]

Des figurines ont aussi été retrouvées à la Manella et dans d’autres sanctuaires dédiés à Déméter/Perséphone, faisant clairement le lien avec la présence de cette dernière. Mais les nymphes sont aussi clairement représentées : de nombreuses plaques de terre cuite représentant trois têtes de femmes ont été retrouvées dans la Grotta, parfois avec Pan ou des symboles dionysiaques. Ce trio de têtes se retrouve dans des nymphaea, dans des autels consacrés à Perséphone, et dans des tombes, ailleurs dans le monde grec.

Cependant, dans la Grotta Caruso, une combinaison inédite s’opère : parfois, les nymphes apparaissent avec un tauromorphe, un taureau à visage humain et des cornes. L’iconographie de cette figure se retrouve dans des portraits d’Acheloüs ou d’autres dieux-rivières, et nous possédons des preuves textuelles liant le portrait trouvé à Locres à une rivière ; une inscription sur une des plaques trouvées à la Grotta désigne l’homme-taureau comme Euthymos, un curieux héros local.

Euthymos était une figure historique, un lutteur de Locres victorieux à Olympe à trois reprises. Une statue fut érigée en son honneur et Callimaque a célébré ses succès. Mais nous apprenons aussi de Pausanias, Pline l’Ancien et Elien qu’Euthymos a également acquis un statut légendaire en terrassant un daimon qui menaçait la ville proche de Temesa, et auquel, sous la menace, des jeunes filles devaient être remises […] Au final, la récompense d’Euthymos consista en une jeune épouse. La connexion nuptiale entre Euthymos et les nymphes de la Grotta devient ainsi plus claire. Elle est encore rehaussée par le lien entre Euthymos et l’élément eau. […]

Nous pouvons nous demander pourquoi les femmes de Locres déposèrent ces plaques représentant des nymphes et Euthymos dans la grotte ? Il est impossible de faire le parallèle avec d’autres pratiques, et aucune analogie n’a pu être établie avec des sources écrites. Il est possible qu’il existait un culte global autour de la figure héroïque d’Euthymos à Locres, auquel participaient les jeunes filles, et qu’elles intégraient ensuite cette expérience à leur rituel de la Grotta. Une femme qui achetait une plaque représentant Euthymos et les nymphes pouvait vouloir faire un présent en remerciement de la sécurité générale dans laquelle vivaient les jeunes filles de la région. Ou son intention était d’honorer le lien érotique entre le héros et la jeune fille, sous le patronage des nymphes, divinités sexuelles par excellence. Soulignons enfin qu’Euthymos, sous son apparence tauromorphe, est un héros mort, un époux chthonien.

Au-delà des aspects chthonien et érotique, il faut également explorer le troisième trait des nymphes grecques : leur attrait pour le jeu. Les nymphes sont joueuses, et se veulent transgressives dans ce domaine. Ceci pourrait expliquer un des aspects les plus curieux des activités qui se déroulaient à la Grotta, le jeu théâtral. Nombre d’artefacts identiques à ceux de la grotte ont été retrouvés au théâtre de Locres, tels les nus féminins portant le polos et les plaques avec les trois nymphes. Mais d’autres éléments, issus du monde du théâtre, étaient présents dans la grotte : masques, silènes et acteurs comiques, et une large figure issue du phlyax (théâtre burlesque, farce, faisant souvent référence comique aux grandes tragédies athéniennes), au corps déformé, à la face grotesque et au ventre protubérant. Nous savons que Locres participa grandement dans la popularisation de ce genre […] Il est bon aussi de se souvenir que des pièces comiques ont été écrites au sujet des femmes de Locres […]

Il est possible qu’il y ait eu des performances théâtrales dans la grotte : parmi les objets votifs, on a trouvé des modèles miniatures de la Grotta munis de rideaux gravés dans la roche. Les figurines de terre cuite représentant les acteurs comiques et les musiciens, aux côtés des masques, indiquent l’importance du théâtre pour celle qui ont fréquenté ces lieux. Le clair-obscur, le sérieux et le comique, comme le jeu constant entre la vie et la mort, sont des thèmes appropriés pour les rituels d’un nymphaeum.

Ce mélange de comique et de sérieux (spoudogeloion) autour de la Grotta peut très bien s’expliquer également par la rencontre entre Perséphone et les nymphes ; Laurie O’Higgins, dans Women and Humor in Classical Greece (2003), argue du fait que les rituels proprement féminins liés aux festivals de Déméter et Perséphone, comme les Thesmophories, ont joué un rôle dans le développement général de l’humour sexuel dans la poésie grecque, et dans la popularisation du grotesque dans le théâtre comique. Ces “Carnavals de Femmes”, comme elle les appelle, explorait nombre de possibilités offertes par le Grotesque, comme par exemple les figurines de vieilles femmes enceintes, ou les représentations de Baubo (dont un exemplaire fut également retrouvé à la Mannella). Les voix et les bruits qui résonnaient dans la Grotta exprimaient peut-être tout sauf la solemnité.

[…] La cohabitation des théâtres avec les sources, fontaines et nymphes, ainsi qu’avec le motif de la mort, est remarquable dans tout le monde grec méditerranéen ; et celle d’artefacts votifs représentant Déméter et Perséphone avec des figures comiques et des masques, dans de nombreux sites, est tout aussi frappante. Sur l’île de Lipari, dans une nécropole connue sous le nom de Contrada Diana, se trouvait un Koreion (sanctuaire de Koré). Des bustes de Perséphone y ont été retrouvés, en compagnie de silènes. Des tombes de la nécropole, on a tiré une collection impressionnante de masques de terre cuite utilisés dans le théâtre, tragédie, pièces satyriques, phlyax ou nouvelle comédie. Dans de nombreuses tombes, on a également retrouvé des oeufs, symbole universel de mort et de renaissance ; oeufs qui semblent aussi avoir été liés au phlyax […] Sur un vase de Campanie, un acteur de phlyax converse avec Dionysos ; le dieu est muni de son thyrse, l’acteur d’une torche et d’un oeuf dans sa main gauche. Rencontre évidente entre le pouvoir chthonien, souterrain, et le pouvoir du jeu et du comique.

Pour en revenir à Locres et aux rituels des femmes dans la période héllénistique, je pense qu’on peut mieux comprendre la cohabitation de l’érotisme, du pouvoir chthonien et du jeu dans ce culte, en observant l’expansion du culte de Dionysos dans cette partie du monde à cette époque. Il était un allié naturel des nymphes et de Perséphone, puisque comme le dit Héraclite, « Hadès et Dionysos ne font qu’un ». Dionysos libérait l’âme à travers l’extase et le jeu. Aucune représentation directe du dieu n’a été retrouvée à la Grotta, mais ses compagnons – silènes, acteurs, nymphes et probablement Perséphone elle-même – offraient aux participantes du rituel un monde apprécié de ses initiés, qui ouvrait une porte sur l’ultime réalité qu’il promettait à ceux qui le suivaient.