Le Tabac

Petite introduction [publiée initialement le 14 septembre 2013]

Ca fait plus de vingt ans que je fume. Irrégulièrement ok, mais quand même. Pfiou. Un jour ma mère m’a dit : « plutôt que de fumer pour faire comme les copines, tu n’as qu’à essayer toute seule, tu verras que ça n’apporte pas grand chose. » Sage comme la petite Siduri l’a toujours été, elle a écouté sa maman et a tout aussi sagement volé quelques cigarettes à son papa, des belles Cartier au filtre blanc orné d’un fin liserai d’or, et au parfum très suave, l’année de ses dix ans.

Je me souviens de la première, fumée au-dessus de l’évier de la salle de bain pendant que mon père recevait un ami au rez-de-chaussée pour l’apéritif. La tête qui tourne légèrement, l’impression d’avoir acquis du pouvoir, une autre image de moi qui apparaît doucement dans le miroir, au milieu des volutes. Rite de passage. Par la suite, j’ai fumé ainsi, ponctuellement, chez moi, ou lors de balades dans les champs ou au bord de la rivière qui passe à côté de mon village natal. Je me souviens de la brume et de la fumée, du plaisir de la solitude et du secret, de mon gilet trop long qui cachait ma main gauche aux trois-quarts, au cas où quelqu’un me repérerait. [Pour l’anecdote, je me souviens aussi de la fois où j’ai écrasé un mégot dans ma main en voyant arriver la voiture de ma mère au loin. Hem.]

Et je me souviens de mes premières clopes sociales, planquée au fond du jardin de mon voisin, avec lui à mes côtés. Bérus dans les oreilles, mégots au bec, chaos dans la tête. Les sessions de tirage de cartes dans la cour du lycée, au milieu d’un nuage de fumée. La cafèt de la fac, les révisions intensives, le café-clope du matin avant l’exam, les concerts et les soirées. Les nuits sur mon balcon d’étudiante, mélange de nicotine et de larmes dans ma bouche. Les longues conversations, mêlées de rires et de quintes de toux avec ma coloc, avec nos voix de Marge Simpson à vingt piges.

Et un jour, j’ai arrêté.

Paradoxalement (?), c’est seulement après plusieurs mois de sevrage que le tabac est entré dans mon champ d’investigation spirituel. D’abord de manière très furtive : les mois qui ont suivi la mort de mon grand-père, j’ai rêvé fréquemment de lui, qui me rendait visite pour taper la discut’. Toujours la clope au bec, crachant des tonnes de fumée en s’adressant à moi, alors qu’il avait arrêté quarante ans avant de mourir. Lors d’une de ses « visites », je lui ai d’ailleurs posé la question : « mais tu fumes de nouveau maintenant !? » « Ben oui maidele, maintenant je peux de nouveau, ça change plus rien. » Ce qui n’était somme toute pas faux.

Je n’ai pas tout de suite fait la connexion avec le travail spirituel, il a encore fallu attendre que je reprenne une consommation régulière de tabac. Celle-ci s’est installé il y a un an et demi. J’ai d’abord recommencé à fumer ponctuellement avec des copines sorcières, toujours dans des contextes semi-rituels mystico-perchés [comprendre : on boit des bières, on fume, on parle de nos pratiques et on finit par rentrer en transe l’air de rien, pour les bons jours pondre de l’oracle lokiesque. L’apéro mystique quoi]. De temps en temps une clope en offrande, une certaine Dame aux Torches appréciant particulièrement. Et puis pour diverses raisons, ou diverses irraisons, j’ai fini par fumer semi-régulièrement : le paquet sur une soirée, comme ça, puis dix jours sans même y penser avant une nouvelle session intoxication. Sans queue ni tête, mais au rythme de mes montagnes russes existentielles. Un peu n’imp, faut être honnête.

J’ai fait le ménage ces derniers mois, Frigg notamment est passée par là. On a trié les fonds de placards ensemble, mais la clope est restée. Eh ouais. Étonnamment, au cours de cette phase, après avoir nettoyé mes vitres, trié mes chaussettes par paire, dépoussiéré les autels, fait du sport et préparé la dînette du soir, j’ai souvent eu « le droit » de me poser et de fumer. Je dirais même que c’était accueilli avec … plaisir. Un moment de partage, de connexion pure, qui s’est approfondi au fil du temps. Mon autel à Frigg étant aussi lié à mes ancêtres, suite à un rêve, j’ai commencé à leur offrir du tabac. Déclic. Je sais depuis longtemps que c’est une plante sacrée, notamment chez les Amérindiens, mais je le découvre, je le vis seulement maintenant… Fumer est devenu un acte sacré, incroyablement puissant. Et puis l’esprit de la plante a commencé à se révéler plus explicitement, par petites touches. La fumée du tabac m’a apporté des messages, des visions. Et semble prête à continuer à le faire, lorsque j’y mets un peu les formes. Derrière le voile nicotiné, d’autres images apparaissent dans le miroir.

Certains parmi vous ont peut-être des expériences plus poussées avec le tabac, et je serai ravie de les découvrir. Pour moi, vous l’aurez compris, tout ceci est devenu conscient assez récemment, et j’y consacrerai quelques articles prochainement, des traductions glanées deci-delà sur le folklore ou l’usage magique de la plante, des petites expériences en cours ou à venir, histoire d’approfondir le sujet. Et si vous-mêmes avez des références, n’hésitez pas à me les laisser en commentaire.

Le gros challenge dans tout ça, quand même, va être d’arrêter la fumette loisir au profit d’une fumette purement rituelle. Chevaucher la plante, et plus se laisser chevaucher. Hum. Ça sent le rituel discordien à la Nicorette.

En attendant, je vais aller méditer un peu.

Et p’têt’ bien m’en griller une aussi 😉

Correspondances et propriétés magiques

Chez Scott Cunningham (dans sa fameuse « encyclopédie des herbes magiques »), voici ce qu’on peut apprendre sur le tabac (traduction personnelle) :

Genre : masculin

Planète : mars

Elément : feu

Pouvoirs : guérison, purification

Usages rituels : 

certains candidats à l’initiation chamanique doivent boire du jus de tabac afin d’induire des visions. Le tabac est utilisé depuis longtemps dans des cérémonies religieuses natives américaines. A l’heure actuelle, de nombreux peuples considèrent encore et toujours la plante comme sacrée.

Usages magiques : 

les Indiens du Sud de l’Amérique fument le tabac afin d’entrer en communication avec les esprits. Au début d’un voyage en bateau, on jette du tabac dans la rivière pour apaiser les Dieux qui y résident.

Brûler du tabac en guise d’encens purifie l’espace de toute négativité. Pour soigner le mal d’oreille, on soufflera de la fumée de cigarette dans l’oreille.

Si vous faites des cauchemars, ceux-ci peuvent vous rendre malade. Afin d’éviter cela, au réveil, allez immédiatement vous laver sous de l’eau courante, et offrez du tabac à l’Esprit de l’Eau qui vous aura purifié.

Le tabac est un substitut magique pour le souffre, mais aussi pour le datura et la morelle noire, qui lui sont tous deux liés [ndt : ils appartiennent tous les trois à la famille des solanacées].

Chez Mr Tedd, on apprend encore d’autres choses (traduction personnelle) :

Usage divinatoire, guérison et connaissance

Historiquement, le tabac a été utilisé comme outil pour la divination […] pour diagnostiquer la cause d’une maladie, et pour déterminer quelles actions engager pour résoudre une crise personnelle ou communautaire […].

Rituel et transformation

Le tabac a été amplement utilisé en rituel et cérémonie en raison de sa capacité à altérer notre perception du Temps, de nous-même et du monde.

  • La capacité à altérer la perception du Temps : […] je vous laisse vérifier cette affirmation par vous-même. Avez-vous jamais observé quelqu’un qui fume en public ? N’ont-ils pas l’air d’être ailleurs ? Leur regard  concentré sur quelque espace lointain, leurs pensées de toute évidence en vagabondage. Lorsqu’on interroge certains fumeurs sur la raison pour laquelle ils fument, les fumeurs répondent souvent que cela leur fait un « break », une courte période de temps où ils peuvent laisser leurs soucis de côté. Je suis personnellement persuadé que fumer altère notre perception du Temps.

Fumer rituellement permet de cultiver consciemment cette capacité, dans un contexte approprié et utile, au lieu de la laisser s’étioler dans le contexte d’une habitude liée au stress.

  • La capacité à altérer la perception que nous avons de nous-même et du monde : […] ce n’est pas un secret que la plupart des gens commencent à fumer à l’adolescence, période de transformation intense. […] Fumer représente un agent actif du changement d’image de l’enfant vers l’adulte. Voilà, c’est dit. Ça a été le cas pour moi, et je ne pense pas être le seul. […] C’est mon expérience personnelle qui me montre qu’un des cadeaux du tabac est d’ouvrir les yeux à une vision de nous-même bien trop souvent obscurcie par la routine du quotidien. Les légendes et la mythologie sont emplies de héros amenés par des esprits à opérer des transformations significatives dans leurs vies et cultures. Pourquoi, dans notre quête de la modernité, nous refusons-nous l’accès à de tels présents ? Je le répète à nouveau, lorsqu’on fume dans un contexte rituel, il s’agit de cultiver cette capacité consciemment et dans un contexte utile et approprié.

L’influence sur les rêves

J’ai lu récemment [ndt : l’article date de 1998 ^^;] des comptes-rendus de personnes ayant fait des rêves particulièrement vivants et profonds après avoir fumé certaines cigarettes exotiques (de tabac, oui !). Je ne sais pas vraiment à quoi cela est dû, et je ne pense pas que le mécanisme soit important, mais il est bon de noter que cela peut arriver. Personnellement, j’ai demandé à l’Esprit du Tabac des rêves pour me guider, et ai reçu en retour des résultats très intéressants. On mentionnera aussi que dans certaines cultures, le tabac est connu comme une « plante de pouvoir » pour sa capacité à exacerber les visions, la divination, et le potentiel psychique.


Etablir et entretenir une relation avec l’esprit du Tabac

 Extrait du site « Smoking, Ritual and Magic »
Traduction et adaptation personnelles.

Le fait d’entretenir une relation avec un esprit peut sonner un peu étrange, dit de cette façon. En discutant avec d’autres praticiens familiers des esprits, j’ai été amené à comprendre qu’il s’agissait d’expériences tout à fait personnelles. Ce que sera votre relation avec l’esprit du tabac, c’est à vous seul de le découvrir. Je peux vous suggérer des manières d’initier et de nourrir le lien, mais en dehors de cela, je peux seulement partager avec vous mes propres expériences, au cours desquelles j’ai découvert que ma relation avec l’esprit du tabac était bienveillante, stimulante, bénéfique et fascinante.

Si vous n’avez pas encore conscience d’une potentielle relation avec l’esprit du tabac dans votre vie, la première étape sera de jeter un œil au passé, et de vérifier si vous n’avez pas raté une invitation de sa part (je mentionnerai ici qu’au cours de mes expériences je perçois l’esprit de la plante de tabac comme étant femelle, et userai donc du féminin pour la désigner ; mais cela peut-être uniquement la manière dont elle m’apparaît à moi, pas nécessairement aux autres). Avez-vous jamais ressenti le désir, l’attirance pour le fait de fumer ? Avez-vous jamais trouvé un paquet de cigarettes, et rejeté cette occasion d’essayer, par peur de ce que les autres penseraient ? Peut-être étiez vous « trop jeune pour fumer » à cette époque, ou peut-être cela aurait-il été trop dur pour vous de vous lancer dans cette relation. Repensez aux événements de votre vie, et voyez si vous pouvez remettre le doigt sur une invitation […] Peu importe la situation : si vous vous souvenez d’au moins une occasion où vous avez éprouvé une curiosité saine pour l’expérience, considérez que vous avez reçu une sollicitation de la part de l’esprit du tabac. 

Si vous n’avez aucun souvenir de ce type, votre tâche va être de solliciter le début d’une relation avec elle, et d’attendre ensuite les signes vous montrant qu’elle accepte votre demande. Comme toute relation, elle devra être à double-sens. Vous demanderez à l’esprit du tabac l’autorisation d’entrer en contact avec elle. Dans cette tentative, vous pourrez lui révéler certaines de vos intentions, pourquoi vous recherchez sa compagnie. Il sera également bienvenu de réaliser une offrande, témoignant de la sincérité de votre démarche. Après avoir fait votre requête, vous devrez être à l’affût d’une réponse. Si vous n’en recevez aucune qui soit définitivement négative, ou si vous pensez que vous avez déjà été invité par l’esprit du tabac, vous pouvez commencer à fumer rituellement en suivant les instructions que je vous propose : achetez des cigarettes et cherchez un lieu et un moment adéquat pour fumer. Si ces préliminaires vous sont bénéfiques, lancez-vous doucement et consciemment dans d’autres rituels. Soyez attentif à vos ressentis. Si tout cela vous semble approprié, aventureux et amusant, si vous ressentez véritablement l’appel, poursuivez votre exploration. Sinon, passez à autre chose. Nous ne sommes jamais à court de choses intéressantes à faire dans cette vie.

Etant donné que vous avez établi une relation avec l’esprit du tabac, nous allons voir à présent comment maintenir et nourrir cette relation. Cela demandera de vivre votre vie en harmonie avec elle : en l’autorisant à accéder aux profondeurs de votre être, et en acceptant ses cadeaux avec sagesse et gratitude. Fumer rituellement n’est rien d’autre que l’incarnation de cet idéal. L’esprit du tabac m’a appris beaucoup de choses, et je peux lui attribuer de nombreuses expériences, plaisantes et m’ayant ouvert l’esprit, que je n’aurais certainement pas eu sans elle. En retour, je fume rituellement, j’honore ces dons, et je cherche des façons d’approfondir encore notre relation. Pour allez plus loin, vous pourrez lire des légendes de différentes cultures qui perpétuent des traditions incluant des relations aux esprits. La mythologie native d’Amérique est très populaire et simple à trouver, particulièrement aux États-Unis. Mais il existe certainement de nombreuses autres ressources.

Pour finir, j’aimerais revenir sur un extrait tiré de l’introduction de ce site, qui donne une vision globale de ce qu’est fumer rituellement :

Fumer rituellement est un usage conscient et approprié du tabac, et en tant que tel est une expérience choisie, quelque chose qui est fait à des moments particuliers et dans des lieux précis, peut-être même avec des accessoires spéciaux, et peut-être encore en compagnie d’autres personnes, qui connaissent et adhèrent à cette façon de fumer rituellement. Avant tout, cette pratique est faite pour le plaisir, pour la connexion aux esprits qu’elle invoque, et comme une expérience globalement positive, qui ne doit pas vous faire sentir coupable. Fumer rituellement ne doit pas être une pratique honteuse, faite à la dérobée, un échappatoire concédé par votre employeur, en attendant que vous souscriviez définitivement au programme proposé par l’entreprise pour arrêté de fumer. Ce n’est pas non plus quelque chose à pratiquer pendant que vous tentez d’accomplir autre chose. Fumer rituellement est une activité singulière : elle demande votre attention complète, centrée, et récompense cette attention avec une expérience qui repousse les frontières de la conscience et du plaisir.

Je ne connais pas de meilleur moyen de maintenir une relation avec l’esprit du tabac. Dans ce contexte, il devient clair que fumer rituellement n’est pas fait pour le plaisir de fumer en tant que tel, mais plutôt comme faisant partie du plaisir d’entretenir une relation avec l’esprit de la plante. Quand vous fumez, visualisez la manière dont vous recevez les présents de l’esprit du tabac en vous aux moments où vous inhalez ; faites une pause un moment, laissez la fumée purifier votre esprit. Quand vous recrachez la fumée, renvoyez-là dans un lieu adéquat, vers la terre et les esprits desquels elle est issue. Et remerciez.

Le tabac dans le folklore roumain

Article de Ligeia Vaughan, paru sur son blog « Samca »
Traduction et adaptation personnelles

Dans le folklore roumain, le tabac a un esprit qui lui est propre, un esprit féminin appelé Pâca ou Pafa. Elle apparaît comme une vieille femme, dont on dit qu’elle est aussi vieille que le monde lui-même. Elle a un long nez crochu, et est dotée de défenses, de serres et d’une queue. Comme on peut aisément l’imaginer, Pâca est toujours en train de tirer sur une pipe fumante et empeste le tabac.

La légende fait d’elle la mère des démons. Ses fils plantèrent une graine magique en son honneur, et la plante qui naquit de cette graine est appelée l’Herbe du Diable (buruiana dracului) ou l’Encens du Diable (tamâia dracului). La pipe a également été créée par les enfants de Pâca ; à chaque fois que vous tirez dessus, c’est donc elle que vous vénérez.

Quelques sorts issus du Hoodoo

Comme évoqué plus haut, j’utilise essentiellement cette plante en offrande, en purification, pour induire un état altéré de conscience et pour communiquer avec les Dieux, Esprits, morts et/ou ancêtres à diverses fins. Mais voici quelques sorts trouvés chez Dr. Raven qui pourraient bien m’être utiles à l’avenir, soit en les reprenant en tant que tels, soit en les modifiant à ma sauce.

J’ai fait le choix de ne traduire qu’une partie de l’article d’origine, triant ce qui m’intéressait le plus (les sorts en lien avec la justice, j’espère ne jamais en avoir besoin ^^;;;).  Toutefois, j’aime beaucoup la conclusion de l’article : « tous ces sorts à l’ancienne montre la polyvalence du tabac […] dont la particularité est qu’il peut contrôler les situations comme les personnes. » Le tabac, allié pour avoir/reprendre le contrôle ? Encore un bon résumé, me semble-t-il, d’une plante utilisable dans bien des buts.

Traduction et adaptation personnelles.

Sort pour amener quelqu’un à vous contacter

Faire fondre un peu de cire d’abeille et l’étaler sur une surface non adhésive [ndt : comme une feuille de papier cuisson par exemple]. Répandre du tabac sur la cire, puis rouler une bougie brune dans le mélange ainsi réalisé, en la dirigeant progressivement vers vous et en appelant la personne visée par le sort. Allumer la bougie en continuant d’appeler la personne.

Une variante de ce sort est à lire chez Kid Smoking Conjurer (avec des photos en cadeau).

Sort pour convoquer l’Esprit d’un lieu

Pour communiquer avec l’Esprit habitant une maison, un arbre ou une forêt, faire brûler du tabac sur un charbon en appelant l’Esprit concerné. Expliquer à l’Esprit que le tabac est une offrande ; il viendra attiré par la fumée et s’y manifestera.

Sort pour dominer quelqu’un

Placer dans un pot le nom de la cible avec neuf épingles, du tabac, de la réglisse et du sel. Le secouer régulièrement en lune décroissante et la personne visée résistera de moins en moins.
[ndt : ce sort me semble également adaptable pour un travail sur soi : dominer une peur, une émotion, un point faible… A réfléchir et à tester.]

Sort pour influencer les rêves de quelqu’un

Travailler pendant le sommeil de la personne visée. Brûler un mélange de tabac et d’anis en encensant le nom ou la photo de la personne, et interpeller son esprit, en expliquant ce dont on souhaite qu’il rêve ou à quoi il doit penser.

[ndt : à nouveau, une adaptation pour travailler sur ses propres rêves me semble franchement opportune.]

Sort pour obtenir la bénédiction de l’Esprit des Carrefours avant un voyage

Se rendre à un carrefour avec deux cigares et une bouteille de whisky. Placer les deux cigares en croix pour former un X, et appeler l’Esprit. Expliquer que les cigares sont une offrande et qu’on souhaite la bénédiction pour le voyage qui va être effectué. Ouvrir la bouteille d’alcool et offrir une libation tout en continuant à communiquer avec l’Esprit pendant un moment. Une fois le rite terminé, quitter les lieux sans se retourner.

Trouvé chez Augustine

 

Chez My Secret Hoodoo, on trouve la recette -toute simple- de l’huile de tabac, à utiliser – d’après l’auteur- notamment sur les bougies noires, et/ou pour les sorts en lien avec la communication ou la domination. Cela me semble une bonne alternative pour ceux qui ne supporteraient pas le tabac fumé ou fumigué, lorsqu’on ne peut pas enfumer un lieu pour x raison, et encore un bon outil pour enduire les bougies consacrées à certaines divinités dans une intention particulière. Je compte en mettre à macérer à la prochaine lune noire, rendez-vous dans quelques semaines pour les premières impressions.

Emplir une fiole d’une bonne quantité de tabac et recouvrir largement de l’huile de base de votre choix. Conserver la fiole jusqu’à six semaines dans un lieu sombre et frais. Si l’huile ne brunit pas, c’est qu’il n’y a pas assez de tabac pour la quantité d’huile. [ndt 1: penser à utiliser du tabac de bonne qualité, un tabac biologique me semble tout indiqué, et oui, ça se trouve aussi chez certains buralistes en France 🙂 ndt 2 : une goutte de vitamine E évitera à l’huile de rancir.]

Arin Murphy-Hiscock – Rituel de protection du foyer

Tiré de « The Way of the Hedgewitch », d’Arin Murphy-Hiscock
Traduction personnelle

Au préalable, préparer l’huile de protection suivante :

Ingrédients :

  • une cuillère à soupe d’huile de base (olive convient très bien)
  • trois pincées de sel
  • un clou de girofle
  • une feuille de sauge

Mettre tous les ingrédients dans une bouteille. Pensez à mettre une étiquette indiquant la contenance, la date de réalisation, le but. Placez la bouteille au soleil, et laissez infuser au moins neuf jours.

Pour utiliser cette huile, trempez-y votre doigt et tracez une ligne en travers ou autour du lieu que vous voulez sceller.

Le rituel

Ce rituel permet non seulement de purifier le seuil du foyer, mais il le charge également de pouvoir, de sorte qu’il fonctionne comme un filtre pour laisser entrer l’énergie positive dans la maison, tout en gardant les énergies perturbatrices à l’extérieur.

Ceci permet de créer une barrière protectrice permanente sur le seuil de votre habitat. Si votre foyer dispose de plus d’une entrée utilisée régulièrement, réalisez ce rituel d’abord au niveau de l’accès principal, puis au niveaux des accès secondaires.

Matériel :

  • une tasse d’eau
  • une demi-tasse de vinaigre
  • une cuillère de sel
  • une cuillère de jus de citron
  • un bol ou autre contenant
  • une serpillère ou éponge
  • un smudge de sauge, ou de la sauge qui sera brûlée sur un charbon (prévoir un encensoir ou une coupelle)
  • un briquet ou allumettes
  • l’huile de protection
  • trois têtes d’ail

Mélangez l’eau, le vinaigre, le sel et le jus de citron dans un bol. Avec la serpillère/éponge trempée dans ce mélange, nettoyez la porte d’entrée et le seuil. Frottez consciencieusement de chaque côté du seuil et de la porte.

Allumez la sauge et passez-la dans l’encadrement de la porte, afin de bien « smudger » ce lieu de passage. Déposez la sauge dans l’encensoir afin qu’elle continue de fumer et de purifier l’entrée pendant tout le reste du rituel.

Trempez votre doigt dans l’huile de protection et tracez une ligne continue tout autour de l’encadrement de porte extérieur. Si nécessaire, trempez votre doigt plusieurs fois dans l’huile, mais reprenez exactement là où vous vous êtes arrêté, ou repassez sur quelques centimètres déjà tracés pour être certain de bien sceller tout le contour. En traçant la ligne, prononcez la formule suivante :

Qu’aucun mal ou maladie ne franchisse ce palier
Par cette ligne tracée, je les empêche d’entrer
Mon foyer est sacré et protégé.

Trempez  votre doigt à nouveau dans l’huile. Du côté intérieur de votre encadrement de porte, placez votre doigt dans le coin supérieur gauche, et tracez dans l’air une ligne bien droite, en biais, jusqu’au coin inférieur droit. Encore une fois, trempez votre doigt dans l’huile, et tracez une ligne identique du coin supérieur droit jusqu’au coin inférieur gauche. Une dernière fois, trempez votre doigt dans l’huile, placez-le sur l’encadrement, au centre, au-dessus de la porte, et tracez une ligne verticale descendant jusqu’au milieu du pas de porte. En traçant cette dernière ligne, répétez :

Qu’aucun mal ou maladie ne franchisse ce palier
Par cette ligne tracée, je les empêche d’entrer
Mon foyer est sacré et protégé.

Le symbole ainsi tracé est un hexefus, ou une combinaison des runes Isa (ligne verticale) et Gebo (un X). Gebo représente les échanges d’énergie ou d’objets, tandis qu’Isa représente un état statique (on peut la traduire par « glace »). Ce sceau runique permet de « geler » l’état de votre foyer et de vos possessions, et de les protéger des intrusions, physiques ou autres.

Prenez enfin les trois têtes d’ail. Touchez chacune d’elles avec votre doigt trempé dans l’huile. Enterrez-les près du seuil de votre maison, ou le plus près possible. Idéalement, enterrez-en une à chaque extrémité du seuil, et la troisième au milieu. En faisant cela, dites une dernière fois :

Qu’aucun mal ou maladie ne franchisse ce palier
Par cette ligne tracée, je les empêche d’entrer
Mon foyer est sacré et protégé.

Si le besoin s’en fait ressentir, réalisez ce même rituel à chaque fenêtre. Enterrez alors une seule tête d’ail dans la terre sous chaque fenêtre.

Ndt : et pour les urban witches, pensez à enterrer vos trois têtes d’ail dans la terre d’une plante  en pot que vous placerez près de votre entrée 🙂

L’Omiero

Ça fait quelques mois [article publié à l’origine le 10 octobre 2015] que les cultes afro-caribéens s’invitent dans ma spiritualité. Par la rivière est arrivée Oshun, par les eaux profondes et les étoiles, Yemanja, et puis petit à petit, d’autres esprits et des pratiques s’installent. J’avance à tout petits pas, de manière assez intuitive et très personnelle, et je découvre plein de choses que j’ai envie de partager ici. La première sera l’omiero, qui parle particulièrement à l’amoureuse des plantes et des potions que je suis.

L’omiero est une infusion utilisée dans de nombreux rituels de la Santería (ou Lucumí), et notamment dans toutes les cérémonies d’initiation. On l’utilise également pour se purifier (bains, onction, eau de lavage du sol…), laver les représentations physiques (pierres, statues, attributs…) des Orishas, les cauris utilisés en divination, ou encore les bijoux à valeur spirituelle comme les colliers de perles consacrés aux Orishas, appelés Elekes.

La préparation se fera en fonction de l’intention du rituel, mais surtout de l’Orisha auquel on compte faire appel au cours de celui-ci, puisque, par le jeu des correspondances, il ou elle déterminera les plantes à utiliser. Comme l’infusion contient de nombreuses herbes, on dit souvent que lorsqu’on prépare de l’omiero, on « fait Osain », d’après le nom de l’Orisha des plantes.

D’après ce que j’ai pu lire, la préparation est longue est complexe, particulièrement ritualisée – elle s’accompagne notamment de nombreux chants et prières, de préférence en langue yoruba -, et doit en principe être réalisée par un religieux. Les recettes sont bien entendu jalousement gardées. Je n’aurais donc pas la prétention de partager ici LA recette de l’omiero 😉

Cependant, d’après Maria-Alba Valdés, dans « Magie des Caraïbes et Santeria », on fabrique généralement l’omiero de la façon suivante :

Dans un grand récipient, verser :
* de l’eau bénite (certainement par un prêtre Lucumi, pour ma part je fais la mienne)
* des eaux de différentes provenances (eau de mer, eau de pluie, eau de rivière…)
* du vin, de l’eau-de-vie

Ajouter :
* un charbon ardent
* du miel
* du beurre de cacahuètes
* des pétales de pivoine
*du piment
* les herbes choisies en fonction de l’Orisha (ou des Orishas) auquel on fait appel

Sur internet, j’ai également trouvé mention d’huile de palme, de beurre de cacao, ou encore de cascarilla (poudre de coquille d’œuf). Les plantes, de préférence fraîches, doivent être réduites en morceaux, déchirées à la main, dans l’eau, ou pendant que l’eau est versée ; la préparation peut ensuite bouillir pendant plusieurs minutes, et toute l’opération s’accompagnera comme mentionné plus haut de chants et prières sacrés.

Image trouvée sur Tumblr

On pourra bien sûr choisir le jour, l’heure, le nombre de plantes en fonction de l’Orisha (par exemple, cinq plantes pour Oshun, le lundi pour Elegua …) et de l’intention rituelle.


Ce qui m’a particulièrement interpellé – et m’a donné envie de partager tout ça – est l’usage d’eaux de différentes provenances. Que ce soit dans le rituel des eaux du monde de Starhawk ou dans certaines expériences rituelles vécues en groupe ou de manière plus solitaire, c’est une pratique que je trouve particulièrement puissante, qui nourrit autant le rituel que les esprits appelés ou les participants. Autant dire que j’ai été agréablement surprise de découvrir cet usage plus traditionnel d’un mélange d’eaux, qui inspirera sans doute mes tambouilles à venir – et peut-être les vôtres 😉

Le Séneçon

Mais si, vous l’avez déjà vu. Sous ce nom se cache une des plantes les plus communes qui soient. « Mauvaise herbe » reine, on la croise en ville comme en campagne, de préférence sur des sols riches et souvent laissés en friche. Le séneçon commun est un envahisseur : avec ses akènes blancs portés par le vent (il peut produire plusieurs milliers de fruits par an !), il est capable de coloniser bien des terres, et on le retrouve un peu partout autour du monde. Une fois installé, il s’impose de manière pugnace face aux autres plantes. Il n’est pas rare de le voir fleurir pendant l’automne ou l’hiver, et sa floraison est particulièrement robuste.

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Séneçon des oiseaux, image trouvée sur plantes-magiques.fr

Séneçon vient du latin « senex » qui signifie « vieillard », clin d’œil à sa touffe de « poils » blancs. On le trouve également sous le nom de séneçon vulgaire, commun, des oiseaux, herbe à la chardonnerette, aux coitrons ; j’évoquerai également son cousin le séneçon jacobée, fleur de Saint-Roch, de Saint-Jacques ou encore de Notre-Dame, qui, bien que botaniquement proche du séneçon des oiseaux, a des traits spécifiques, y compris en magie.

Je me souviens étant gamine d’avoir fait des bouquets de ces fleurs jaunes, sans bien savoir si je les trouvais belles ou pas. Leur allure était trop rustique pour que ça fasse l’effet « bouquet de mariée » recherché, mais il fallait bien faire avec ce qu’on trouvait, et au final, j’étais quand même toujours bien fière de mes créations florales. Dans la pelouse de l’école où je travaille, elles résistent bien mieux que les pâquerettes aux piétinements des petits monstres : au mois de septembre, certaines de mes élèves m’en ont cueillies suffisamment pour remplir ma tasse à café, et ce matin, les mêmes ont à nouveau réussi à mettre la main sur quelques fleurs. C’est ce qui m’a rappelé que j’avais un article en préparation à son sujet depuis l’été passé.

Venons en donc au fait. Séneçon et sorcellerie. Honnêtement, je ne me serais jamais penchée dessus si dans un de mes ouvrages sur le folklore alsacien je n’avais trouvé mention du séneçon des oiseaux comme plante utilisée traditionnellement pour la protection et les exorcismes. « Quoi ? ça ? » Bah oui, fallait bien que le paysan moyen trouve de quoi faire dans le pré d’à côté. Et moi, fallait que je revois mes préjugés. Et puis surtout que je m’attache, comme j’en avais émis le vœu, à mieux connaître les « ressources » locales et les esprits des simples. Alors allons-y pour le séneçon.

La plante apparaît dans la pharmacopée populaire comme remèdes aux hémorroïdes, aux troubles menstruels, aux furoncles, aux rhumatismes, aux contusions, aux problèmes intestinaux (vers notamment)… Vu la palette d’utilisations possibles en matière médicinale, il paraît évident que cette modeste fleur constituait un allié familier rassurant pour quelqu’un en quête de protection ou de guérison psychique, émotionnelle ou physique. Pline parle de certaines pratiques magiques de son époque : La plante était supposée « capable de se charger des maux qu’elle était censée guérir et de les déposer dans la terre si on l’y replantait » (Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité). Si commune, si résistante, si envahissante, indomptable, elle m’apparaît comme une plante qui ne craint rien, mais avec beaucoup de tranquillité. Un bouclier qui passe inaperçu, mais reste bien campé sur ses racines lorsqu’il s’agit de lutter. Pas facile à aborder, honnêtement, la dame (jacobée ou des oiseaux) est restée muette un bon moment. Mais elle a fini par me révéler quelques petits secrets qui parlaient beaucoup d’ancrage, de confiance et de pugnacité sereine.

Le séneçon n’est pas qu’une plante de protection ou de guérison. Une de ses caractéristiques est de contenir des alcaloïdes (ce qui fait qu’elle n’est quasiment plus utilisée actuellement en herboristerie). C’est peut-être ce qui lui a donné la réputation de servir de moyen de transport pour les sorcières et les êtres féériques, au point d’être évoqué comme tel jusque dans un poème de Ted Hugues :

« Once was every woman the witch
To ride a weed the ragwort road:
Devil to so whatever she would:
Each rosebud, every old bitch.[…] »

Ted Hughes, « Witche »

On trouve mention de cet usage en Ecosse, en Irlande, mais aussi en Allemagne, et certainement en d’autres lieux. Il s’agit là toutefois seulement du séneçon jacobée, qui fut, d’après mes recherches, également utilisé dans des filtres d’amour au cours du Moyen-Âge.

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Séneçon Jacobée, image trouvée sur florevirtuelle.free.fr

Les seules correspondances que j’ai pu trouvées présentent le séneçon comme associé à Vénus et à l’eau. Personnellement, je trouve ces associations relativement pertinentes pour le séneçon jacobée, auquel je trouve une identité féminine assez prononcée – et bien sûr pour son action sur les troubles menstruels. Mais le séneçon des oiseaux me semble  beaucoup plus saturnien, et franchement associé à la terre. En vérité, les deux dégagent des énergies complexes, d’abord imperceptibles (même fuyantes), puis qui se révèlent petit à petit. Ce sont clairement des plantes sorcières, avec le tempérament qui va avec ^^ mais le jacobée évoque davantage la jeunesse et la séduction, tandis que le séneçon des oiseaux m’inspire plus l’image de la vieille « hag » : il me rappelle un peu le pissenlit, en moins souterrain.

Alors que faire avec lui, une fois qu’on a un peu « apprivoisé » le séneçon ? Quelques idées en vrac, qui pourront peut-être vous inspirer :

  • Un talisman pour la protection, pour la guérison, pour avancer dans une démarche ou un projet avec assurance, pour se libérer d’un sentiment d’entrave ou d’influences néfastes. A remettre à la terre une fois les épreuves traversées et la situation stabilisée.
  • Un ingrédient d’oreiller magique pour favoriser les voyages, en toute protection.
  • Un ingrédient d’encens : pour favoriser le voyage, mais aussi la communication avec les esprits (je ne pense pas tellement aux morts en écrivant ça, pour davantage aux esprits de la nature, animaux, plantes… Aux esprits de « la Haie » en somme). Pour purifier un espace, un objet, des personnes… Tout en favorisant l’ancrage. Le séneçon jacobée constituera également un bel ingrédient pour une offrande aux fées.
  • Une infusion qu’on pourra utiliser pour nettoyer un espace, un objet, avant ou après un travail ayant trait à la guérison, à la protection ou encore un voyage au tambour.

Plus qu’avec d’autres plantes, je conseillerais un travail préalable pour faire connaissance avec le séneçon avant tout usage magique. J’ai eu plusieurs fois l’impression d’être testée, même tournée en bourrique, avant d’entamer une relation de confiance mutuelle qui puisse donner lieu à des travaux plus poussés – bien sûr, il s’agit d’une expérience personnelle, à vous de vous forger la vôtre. Le mieux comme toujours pour cela est d’aller passer du temps dans la verdure… Vivement le printemps 🙂

Ressources

www.heilkraueter.de
www.twocrows.co.uk
Le séneçon sur le Wiki allemand
Le séneçon commun
Le séneçon sur le forum de l’Alliance Magique
Le séneçon chez Mutien

L’Hysope

L’hysope est une plante d’origine méditerranéenne que j’ai découverte assez récemment [article initialement publié le 8 mai 2014], trois ou quatre ans tout au plus. C’est lors de courses dans un supermarché bio de ma ville que je l’ai repéré pour la première fois. Son nom m’a interpellé, certainement parce que je l’avais déjà croisé dans un de mes livres d’herboristerie, d’histoire des religions ou de magie verte. J’ai cédé à l’envie d’en acheter sans vraiment savoir ce que j’allais en faire, et grand bien m’en a pris puisqu’elle est depuis devenue une de mes simples préférées.

Mes premières recherches m’ont amené vers la Bible, dans laquelle l’hysope est citée à plusieurs reprises, avant tout comme un symbole de pureté et d’humilité ; on y fait notamment mention de l’utilisation de ses branches pour l’aspersion d’eau de purification ; le psaume 51, quant à lui, dit : « Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur ; lave-moi, et je serai plus blanc que la neige. »

Qu’importe s’il s’agit réellement ou non d’hysope (comme cela est contesté par différents auteurs, et remarquablement dans cet article du blog Books of Dante) ; mon expérience personnelle m’incite à la considérer comme une plante très puissante en matière de purification.

Commençons par faire le tour de ce que j’ai pu trouver à son sujet dans ma bibliothèque. Chez Vincent Lauvergne tout d’abord, l’hysope purifie les centres énergétiques. Elle est une plante de protection contre les maléfices et les mauvaises influences, que l’auteur recommande de porter sur soi dans un sachet de toile blanche pour purifier l’aura et protéger des influences négatives. Les éléments associés sont le Feu, l’Air et l’Eau ; les planètes, quant à elles, sont le Soleil et Jupiter ; enfin, les signes astrologiques correspondants sont le Bélier, la Balance et le Sagittaire. Voilà donc pour le «Manuel pratique de Magie Verte ».

Dans « l’Encyclopedia of Magical Herbs » de Scott Cunningham, le genre de l’hysope est masculin, la planète et l’élément qui y sont associés sont Jupiter et le Feu. C’est selon l’auteur la plante la plus utilisée pour la purification en magie. Cunningham propose de l’utiliser dans des bains, ou infusée puis aspergée sur des objets ou des personnes, ou encore accrochée dans la maison pour en chasser toute négativité.

A titre personnel, je l’utilise avant tout en infusion à froid (c’est-à-dire que je disperse quelques pincées de plante sèche dans un récipient d’eau froide) pour la purification :

  • J’y dépose mes pierres le temps d’une heure ou d’une nuit
  • J’y nettoie mes outils magiques
  • J’y trempe mes doigts ou un brin de branches de bouleau pour ensuite asperger la pièce que je souhaite purifier
  • Si je sens qu’une pièce est particulièrement chargée, je dispose le récipient au centre de la pièce pendant quelques heures ; une fois que je sens l’atmosphère plus légère, je rends l’eau à la terre (ou aux toilettes, on fait comme on peut 😉 )
  • Je me purifie, soit en utilisant l’eau en onction avec une formule consacrée, soit en trempant un temps mes mains dedans et en « faisant couler » le long de mes bras ce qui me pèse

Lors de certains travaux magiques particuliers, plus longs ou plus exigeants, il m’arrive de prendre un bain dans lequel je fais infuser au préalable un sachet empli d’hysope. Je complète souvent avec une tisane de la même plante, qui, une fois absorbée, conforte la sensation de pureté rituelle.

Pourquoi privilégier l’hysope plutôt qu’une autre méthode de purification ? Tout dépend justement de votre intention. J’ai pu constater que ces préalables rituels en compagnie de l’hysope, en plus de me purifier en profondeur, me rendaient particulièrement réceptive à des énergies ou des entités très « high vibes », plutôt célestes ou stellaires, et stimulaient mes capacités divinatoires et théurgiques. Je ne saurai expliquer exactement, mais j’ai généralement la sensation, après m’être bien imprégnée de l’essence de la plante dans mon bain et en buvant mon infusion, d’être entourée d’une bulle bleutée ou violette, je sens mes centres d’énergie du haut du corps particulièrement vibrants et réceptifs. Mes méditations comme mes rites et mes prières sont alors particulièrement profonds. C’est une herbe que je conseillerais par exemple à qui veut entamer un travail avec des divinités comme, la Déesse Étoile, Nuit,  Isis, Hekate sous son aspect Soteira, Inanna… Couplée à certains minéraux comme le lapis-lazuli ou encore l’améthyste, elle est vraiment une alliée de choix pour la connexion aux sphères les plus élevées de l’être comme du divin.

Plus généralement, l’hysope ne peut que faire du bien à qui se sent encombré d’énergies négatives, de peaux mortes spirituelles ; elle éclaircit l’esprit et chasse les doutes comme les idées noires, apportant paix, concentration et sagesse. A noter que dans le domaine de la phytothérapie, on l’utilise en infusion pour soigner les voies respiratoires et la sphère ORL ; elle a aussi des vertus dépuratives, qualités qui rejoignent grandement sa capacité à chasser les miasmes spirituels. Dans le cadre d’un travail de guérison, je recommanderais d’en ajouter une pincée dans un encens destiné par exemple à purifier la chambre du malade.

L’Ortie

Depuis que je bois des infusions à la place du thé ou du café le matin [article publié initialement le 25 mai 2014], l’ortie est entrée dans mon top 10 des simples. Tonifiante, riche en minéraux, au goût assez doux avec cette petite touche d’amertume que j’adore, elle a le chic pour remettre les idées en place dès l’aurore. J’adore également la consommer en soupe, saupoudrée dans des salades ou ajoutée à l’appareil des quiches… Yummy *__* Mais là n’est pas la question aujourd’hui puisqu’il n’y a pas [encore] de rubrique « pétage du bide » sur ce blog [j’avoue, j’y songe].

La consommation régulière d’une plante induit nécessairement une connexion plus ou moins consciente à ses énergies subtiles, à son esprit, et, personnellement, c’est donc par le vecteur tout bête de la tisane que j’approfondis le plus souvent l’utilisation d’une simple en magie/sorcellerie. Ça n’a pas manqué d’être le cas pour l’ortie. J’ai noté d’abord un renforcement de la volonté, de la clarté d’esprit, un peu comme le romarin [que j’aborderai sans doute un jour], mais avec quelque chose de plus « feu » [j’associe plutôt le romarin à l’air personnellement], qui agit sur le plexus solaire et la racine. C’est une plante de courage, de confiance, avec son petit caractère j’oserais dire, qui mets des [gentils] coups de pieds au cul pour nous pousser vers l’action. Elle enseigne aussi la capacité à dire « stop » ou « non », notamment lorsqu’on se laisse envahir par des idées moroses ou les influences négatives d’une personne. Plante de fermeté et de décision donc. Plus d’une fois, elle m’a sortie de la procrastination et m’a aidé à trancher dans des situations troubles, ou à venir à bout de choses qui traînaient en longueur. Elle revigore et restaure l’optimisme, rendant plus apte à affronter l’adversité. On la recommande en protection, mais bien plus encore qu’un bouclier, je la vois comme le tambour qui nous encourage à entrer dans la bataille, ou le forgeron qui bichonne notre armure. Vous voyez où je veux en venir ?

Parlons de ce que j’ai pu trouver à son sujet.

Chez Tonton Scott, l’ortie est mâle dans son action et associée à la planète Mars et à l’élément Feu. Ses pouvoirs : consécration, exorcisme, guérison, désir sexuel, protection. Pour contrer un sort et le renvoyer à son « expéditeur », utilisez une poupée remplie d’ortie ou portez la plante sur vous dans un sachet. Pour purifier un espace de tout mal et le renvoyer là d’où il vient, saupoudrez de l’ortie aux quatre coins de la maison, ou aspergez-en votre intérieur (après l’avoir infusée, en utilisant quelques branches de bouleau par exemple). On peut la brûler pour avertir le danger, ou la porter en amulette. Placer des orties fraîchement coupées dans la chambre d’un malade permettra d’accélérer la convalescence. Au Mexique, on la recommanderait en bain pour se purifier. Enfin, ce serait une plante liée au désir sexuel et qu’on pourrait donc utiliser pour stimuler ce dernier.

Vincent Lauvergne, quant à lui, explique que l’ortie apporte la vaillance pour supporter les épreuves. Il recommande de porter sur soi la plante réduite en poudre dans un sachet de toile rouge pour se préserver d’un environnement énergique malsain, et enfin, mentionne Albert le Grand, pour lequel un bouquet d’ortie et d’achillée millefeuille permettrait de ne pas être effrayé par les fantômes. Ailleurs, j’ai trouvé mention de ce bouquet comme un remède à la peur en général.

Christian Rätsch dans « Witchcraft medicine » mentionne Konrad von Megenberg, un auteur allemand du Moyen-Âge, qui écrit que l’ortie éveille le désir. Il semblerait qu’elle ait été utilisée comme aphrodisiaque depuis l’Antiquité [je me souviens d’avoir lu quelque part l’histoire d’un petit vieux qui faisait des roulades dans les orties en guise de Viagra, mais impossible de retrouver la source] .

Sur Herbal Riot, l’auteure du blog suggère d’utiliser un balai fait avec de l’ortie pour chasser le mal et le renvoyer là d’où il vient. Placer des feuilles d’ortie séchée dans ses poches protégerait de la foudre, et dans ses chaussures nous retiendrait d’aller fréquenter des lieux dangereux. On y lit aussi que dans le passé, on pensait les orties dotées d’un tel pouvoir de guérison, qu’une fièvre pouvait être stoppée simplement en cueillant une ortie par les racines, et en récitant le nom du malade et ceux de ses parents. A tester 🙂

Enfin, Paul Beyerl mentionne l’ortie parmi d’autres plantes utiles à la consécration d’un athamé.

Pas mal d’infos et de pistes à explorer donc, mais pour en revenir à ma pratique personnelle, voilà comment je résumerais l’ensemble :

  • L’ortie est active dans le domaine de la guérison, physique mais aussi psychique : en infusion à boire ou à asperger, en amulette, en bouquet fraîchement cueilli, en poudre dispersée ou ajoutée dans un encens ; j’ai pu aussi expérimenter récemment, sur le conseil d’une formatrice en phytothérapie, que l’ortie encore en terre avait le pouvoir de recharger en cas de coup de mou. Faites-en vous même l’expérience : placez-vous près d’un parterre d’orties, tendez vos mains à quelques centimètres des plantes… Et ressentez, tout simplement 🙂 Il est également possible de lui demander de vous aiguiller en matière de guérison, ce que j’ai moi-même fait avec succès ; méditez en sa compagnie, voyagez pour aller la consulter, ou demandez-lui de vous répondre en rêve (vous pourrez alors vous confectionner un oreiller contenant de la plante séchée).
  • C’est aussi une grande protectrice et purificatrice qui, à elle toute seule, chasse les énergies négatives ; mais surtout, je trouve qu’elle renforce le courage et la force intérieure, permettant alors à celui qui travaille avec elle de déterminer ce qui est négatif pour lui-même, de s’en éloigner – ou de le chasser. A titre personnelle, elle a été une excellente guide pour m’apprendre à poser certaines limites et à m’affirmer pour ne plus me sentir plombée par certaines attitudes. Même si j’ai rechigné de prime abord sur certains points (pas facile de bousculer son confort, même s’il est plus vicieux qu’autre chose), force est de constater que Dame Ortie sait ce qui est bon pour moi – et ce qui l’est moins. Là encore, on peut l’utiliser en encens, infusion, poudre… Pour purifier certains outils, ou soi-même. J’ai utilisé des feuilles séchées réduites en poudre sur un de mes tarots que je sentais encrassé, et le résultat fût plutôt convaincant ; l’infusion semble bien réussir à mon athamé et au nettoyage de mon autel. Quelques feuilles dans un bol purifie un espace tout en le redynamisant … Et ce qui est épatant, c’est la sensation de vigueur intense qu’elle offre sans retenue, y compris aux lieux ou aux objets. Combinée à certaines pierres ou à d’autres plantes, je trouve qu’elle renforce les propriétés de ces dernières.  Essayez, vous verrez !
  • Pour gagner en courage avant une épreuve, un coup de fil à passer, une réunion stressante… Une amulette faite avec un bout de tissu, quelques pincées de plante sèche, ou même, simplement, une infusion bue avec intention peuvent grandement aider.
  • C’est une plante dont la présence et l’absorption sous quelque forme que ce soit me connecte immédiatement à mon côté sorcier, au monde sauvage, aux Esprits de la Haie qu’elle côtoie dans la nature, et facilite la communication avec ces derniers … Je conseille donc de l’utiliser avant ou pendant un voyage au tambour, un travail avec des plantes, des minéraux ou des animaux alliés, pour demander conseil en cas de recherche d’un remède, ou encore pour préparer un charme ou un sort…  Je la trouve assez « bavarde » et toujours bonne conseillère, et je constate qu’elle aime bien présenter du monde – autres plantes ou animaux, qui ne débarquent jamais par hasard.
  • Enfin, à ma grande surprise, elle m’a été demandée en offrande à quelques reprises, et a été appréciée, essentiellement par des divinités à caractère chthonien, sorcier, ou par des esprits liés étroitement à la nature.

Ressources :

Scott Cunningham – Encyclopédie des Plantes Magiques
Vincent Lauvergne – Manuel pratique de Magie Verte
Paul Beyerl – Master book of Herbalism
Christian Rätsch – Witchcraft Medecine


A lire, un superbe article pour apprendre à récolter, cuisiner l’ortie, et avec plein d’infos sur ses bienfaits : ça se passe chez Antigone XXI !

Daniel Schulke – Revêtir les manteaux d’Ombre et de Lumière

Pratique extraite du « Viridarium Umbris » de Daniel Schulke, que j’étudie en ce moment [article initialement publié le 9 février 2015]. J’aurais voulu l’introduire par un « cette pratique sert à ça, et à ça, et à ça » plutôt que de le balancer sans préambule, mais impossible de trouver les mots. Lisez, voyez si ça vous parle, et, le cas échéant… Expérimentez 🙂

Traduction et adaptation personnelles

A la lumière de la Lune, lorsque celle-ci est pleine et à son zénith, assieds-toi sous un arbre aux nombreuses branches, ou au cœur d’un buisson formant un abri au-dessus de ta tête, de sorte que sous la radiance de la flamme lunaire l’ombre des limbes sylvestres soit projetée sur le sol. On peut également procéder pendant les heures du jour, en un lieu où solitude et silence sont préservés. Fixe ton attention sur l’ombre des branches et sur la lumière qui se glisse entre elles et parvient jusqu’au sol ; par la fascination, lie-les dans l’œil de l’Âme. Ferme les portes sensorielles à tout stimuli, si ce n’est à ce buisson fait d’ombre ; laisse son mouvement t’emplir complètement à travers la vue, l’ouïe, la pensée, et toute autre voie de médiation charnelle. Contemple ces motifs multiples, en transformation constante,  qui sont avant tout des reflets dans le Miroir de la nature, creux et sans substance ; mais  qui sont aussi des apparitions solides de la nullité. A travers tous tes moyens de perception, pénètre dans ce buisson d’ombre, jusqu’à ce que toutes les Branches de l’Obscurité soient tissées autour de toi, et que l’aperçu de leur forme terrestre ait diminué. Une fois l’œil de Vision entièrement encerclé par ces branches d’ombre, rassemble leur infinité autour de toi comme un manteau pour couvrir ton corps, et prononce une fois le mot AHADARATH. Puis, afin de  faire réduire à nouveau le buisson, et pour ouvrir à nouveau graduellement les portes des sens corporels, retourne à la pleine conscience. A travers l’ensemble de cette action, la Robe du Buisson d’Ombre est revêtue, et la requête présentée devant l’Ange de la Porte Fermée. Par ces moyens mis en œuvre, on pourra pénétrer le Jardin de l’Oubli, ce lieu de dépouillement du connu, ou y consigner du pouvoir.

Par des voies similaires, détourne à présent tes yeux de l’ombre pour les diriger vers les branches vivantes de l’arbre, celui qui est reconnu comme solide et substantiel. Laisse ta vision embrasser les entrelacs de branches et de brindilles, et enveloppe-toi de la lumière qui les illumine. Entre dans le Buisson de Lumière, par les mêmes moyens que tu es entré dans le Buisson d’Ombre et laisse ton regard se frayer un passage entre Intérieur et Extérieur, de sorte que le Buisson Illuminé soit comme enflammé, le mouvement de ses branches radiant de splendeur. Puis rassemble autour de toi ce manteau de lumière en murmurant le mot AZHAMATHA. A travers cela, le Manteau du Buisson Lumineux est revêtu, et la requête déposée devant l’Ange de la Porte Ouverte. Puisse ainsi le Sage faire bonne mesure devant le Jardin Illuminé, ce Lieu de Révélation, ou devant tout pouvoir qui, par les bonnes grâces des Kerubim, lui sera offert depuis ce lieu.