Daniel Schulke – Revêtir les manteaux d’Ombre et de Lumière

Pratique extraite du « Viridarium Umbris » de Daniel Schulke, que j’étudie en ce moment [article initialement publié le 9 février 2015]. J’aurais voulu l’introduire par un « cette pratique sert à ça, et à ça, et à ça » plutôt que de le balancer sans préambule, mais impossible de trouver les mots. Lisez, voyez si ça vous parle, et, le cas échéant… Expérimentez 🙂

Traduction et adaptation personnelles

A la lumière de la Lune, lorsque celle-ci est pleine et à son zénith, assieds-toi sous un arbre aux nombreuses branches, ou au cœur d’un buisson formant un abri au-dessus de ta tête, de sorte que sous la radiance de la flamme lunaire l’ombre des limbes sylvestres soit projetée sur le sol. On peut également procéder pendant les heures du jour, en un lieu où solitude et silence sont préservés. Fixe ton attention sur l’ombre des branches et sur la lumière qui se glisse entre elles et parvient jusqu’au sol ; par la fascination, lie-les dans l’œil de l’Âme. Ferme les portes sensorielles à tout stimuli, si ce n’est à ce buisson fait d’ombre ; laisse son mouvement t’emplir complètement à travers la vue, l’ouïe, la pensée, et toute autre voie de médiation charnelle. Contemple ces motifs multiples, en transformation constante,  qui sont avant tout des reflets dans le Miroir de la nature, creux et sans substance ; mais  qui sont aussi des apparitions solides de la nullité. A travers tous tes moyens de perception, pénètre dans ce buisson d’ombre, jusqu’à ce que toutes les Branches de l’Obscurité soient tissées autour de toi, et que l’aperçu de leur forme terrestre ait diminué. Une fois l’œil de Vision entièrement encerclé par ces branches d’ombre, rassemble leur infinité autour de toi comme un manteau pour couvrir ton corps, et prononce une fois le mot AHADARATH. Puis, afin de  faire réduire à nouveau le buisson, et pour ouvrir à nouveau graduellement les portes des sens corporels, retourne à la pleine conscience. A travers l’ensemble de cette action, la Robe du Buisson d’Ombre est revêtue, et la requête présentée devant l’Ange de la Porte Fermée. Par ces moyens mis en œuvre, on pourra pénétrer le Jardin de l’Oubli, ce lieu de dépouillement du connu, ou y consigner du pouvoir.

Par des voies similaires, détourne à présent tes yeux de l’ombre pour les diriger vers les branches vivantes de l’arbre, celui qui est reconnu comme solide et substantiel. Laisse ta vision embrasser les entrelacs de branches et de brindilles, et enveloppe-toi de la lumière qui les illumine. Entre dans le Buisson de Lumière, par les mêmes moyens que tu es entré dans le Buisson d’Ombre et laisse ton regard se frayer un passage entre Intérieur et Extérieur, de sorte que le Buisson Illuminé soit comme enflammé, le mouvement de ses branches radiant de splendeur. Puis rassemble autour de toi ce manteau de lumière en murmurant le mot AZHAMATHA. A travers cela, le Manteau du Buisson Lumineux est revêtu, et la requête déposée devant l’Ange de la Porte Ouverte. Puisse ainsi le Sage faire bonne mesure devant le Jardin Illuminé, ce Lieu de Révélation, ou devant tout pouvoir qui, par les bonnes grâces des Kerubim, lui sera offert depuis ce lieu.

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Daniel Schulke – Le conseil du Taillis

Extrait du Viridarium Umbris
Traduction et adaptation personnelles

Pars, Chercheur, avec pour seuls bagages suffisamment de provisions pour couvrir tes besoins de nourriture, de boisson, de quoi te protéger des aléas météorologiques ; et ce, vers un lieu solitaire planté par la Main de la Nature, suffisamment isolé pour être un sanctuaire qui ne sera pas perturbé par quelque intrusion. Arrive à destination à l’aube et tiens-toi alors comme un Arbre, tel un veilleur de jour ; car tu es venu depuis l’Ombre vers la Lumière du Bosquet, où, si les dieux le veulent, la Materia Prima descendra jusqu’à toi.

Dans un silence parfait, demeure sous les branchages, ton esprit vidé de tout, même des pensées relatives à ta présente dévotion. Inspire profondément, puis étire tes sens sur le vent, comme des ailes, en parfaite réceptivité. Offre l’intégralité de ta chair à la Terre tel un Rex Nemorensis, Roi du Bosquet, dont le trône  chenu est gagné par le meurtre, et dont la souveraineté est vouée au sacrifice.

Dans ta dévotion, ne fais aucun mouvement, car c’est le bois qui autour de toi se mouvra ; ne parle pas mais écoute, car la Forêt, en temps propices, fait entendre sa voix. Prends bonne note des conseils de l’assemblée des arbres, car la Sagesse est tout autour de toi ; Réalise ta dévotion solitaire par la voie du souffle, car par ta respiration tu es devenu Un avec le Buisson. Voici le Bosquet de ton Instruction, le lieu du commencement, où les Dieux Anciens rendirent le Jardin manifeste en des Temps Reculés, où les anges emplis de puissance chutèrent. En ce lieu, que ton Premier Acte soit de planter ton Cœur en guise de Première Graine, afin que la treille de la Connaissance puisse grandir.

Tiens-toi tel un Arbre, en défiance de la mortalité terrestre, et éveille-toi en ce lieu parmi les branches ; accepte les signes qui te sont donnés sans chercher d’explication. Par le froissement des feuilles, le craquement du bois, et le parfum de la fleur, connais la voix de ton Maître. Dans les hiéroglyphes de la mousse, de l’écorce et des bâtons sur le sol, lis le Livre de l’Apprentissage. Sois témoin du lien béni entre Bête et Arbre, et observe comme la Verdure du Bois est régulée par des lois uniques et certaines gouvernances. Contemple la procession des Herbes qui grandissent et qui meurent, et observe avec un regard neuf le passage des âges. Tiens-toi tel un Arbre et apprend ce qu’aucun homme et aucune femme ne peut enseigner, et quand enfin tu sauras, écris tout non pas sur du papier, mais sur les pages de ton âme.