Hekate Trioditis

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Traduction et adaptation personnelles.

Aujourd’hui, d’après le Calendrier Attique, est le jour de Hekátês Deipnon, du Souper d’Hekate ; de Celle qui est Despoina Trioditis, la Dame des Trois Voies, des carrefours ; et en ce jour, je réfléchis tout particulièrement à son rôle dans la thrêskeía Pythagóreia, une codification de l’hellénisme.

Peut-être Sa qualité essentielle réside dans Sa description comme Trioditis ou Trimorphis, mots qui signifient respectivement « des trois voies » et »à triple forme ». Il est assez peu surprenant, de ce fait, que dans une expression exotérique de l’hellénisme, Hekate (en latin, « Trivia », des Trois Voies) soit perçue comme la Déesse qui veille aux carrefours, et soit honorée en ces lieux. Néanmoins, d’un point de vue ésotérique, la Dame des Carrefours n’est pas réduite au patronage des intersections de chemins de campagne ; elle est la patronne des Carrefours Cosmiques – c’est-à-dire qu’Elle personnifie l’intersection entre les trois domaines de l’existence : le domaine céleste, le domaine sublunaire, et le domaine chthonien. Ainsi, on dit que Hekate gouverne les Cieux (domaine céleste), la Terre (domaine chthonien), et la Mer (domaine sublunaire) ; en ce sens, Hekate peut être perçue comme un carrefour métaphysique, une autoroute reliant les trois domaines, et de ce fait, une alliée extraordinaire pour tous ceux qui aspirent à l’Union Divine.

Hekate incarne également les paradoxes sur lesquels un tel aspirant doit travailler pour réaliser son union avec le Divin. Dans un hymne orphique, il est dit qu’une de ses faces « favorise le bouvier »,  ce qui est une métaphore désignant l’aspirant qui travaille avec le Taureau du Savoir, qui, tel Zeus emportant Europe au-delà de la Mer Égée, porte l’aspirant vers l’Henosis, l’union avec la Source du Divin ; un autre de Ses visages est dit capable « d’éveiller les passions bestiales » (Hymne à Athéna de Proclus), ce qui doit être vaincu par la hache d’Athéna. Malgré cela, Elle est aussi « la Mère des Dieux… Hekate la protectrice, à la grande force » (Hymne à la Mère des Dieux et à Ianus-Zeus de Proclus). Dans la religion démotique, Hekate préside à l’obscurité et aux pratiques occultes profanes ; Elle est une déesse tutélaire de la sorcellerie et de la goétie. Pourtant, simultanément, Elle est invoquée par ceux qui craignent le mauvais oeil des sorciers, et les représentations d’Hekate sont placées aux entrées des maisons afin d’empêcher toute malédiction d’y entrer.

Ainsi, Hekate trouve sa place dans les trois domaines de l’existence ; Elle siège comme Mère des Dieux, la Grande Mère Apeiria, Psyché, épousant le divin Logos d’Eros-Zeus, permettant aux idées de s’incarner. Mais Elle est aussi la chthonienne, l’Autre du monde sauvage, Artémis la Vierge. En creusant un peu, on la découvre procréatrice, dans l’ici bas, des nombreux chemins issus de l’Un. Voilà pourquoi Hekate est si étroitement liée à la Voie de « l’Ascension » ; dans son aspect le plus « bas », Elle est un Daimon inconstant et  imprévisible, tandis que dans son aspect le plus « élevé », Elle en est l’exact contraire. La Dame des Carrefours incarne les Carrefours – Elle est l’Ascension, et Ses visages sont des barreaux de l’échelle qui mène vers Elle, et sont des modèles, des guides divins, pour celui qui aspire à s’élever vers le Divin.

Le Souper d’Hekate marque la fin de chaque mois lunaire dans le Calendrier Attique ; on l’appelle aussi  Henê-kai-Néa, l’Ancien et le Nouveau ; il est un carrefour temporel. Un tel moment est propice à célébrer Despoina Trioditis ; nous laissons derrière nous ce qui doit être quitté, et nous avançons vers un nouveau territoire. Avec le lever de Séléné et l’aube nouvelle, puissions nous percevoir le reflet de la Déesse des Trois Voies sur la route vers le Divin qu’Elle nous révèle.

Donna Tartt – Le Maître des Illusions

Extraits des pages 59 à 62 (Editions Pocket, 1994).

[…] La beauté, c’est la terreur. Ce que nous appelons beau nous fait frémir. Et que pouvait-il y avoir de plus terrifiant et de plus beau, pour des âmes comme celles des Grecs ou les nôtres, que de perdre tout contrôle ? Rejeter un instant les chaînes de l’existence, briser l’accident de notre être mortel ? Euripide parle des Ménades : la tête en arrière, la gorge vers les étoiles, « plutôt des biches que des humains ». Être absolument libre ! On est parfaitement capable, bien sûr, d’assouvir ces passions destructrices de façon plus vulgaire et moins efficace. Mais quelle gloire de les déchaîner d’un coup ! De chanter, de crier, de danser pieds nus dans les bois au cœur de la nuit, sans plus avoir conscience de sa mortalité qu’un animal ! Ce sont là des mystères puissants. Le mugissement des taureaux. Les sources de miel qui bouillonnent dans le sol. Si nos âmes sont assez fortes, nous pouvons déchirer le voile et regarder en face cette beauté nue et terrible ; que Dieu nous consume, nous dévore, détache nos os de notre corps. Et nous recrache, nés à nouveau. »

Nous étions tous figés, penchés vers lui. J’avais la bouche ouverte, et je sentais chacune de mes respirations.

« Cela, pour moi, c’est la terrible séduction du rituel dionysiaque. Difficile à imaginer, pour nous. La flamme de l’être pur. »

Bonnie MacLachlan – Koré, la Nymphe : le culte de Perséphone à Locres

Traduction et adaptation personnelles.

 
 

A Locres, la descente et le retour de Koré/Perséphone étaient commémorés dans un rituel ; le temple jouissait d’une importance singulière pendant l’Antiquité, mais présentait une identité de Perséphone différente de celle proposée par l’Hymne Homérique à Déméter. Locres était sous l’influence des colonies grecques de l’Ouest, non de celles de l’Attique ou du continent grecque. Ici, en Magna Graecia et en Sicile, la disparition de Koré n’offrait pas une explication à la colère et à la tristesse de Déméter, mais constituait la première étape vers une théogamie, un mariage sacré.

Ainsi, les célèbres plaques en terre cuite (pinakes) qui y furent découvertes par Paolo Orsi au début du 20ème siècle honorent Perséphone en tant que jeune mariée, et le fait que c’est en tant que jeune mariée qu’elle devient Reine des Morts.

Sur un type de pinakes, elle est représentée avec Hadès, recevant Dionysos en Enfer ; trois dieux avec de forts pouvoirs chthoniens. Ces plaques votives, représentant différentes scènes du récit de l’enlèvement de Perséphone, de son mariage et de son règne en tant que Reine, trouvées aux côtés d’autres objets votifs au sanctuaire de la Manella à Locres, peuvent être interprétés comme des proteleia, des présents offerts à la Déesse par des futures/jeunes mariées de la région, mais elle honore également la réalité selon laquelle Perséphone n’était pas seulement mariée à Hadès, mais aussi en Hadès, où elle assumait le rôle de protectrice des Morts.

Les pinakes datent de la seconde moitié du 5ème siècle avant J-C. Au siècle suivant, on trouve des traces d’activité rituelle ailleurs à Locres, dans une grotte consacrée aux Nymphes – activité qui combine également des éléments nuptiaux et infernaux. Des artefacts votifs communs aux deux lieux lient très clairement les deux rituels, mais dans le plus récent, les proteleia sont nourris d’éléments religieux, philosophiques et culturels beaucoup plus complexes, qui traversaient toute la Grèce de l’Ouest à l’époque héllénistique.

La grotte (dite Grotta Caruso) […] était de taille importante, large et haute de 9 pieds. A l’intérieur se trouvait un bassin qui pouvait être empli d’eau à une profondeur d’environ 2 pieds, transmise d’une source jusqu’à la cave à l’aide d’un système de canalisation. Un large bloc de pierre positionné dans le bassin était immergé lorsque ce dernier était rempli d’eau, et servait de manière évidente au rituel. Non loin, un autel de pierre était destiné à rester hors de l’eau lorsque le bassin était rempli. Une série de marche permettait aux participantes d’accéder à l’eau. Des niches dans les murs de la grotte pouvaient accueillir de nombreuses pièces votives – offrandes prénuptiales et objets trouvés dans d’autres nymphaea,dans des tombes de femmes, et dans des lieux de culte consacrés à Perséphone et Déméter.

Avant d’examiner le rituel en lui-même ainsi que les objets votifs, il peut être important de se pencher sur la notion grecque de nymphe, et quelles connotations particulières ce terme pouvait avoir à Locres. Nymphê est le mot grec désignant la future mariée, ou la jeune mariée. Ainsi, Perséphone était donc une nymphe, ce qui explique la continuité de culte entre La Manella et la Grotta Caruso. De plus, la nymphe désigne également en grec la jeune fille nubile. La littérature grecque est remplie de nymphes des bois ou des eaux, non mariées, vivant dans l’espace Sauvage, accompagnée de Pan ou de Silène. Ces nymphes mythiques, comme leurs compagnons mâles, étaient des créatures sexuelles. Les Nymphai mortelles ou non étaient par définition des êtres sexuels, parfois aggressives, prédatrices sexuelles comme dans la légende de Narcisse ou dans certains récits mettant en jeu des bergers siciliens […]

Cette aura érotique entourait également les nymphes humaines (jeunes/futures mariées) de Locres. James Redfield, dans son  livre The Locrian Maidens : Love and Death in Greek Italy paru en 2003, démontre la particularité du statut des femmes de Locres par rapport à l’ensemble du monde grec. Ce sont les femmes, non les hommes, qui transmettaient la propriété, les femmes déterminaient le statut social de leur mari. Les rites prénuptiaux qui se déroulaient à La Manella ou à la Grotta Caruso avaient des conséquences sociales qui dépassaient le simple rite de passage pour jeune fille, et on peut aisément avancer qu’ils attiraient l’attention de tous les citoyens de Locres.

L’érotisme des Nymphes se combinait à deux autres traits saillants : leur identité chthonienne et leur tempérament joueur. Dans la mythologie et l’iconographie grecques, les Nymphes faisaient partie des thiasos dionysiaques, jusqu’à être, souvent, difficiles à distinguer des Ménades. Dans la période hellénistique, elles participèrent également à la complexité grandissante de l’identité de Dionysos – dieu du théâtre et du jeu, du vin et du thyrse, de la folie et de l’extase, de la mort et de la renaissance, le dieu qui offre l’espoir d’une vie après la mort – et cet ensemble de pouvoirs se retrouvait dans les expressions symboliques des nymphes, rituelles et humaines, qui fréquentaient la Grotta Caruso.

Comme la Perséphone-nymphe des pinakes, les nymphes de la grotte possédaient des traits chthoniens. Les grottes étaient fréquemment représentées comme des entrées du Monde Souterrain […] Des lieux de cultes honorant les Nymphes se trouvaient souvent à proximité de ceux d’autres dieux chthoniens comme Zeus Meilichios.

Les jeunes femmes de Locres qui entraient dans la Grotta Caruso et descendaient les escaliers interprétaient peut-être une descente rituelle dans le Monde Souterrain où, comme Perséphone, elles se préparaient à rencontrer un époux du monde souterrain.

Les aspects érotiques et chthoniens sont centraux dans l’identité des nymphes, et probablement dans l’activité prénuptiale présente à Locres. Pendant le rituel de la grotte, nous pensons pouvoir affirmer que les jeunes femmes nubiles descendaient les escaliers jusqu’au bassin empli d’eau. Le bain prénuptial ritualisé était fréquent dans des cultes dédiés aux nymphes. Il paraît probable que les femmes s’asseyaient sur le roc immergé, et se versaient de l’eau sur le corps. On trouve un parallèle dans un texte de Callimaque décrivant une pratique où les femmes tissent une robe pour Héra, s’assoient ensuite sur une roche dans la fontaine de la nymphe Amymone et versent de l’eau sacrée sur leurs têtes […]

Les artefacts votifs de la Grotta Caruso sont composés d’un choix complexe de proteleia, incluant de nombreux nus féminins en terre cuite, agenouillés ou assis, dépouillés de leurs membres. Ces figurines ont été trouvées à Locres, dans des tombes de femmes et près du théâtre. Ailleurs en Magna Graecia et en Sicile, on les retrouve dans des tombes de jeunes filles. Souvent, leurs bras et jambes ont été délibérément coupés, et parfois on trouve des trous aux endroits où se trouvent normalement les membres, suggérant la possibilité d’en ajouter, comme sur des poupées aux bras et jambes articulés et interchangeables. Ces poupées, qui portent le polos, sont très certainement des cadeaux pour la déesse qui accompagnera la transformation de la jeune fille en nymphê. […]

Des figurines ont aussi été retrouvées à la Manella et dans d’autres sanctuaires dédiés à Déméter/Perséphone, faisant clairement le lien avec la présence de cette dernière. Mais les nymphes sont aussi clairement représentées : de nombreuses plaques de terre cuite représentant trois têtes de femmes ont été retrouvées dans la Grotta, parfois avec Pan ou des symboles dionysiaques. Ce trio de têtes se retrouve dans des nymphaea, dans des autels consacrés à Perséphone, et dans des tombes, ailleurs dans le monde grec.

Cependant, dans la Grotta Caruso, une combinaison inédite s’opère : parfois, les nymphes apparaissent avec un tauromorphe, un taureau à visage humain et des cornes. L’iconographie de cette figure se retrouve dans des portraits d’Acheloüs ou d’autres dieux-rivières, et nous possédons des preuves textuelles liant le portrait trouvé à Locres à une rivière ; une inscription sur une des plaques trouvées à la Grotta désigne l’homme-taureau comme Euthymos, un curieux héros local.

Euthymos était une figure historique, un lutteur de Locres victorieux à Olympe à trois reprises. Une statue fut érigée en son honneur et Callimaque a célébré ses succès. Mais nous apprenons aussi de Pausanias, Pline l’Ancien et Elien qu’Euthymos a également acquis un statut légendaire en terrassant un daimon qui menaçait la ville proche de Temesa, et auquel, sous la menace, des jeunes filles devaient être remises […] Au final, la récompense d’Euthymos consista en une jeune épouse. La connexion nuptiale entre Euthymos et les nymphes de la Grotta devient ainsi plus claire. Elle est encore rehaussée par le lien entre Euthymos et l’élément eau. […]

Nous pouvons nous demander pourquoi les femmes de Locres déposèrent ces plaques représentant des nymphes et Euthymos dans la grotte ? Il est impossible de faire le parallèle avec d’autres pratiques, et aucune analogie n’a pu être établie avec des sources écrites. Il est possible qu’il existait un culte global autour de la figure héroïque d’Euthymos à Locres, auquel participaient les jeunes filles, et qu’elles intégraient ensuite cette expérience à leur rituel de la Grotta. Une femme qui achetait une plaque représentant Euthymos et les nymphes pouvait vouloir faire un présent en remerciement de la sécurité générale dans laquelle vivaient les jeunes filles de la région. Ou son intention était d’honorer le lien érotique entre le héros et la jeune fille, sous le patronage des nymphes, divinités sexuelles par excellence. Soulignons enfin qu’Euthymos, sous son apparence tauromorphe, est un héros mort, un époux chthonien.

Au-delà des aspects chthonien et érotique, il faut également explorer le troisième trait des nymphes grecques : leur attrait pour le jeu. Les nymphes sont joueuses, et se veulent transgressives dans ce domaine. Ceci pourrait expliquer un des aspects les plus curieux des activités qui se déroulaient à la Grotta, le jeu théâtral. Nombre d’artefacts identiques à ceux de la grotte ont été retrouvés au théâtre de Locres, tels les nus féminins portant le polos et les plaques avec les trois nymphes. Mais d’autres éléments, issus du monde du théâtre, étaient présents dans la grotte : masques, silènes et acteurs comiques, et une large figure issue du phlyax (théâtre burlesque, farce, faisant souvent référence comique aux grandes tragédies athéniennes), au corps déformé, à la face grotesque et au ventre protubérant. Nous savons que Locres participa grandement dans la popularisation de ce genre […] Il est bon aussi de se souvenir que des pièces comiques ont été écrites au sujet des femmes de Locres […]

Il est possible qu’il y ait eu des performances théâtrales dans la grotte : parmi les objets votifs, on a trouvé des modèles miniatures de la Grotta munis de rideaux gravés dans la roche. Les figurines de terre cuite représentant les acteurs comiques et les musiciens, aux côtés des masques, indiquent l’importance du théâtre pour celle qui ont fréquenté ces lieux. Le clair-obscur, le sérieux et le comique, comme le jeu constant entre la vie et la mort, sont des thèmes appropriés pour les rituels d’un nymphaeum.

Ce mélange de comique et de sérieux (spoudogeloion) autour de la Grotta peut très bien s’expliquer également par la rencontre entre Perséphone et les nymphes ; Laurie O’Higgins, dans Women and Humor in Classical Greece (2003), argue du fait que les rituels proprement féminins liés aux festivals de Déméter et Perséphone, comme les Thesmophories, ont joué un rôle dans le développement général de l’humour sexuel dans la poésie grecque, et dans la popularisation du grotesque dans le théâtre comique. Ces “Carnavals de Femmes”, comme elle les appelle, explorait nombre de possibilités offertes par le Grotesque, comme par exemple les figurines de vieilles femmes enceintes, ou les représentations de Baubo (dont un exemplaire fut également retrouvé à la Mannella). Les voix et les bruits qui résonnaient dans la Grotta exprimaient peut-être tout sauf la solemnité.

[…] La cohabitation des théâtres avec les sources, fontaines et nymphes, ainsi qu’avec le motif de la mort, est remarquable dans tout le monde grec méditerranéen ; et celle d’artefacts votifs représentant Déméter et Perséphone avec des figures comiques et des masques, dans de nombreux sites, est tout aussi frappante. Sur l’île de Lipari, dans une nécropole connue sous le nom de Contrada Diana, se trouvait un Koreion (sanctuaire de Koré). Des bustes de Perséphone y ont été retrouvés, en compagnie de silènes. Des tombes de la nécropole, on a tiré une collection impressionnante de masques de terre cuite utilisés dans le théâtre, tragédie, pièces satyriques, phlyax ou nouvelle comédie. Dans de nombreuses tombes, on a également retrouvé des oeufs, symbole universel de mort et de renaissance ; oeufs qui semblent aussi avoir été liés au phlyax […] Sur un vase de Campanie, un acteur de phlyax converse avec Dionysos ; le dieu est muni de son thyrse, l’acteur d’une torche et d’un oeuf dans sa main gauche. Rencontre évidente entre le pouvoir chthonien, souterrain, et le pouvoir du jeu et du comique.

Pour en revenir à Locres et aux rituels des femmes dans la période héllénistique, je pense qu’on peut mieux comprendre la cohabitation de l’érotisme, du pouvoir chthonien et du jeu dans ce culte, en observant l’expansion du culte de Dionysos dans cette partie du monde à cette époque. Il était un allié naturel des nymphes et de Perséphone, puisque comme le dit Héraclite, « Hadès et Dionysos ne font qu’un ». Dionysos libérait l’âme à travers l’extase et le jeu. Aucune représentation directe du dieu n’a été retrouvée à la Grotta, mais ses compagnons – silènes, acteurs, nymphes et probablement Perséphone elle-même – offraient aux participantes du rituel un monde apprécié de ses initiés, qui ouvrait une porte sur l’ultime réalité qu’il promettait à ceux qui le suivaient.