Prières pour Oshun

O ma mère Oshun, reine des rivières et des cours d’eau.
O ma mère Oshun, entends nos prières.
Près de la chute d’eau se trouve une petite grotte,
Près de la chute d’eau se trouve un petit banc doré.
Près de la chute d’eau, ma mère Oshun vient souvent se reposer.

Source, traduction personnelle 

Oshun est essentiellement connue comme l’Orisha de l’amour, de la sensualité et de la fertilité, associé aux rivières et aux cours d’eau. C’est d’ailleurs ce dernier trait qui m’a d’abord conduit vers elle il y a quelques mois, avec l’idée d’explorer de nouvelles pratiques en lien avec l’eau. Au fil du temps, je l’ai découverte bien plus complexe que ce que j’imaginais de prime abord. Pourvoyeuse d’espoir, de joie, d’abondance, mais aussi féroce guerrière, magicienne, consolatrice et conseillère. Sous sa légèreté faite de danses et de chants, de sourires enjôleurs et de caresses, d’eau limpide et chantante, je sens une incroyable profondeur, dans laquelle l’eau nettoie et fertilise autant qu’elle peut noyer. Ses « chemins » (concept assez proche de celui d’avatar) témoignent de sa complexité, puisqu’elle est tour à tour Moro la sensuelle, Aña la magicienne détentrice du tambour, ou encore Awé, celle qui veille sur les défunts aux côtés d’Oya.

Même si je lui ai consacré un autel depuis quelques temps, je ne la sens jamais aussi proche de moi que lorsque je passe quelques instants au bord de l’eau. Ce que j’aime, c’est que tout en étant une « divinité » venue « de loin », je la sens palpable, complètement dans « l’ici et maintenant », dans un contact vraiment similaire à celui que j’ai avec les esprits des lieux ou des plantes ; c’est une relation ancrée dans la chair et qui se vit complètement dans le corps – ou pour être plus précise, dans le »fetch », pour reprendre une terminologie Feri.

A place in the sun, par Sarah Golis

Et donc, nous disions… ? Ah oui, des prières. Maria-Alba Valdès, dans « Magie des Caraïbes et Santeria », en partage une  que voici :

Mère, Maîtresse du Fleuve, du monde où tout fils de saint va se baigner pour recevoir la bénédiction de l’eau douce, pour obtenir bonheur et réussite, femme qui danse avec sa jupe et ses cinq étoles, jolie reine pleine de rires et de joie, mais dont les hommes doivent se méfier, car elle est bien mystérieuse quand elle est en colère, femme dangereuse, messagère d’Olofi. Merci.

Et puis une autre, trouvée sur internet et adaptée depuis l’anglais par mes soins :

Louange à l’Orisha du mystère
Esprit qui me purifie de l’intérieur
Louange à l’Orisha des rivières
Esprit qui me purifie de l’intérieur
Louange à l’Orisha de la séduction
Esprit qui me purifie de l’intérieur
Mère du miroir,
Mère de la danse,
Mère de l’abondance,
Nous chantons ta louange.
Ashé-O.

On peut également appeler Oshun avec la salutation qui lui est consacrée : Ore yeye o ! (qu’on peut traduire approximativement par : salutations, Mère d’abondance !). Oshun aime les danses et les chants, aussi j’aime beaucoup fredonner cette petite formule sur un air improvisé pendant que je procède à mes offrandes.

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L’Omiero

Ça fait quelques mois [article publié à l’origine le 10 octobre 2015] que les cultes afro-caribéens s’invitent dans ma spiritualité. Par la rivière est arrivée Oshun, par les eaux profondes et les étoiles, Yemanja, et puis petit à petit, d’autres esprits et des pratiques s’installent. J’avance à tout petits pas, de manière assez intuitive et très personnelle, et je découvre plein de choses que j’ai envie de partager ici. La première sera l’omiero, qui parle particulièrement à l’amoureuse des plantes et des potions que je suis.

L’omiero est une infusion utilisée dans de nombreux rituels de la Santería (ou Lucumí), et notamment dans toutes les cérémonies d’initiation. On l’utilise également pour se purifier (bains, onction, eau de lavage du sol…), laver les représentations physiques (pierres, statues, attributs…) des Orishas, les cauris utilisés en divination, ou encore les bijoux à valeur spirituelle comme les colliers de perles consacrés aux Orishas, appelés Elekes.

La préparation se fera en fonction de l’intention du rituel, mais surtout de l’Orisha auquel on compte faire appel au cours de celui-ci, puisque, par le jeu des correspondances, il ou elle déterminera les plantes à utiliser. Comme l’infusion contient de nombreuses herbes, on dit souvent que lorsqu’on prépare de l’omiero, on « fait Osain », d’après le nom de l’Orisha des plantes.

D’après ce que j’ai pu lire, la préparation est longue est complexe, particulièrement ritualisée – elle s’accompagne notamment de nombreux chants et prières, de préférence en langue yoruba -, et doit en principe être réalisée par un religieux. Les recettes sont bien entendu jalousement gardées. Je n’aurais donc pas la prétention de partager ici LA recette de l’omiero 😉

Cependant, d’après Maria-Alba Valdés, dans « Magie des Caraïbes et Santeria », on fabrique généralement l’omiero de la façon suivante :

Dans un grand récipient, verser :
* de l’eau bénite (certainement par un prêtre Lucumi, pour ma part je fais la mienne)
* des eaux de différentes provenances (eau de mer, eau de pluie, eau de rivière…)
* du vin, de l’eau-de-vie

Ajouter :
* un charbon ardent
* du miel
* du beurre de cacahuètes
* des pétales de pivoine
*du piment
* les herbes choisies en fonction de l’Orisha (ou des Orishas) auquel on fait appel

Sur internet, j’ai également trouvé mention d’huile de palme, de beurre de cacao, ou encore de cascarilla (poudre de coquille d’œuf). Les plantes, de préférence fraîches, doivent être réduites en morceaux, déchirées à la main, dans l’eau, ou pendant que l’eau est versée ; la préparation peut ensuite bouillir pendant plusieurs minutes, et toute l’opération s’accompagnera comme mentionné plus haut de chants et prières sacrés.

Image trouvée sur Tumblr

On pourra bien sûr choisir le jour, l’heure, le nombre de plantes en fonction de l’Orisha (par exemple, cinq plantes pour Oshun, le lundi pour Elegua …) et de l’intention rituelle.


Ce qui m’a particulièrement interpellé – et m’a donné envie de partager tout ça – est l’usage d’eaux de différentes provenances. Que ce soit dans le rituel des eaux du monde de Starhawk ou dans certaines expériences rituelles vécues en groupe ou de manière plus solitaire, c’est une pratique que je trouve particulièrement puissante, qui nourrit autant le rituel que les esprits appelés ou les participants. Autant dire que j’ai été agréablement surprise de découvrir cet usage plus traditionnel d’un mélange d’eaux, qui inspirera sans doute mes tambouilles à venir – et peut-être les vôtres 😉