Orion Foxwood – Celle qui donne vie aux étoiles par son souffle

Prière extraite de « The Tree of Enchantment »
Traduction et adaptation personnelles

 

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The Queen of Elphame, par Patrick John Larabee

Oh Grande Mère, tu es la matriarche de la matière et l’impératrice de l’éternité.
Je Te prie, pose ton regard sur moi, sur le visage de ton enfant aimant, si petit… En quête… Si vrai.

Oh Grande Mère, tu prononces les mots de la création et fais naître ainsi les univers de  tes incubations. Je prie pour que tu m’ouvres tes bras aimants, à moi ton chercheur d’étoiles.

Je suis las de grimper à l’arbre sacré dans ma quête pour te trouver.
Puissent ma faim être apaisée par les fruits de la sagesse, et ma soif être guérie par l’élixir de lumière.

Je prie, que tu me dévoiles le langage de l’esprit que seuls les prophètes connaissent.
Révèle les sons guérisseurs que seuls les bardes pratiquent.
Exhale les mots de pouvoir que ceux qui ont été oints sont seuls à savoir.

Je me tiens sur la pierre sacrée, lavé dans le sang et dans les étoiles ; Et,

Je sens ta présence au-dessus de moi, en-dessous de moi, devant moi, derrière moi, à ma gauche et à ma droite ; alors que je me tiens assis au centre de ton Carrefour, prononçant le nom que tu m’as soufflé, lorsque tu illuminas les étoiles du ciel et donna vie à leur course sacrée.

Par l’arbre nonuple et la vie triple,
Par le trône souverain et la roche de destinée,
Je t’honore, ma Reine. Tout ce qui est moi est Toi.
Tout ce qui est moi n’est rien d’autre qu’un rêve, dans le rêve, dans un rêve.
Et toi, tu es Celle Qui Rêve.

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L’Hysope

L’hysope est une plante d’origine méditerranéenne que j’ai découverte assez récemment [article initialement publié le 8 mai 2014], trois ou quatre ans tout au plus. C’est lors de courses dans un supermarché bio de ma ville que je l’ai repéré pour la première fois. Son nom m’a interpellé, certainement parce que je l’avais déjà croisé dans un de mes livres d’herboristerie, d’histoire des religions ou de magie verte. J’ai cédé à l’envie d’en acheter sans vraiment savoir ce que j’allais en faire, et grand bien m’en a pris puisqu’elle est depuis devenue une de mes simples préférées.

Mes premières recherches m’ont amené vers la Bible, dans laquelle l’hysope est citée à plusieurs reprises, avant tout comme un symbole de pureté et d’humilité ; on y fait notamment mention de l’utilisation de ses branches pour l’aspersion d’eau de purification ; le psaume 51, quant à lui, dit : « Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur ; lave-moi, et je serai plus blanc que la neige. »

Qu’importe s’il s’agit réellement ou non d’hysope (comme cela est contesté par différents auteurs, et remarquablement dans cet article du blog Books of Dante) ; mon expérience personnelle m’incite à la considérer comme une plante très puissante en matière de purification.

Commençons par faire le tour de ce que j’ai pu trouver à son sujet dans ma bibliothèque. Chez Vincent Lauvergne tout d’abord, l’hysope purifie les centres énergétiques. Elle est une plante de protection contre les maléfices et les mauvaises influences, que l’auteur recommande de porter sur soi dans un sachet de toile blanche pour purifier l’aura et protéger des influences négatives. Les éléments associés sont le Feu, l’Air et l’Eau ; les planètes, quant à elles, sont le Soleil et Jupiter ; enfin, les signes astrologiques correspondants sont le Bélier, la Balance et le Sagittaire. Voilà donc pour le «Manuel pratique de Magie Verte ».

Dans « l’Encyclopedia of Magical Herbs » de Scott Cunningham, le genre de l’hysope est masculin, la planète et l’élément qui y sont associés sont Jupiter et le Feu. C’est selon l’auteur la plante la plus utilisée pour la purification en magie. Cunningham propose de l’utiliser dans des bains, ou infusée puis aspergée sur des objets ou des personnes, ou encore accrochée dans la maison pour en chasser toute négativité.

A titre personnel, je l’utilise avant tout en infusion à froid (c’est-à-dire que je disperse quelques pincées de plante sèche dans un récipient d’eau froide) pour la purification :

  • J’y dépose mes pierres le temps d’une heure ou d’une nuit
  • J’y nettoie mes outils magiques
  • J’y trempe mes doigts ou un brin de branches de bouleau pour ensuite asperger la pièce que je souhaite purifier
  • Si je sens qu’une pièce est particulièrement chargée, je dispose le récipient au centre de la pièce pendant quelques heures ; une fois que je sens l’atmosphère plus légère, je rends l’eau à la terre (ou aux toilettes, on fait comme on peut 😉 )
  • Je me purifie, soit en utilisant l’eau en onction avec une formule consacrée, soit en trempant un temps mes mains dedans et en « faisant couler » le long de mes bras ce qui me pèse

Lors de certains travaux magiques particuliers, plus longs ou plus exigeants, il m’arrive de prendre un bain dans lequel je fais infuser au préalable un sachet empli d’hysope. Je complète souvent avec une tisane de la même plante, qui, une fois absorbée, conforte la sensation de pureté rituelle.

Pourquoi privilégier l’hysope plutôt qu’une autre méthode de purification ? Tout dépend justement de votre intention. J’ai pu constater que ces préalables rituels en compagnie de l’hysope, en plus de me purifier en profondeur, me rendaient particulièrement réceptive à des énergies ou des entités très « high vibes », plutôt célestes ou stellaires, et stimulaient mes capacités divinatoires et théurgiques. Je ne saurai expliquer exactement, mais j’ai généralement la sensation, après m’être bien imprégnée de l’essence de la plante dans mon bain et en buvant mon infusion, d’être entourée d’une bulle bleutée ou violette, je sens mes centres d’énergie du haut du corps particulièrement vibrants et réceptifs. Mes méditations comme mes rites et mes prières sont alors particulièrement profonds. C’est une herbe que je conseillerais par exemple à qui veut entamer un travail avec des divinités comme, la Déesse Étoile, Nuit,  Isis, Hekate sous son aspect Soteira, Inanna… Couplée à certains minéraux comme le lapis-lazuli ou encore l’améthyste, elle est vraiment une alliée de choix pour la connexion aux sphères les plus élevées de l’être comme du divin.

Plus généralement, l’hysope ne peut que faire du bien à qui se sent encombré d’énergies négatives, de peaux mortes spirituelles ; elle éclaircit l’esprit et chasse les doutes comme les idées noires, apportant paix, concentration et sagesse. A noter que dans le domaine de la phytothérapie, on l’utilise en infusion pour soigner les voies respiratoires et la sphère ORL ; elle a aussi des vertus dépuratives, qualités qui rejoignent grandement sa capacité à chasser les miasmes spirituels. Dans le cadre d’un travail de guérison, je recommanderais d’en ajouter une pincée dans un encens destiné par exemple à purifier la chambre du malade.

Marian Green – La Déesse paradoxale

Tiré de « A Witch Alone »
Traduction et adaptation personnelles.

 

Dame de la Triple Lumière mouvante,
Dont la forme est Terre, de nuit comme de jour,
Sur toi glisse l’éternel Océan,
Déesse silencieuse mais en mouvement perpétuel.

Lune, Moi-Sœur et Triple aspect de la Triple,
Vierge, Créatrice et Vieille,

Toi qui es Terre, et Lune, et Mer,
Mère de Tout, c’est Toi qui m’a forgée

De tes os sombres, de verdure et de chair,
Des eaux cristallines et du souffle tranquille du vent,
Tout vint de Toi, et est à présent moi
L’Esprit Éternel orné de ma fragilité.

Mais l’Infini réside au-delà de l’enveloppe
Une Lumière tombée d’une Étoile-Graine.

Déesse de Vie, d’Amour, de Paradoxe,
Gardienne des Clés qui ouvrent toutes les portes,
Déesse des Mystères, de la Terre et des Cieux,
Je T’en prie réponds-moi. Qui suis-je ?

Frater Achad – Hymne à la Déesse des Etoiles

 Extrait des « 31 hymnes à la Déesse des Étoiles »
Traduction et adaptation personnelles.

Longtemps je suis resté allongé à T’attendre dans le jardin des roses de la Vie ; et toujours Tu T’es gardée loin de ma Compréhension.

Allongé, j’ai contemplé Ta nature, comme celle d’une Rose Infinie.

Pétales, pétales, pétales, mais où, ô Beauté, est Ton Cœur ?

N’as-tu donc point de Cœur ? Tes pétales seraient-ils sans fins, m’empêchant par leur omniprésence d’atteindre l’essence de ton Être ?

Pourtant tels sont Tes mots : « je t’aime ! Je te désire ! Pâle ou pourpre, voilée ou voluptueuse, moi qui suis tout plaisir et pourpre, et ivresse du sens le plus intime, je te désire. Revêts les ailes et éveille en toi la splendeur lovée : viens à moi ! »

Ah ! Mon sens le plus intime est enivré ; intoxiqué par les émanations de la Rose. Son Cœur est Mon Cœur. Il n’y a pas de différence, ô Bien-Aimée.

Lorsque j’aurai pénétré le Cœur de la Rose Infinie, c’est Moi-même que je trouverai .

Mais ce n’est pas vers Moi que je m’avancerai – Seulement vers Toi.

Soror Ashera – Nuit, Déesse sans limites

Traduction et adaptation personnelles

« Nuit the Sky Goddess », par Cice Rivera

“Je suis l’Espace infini et de celui-ci les Etoiles infinies” —AL I:22

En Egypte, il y 4 300 ans, la Déesse de la Vie Eternelle parla : « sois comme une étoile impérissable qui vit éternellement. » Des millénaires plus tard, un mage anglais de vingt-neuf ans entendit le message de cette entité infinie : « chaque homme et chaque femme est une étoile. » Les mots sont ceux de Nuit, la Déesse-Etoile, divinité de la voûte céleste. Pour les anciens, Elle était le ciel au-dessus de nous, et formait la structure de l’espace à l’intérieur de laquelle toute réalité prenait forme. Qui est-Elle à présent ? De nombreux concepts connus de ceux qui lisent le Livre de la Loi sont bien antérieurs à l’oeuvre de 1904. L’omniprésence de Son corps, Son amour pour l’humanité – ceci n’a pas changé. La Déesse du Liber Al a une identité riche et vénérable ; Ses caractéristiques et Son message sont cohérents avec le passé, tout en donnant vie à la Magick d’aujourd’hui. Apprenons à connaître la déesse Nut des Egyptiens puis explorons son identité dans Thelema. Nous verrons ensuite ce qu’Elle a à nous transmettre.

La Déesse Ancienne

Son nom est-il Nut, ou Nuit ? Les deux sont corrects, d’anciens travaux d’égyptologie l’orthographiant de différentes façons. Les spécialistes modernes retranscrivent Son nom depuis les hiéroglyphes comme « Nwt ». La prononciation historique était probablement « Nout ». Les Egyptiens La connaissaient comme le cosmos organisé qui entoure le plan de la Terre physique, avec les étoiles et les planètes, incluant le domaine de l’après-vie.

Son premier consort est Geb, le Dieu-Terre, et ensemble Ils sont les parents des grands Dieux Osiris, Isis, Seth et Nephtys. Les prières qui Lui sont consacrées sont inscrites dans les pyramides, et Son image est présente dans de nombreux temples ; mais aucun de ceux qui ont été découverts jusqu’à présent ne Lui est exclusivement dédié.

Lorsque Nut est représentée comme le Ciel s’arquant au-dessus de la Terre, Elle est nue. Parfois, les étoiles sont représentées comme étant à l’intérieur de Son corps, à d’autres moments elles sont sur sa peau, ou peintes à ses côtés. Quoiqu’il en soit, la nudité n’est pas courante pour représenter les divinités en Egypte. Nut a peut-être été représentée ainsi parce qu’Elle est considérée comme une femme donnant constamment la vie (par le passage du Soleil dans Son corps pendant la nuit). Lorsqu’Elle est représentée de manière plus conventionnelle – comme sur des murs de tombeaux – elle est vêtue. Sa coiffe n’est pas, comme on aurait pu l’imaginer spontanément, une étoile, mais un récipient d’eau. Ce hiéroglyphe utérin retranscrit le son nu, à la fois Son nom et Sa fonction, l’eau étant associée à la vie. Dans les temps pré-dynastiques, Elle absorba les identités de Déesses-Mères tribales liées à la vie éternelle, à l’eau et à l’abondance. Ces qualités Lui sont restées liées. Les eaux premières de la Création produisirent la vie, ce que reproduit à son échelle l’eau du Nil. Le corps de Nut forme le Nil céleste sur lequel vogue la barque du Soleil pendant le jour, et à l’intérieur duquel ce même Soleil passe pendant la nuit. L’éternelle mère de la lumière donne naissance au Soleil à chaque aube, et nous entoure nuit et jour en tant qu’espace parsemé d’étoiles.

« Chaque homme et chaque femme est une étoile. » Les Egyptiens auraient approuvé, en tout cas en ce qui concerne les précieuses âmes des disparus. Le fait de devenir une étoile dans le ciel après sa mort était une de leurs premières croyances de vie après la mort. Le Livre des Morts dit « Je passe pur au travers de la Voie Lactée. » [chapitre 176].

La voûte étoilé au-dessus de nous est le domaine des âmes éternelles et de la Déesse Céleste qui les reçoient. Pendant des milliers d’années d’histoire égyptienne, Nut est étroitement liée avec la réception, la régénération et la protection des morts. Pour cette raison, elle est représentée sur des pièces funéraires. Dans un texte mortuaire de 1350 avant notre ère, Elle dit : « j’entoure la beauté de toute mon âme, pour que toute vie, stabilité, domination et santé soient accordées au roi, puisse-t-il vivre éternellement ! » [Textes des Pyramides 11]

Le but de la partie des sorts consacrés à Nut dans les Textes des Pyramides et les Textes des Sarcophages est de donner le pouvoir aux morts de sang royal de s’élever dans le ciel et de devenir des étoiles immortelles, traversant l’éternité. « Puissiez-vous avancer avec votre mère Nut ; qu’Elle vous prenne par la main et vous montre la route jusqu’à l’horizon, là où réside Râ. » [Textes des Pyramides 422]. Ces textes peuvent être trouvé sur les murs des pyramides, des pièces mortuaires et inscrites sur des sarcophages. Une fois dans les cieux, le décédé est « entouré par Orion, par Sirius et par l’Etoile du Matin », qui le placent dans les bras de Nut et le préservent de toute punition ou annihilation. Nut est une amie, une protectrice des morts, qui font appel à Elle comme un enfant appelle sa mère : « Ô ma Mère Nut, étend Ton corps au-dessus de moi, afin que je prenne ma place parmi les étoiles impérissables qui sont en Toi, et qu’ainsi je ne meurs pas. » [sarcophage de Henut-Wadjebu].

Vers 2000 avant notre ère, les gens du peuple ont fait leurs ces textes et concepts, jusqu’ici réservés aux dynasties royales. Les étoiles du corps étoilé de Nut n’étaient alors plus seulement vues comme les morts d’origine aristocratique, mais comme tous les esprits de valeur. Certaines tombes incluent des pièces entières recouvertes d’étoiles, un microcosme du ciel nocturne. Dans d’autres, des chambres sont décorées avec d’immenses représentations du corps arqué de Nut. Elle est peinte et gravée sur des bijoux, des meubles funéraires et des murs, des plafonds et des autels de temples. La Déesse-Ciel est une gardienne, qui accueille les mort et offre la vie éternelle, et est pour cela représentée par toutes les couches de la population dans leurs sépultures.

Son image recouvre les sarcophages. Sa figure munie d’ailes protectrices est tissée dans des couvertures mortuaires. A travers cette symbolique, les morts étaient confiés à la Déesse, afin de reposer pour l’éternité dans Ses bras. « Je suis Nut, et je suis venue afin de vous entourer et de vous protéger de toute mauvaise chose. » [Textes des Sarcophages 792]. Au temps du Nouveau Royaume [1567 avant notre ère], des textes funéraires à caractère magique étaient vendus sur des rouleaux de papyrus. Nut est incluse dans ces sorts et y est considérée comme la mère des cieux et la protectrice des morts vertueux. Elle est montrée au moment du Jugement, rafraîchissant les morts avec de l’eau et de la nourriture. Leurs existences pouvaient alors continuer telles la lumière des étoiles, comme des dieux en compagnie des cieux, appréciant l’amour et la beauté pour l’éternité, aux côté de leurs aimés.

La Nuit Moderne

Il s’est passé des millénaires entre Nut de l’Egypte Ancienne et les adeptes modernes de Thelema ; mais Nut ne nous a pas oubliés – nous, Ses Enfants-Etoiles. Dans ce qui fut peut-être la plus grande initiation de la vie d’Aleister Crowley, Elle inaugure un nouvel éon et s’identifie clairement comme « Nuit ». Nuit est-Elle la même que Nut ? Je crois qu’Elle l’est. Au sein de la théologie ésotérique il existe des Dieux qui évoluent, qui changent et se développent avec le temps, en co-création avec l’humanité et la culture. Il en est ainsi avec la Déesse-Etoile dont la personnalité continue à se dévoiler, d’une manière cohérente avec l’identité de l’ancienne Dame du Ciel.

Nuit est une des trois déités fondamentales de la théologie thélémique. Elle se révèle à nous à travers le texte canalisé du Livre de la Loi.  Le premier chapitre est sa manifestation, message qui n’a cessé d’inspirer et de fasciner les nouvelles générations. Crowley est chargé de « suivre l’amour de Nu dans le ciel parsemé d’étoiles… De dire son doux mot. » Et il l’a dit !

Pourquoi Crowley ne l’appelait-il pas Nut ? Le Livre de la Loi a été retranscrit tel que Crowley l’a entendu, et la prononciation du nom de la Déesse date d’alors. Le texte fait aussi référence à « Nu », ce qui a du sens puisqu’il rappelle son emblème – le récipient d’eau. En plus des noms Nuit et Nu, dans son commentaire au Liber Al, Crowley l’orthographie également Nuith.

Crowley était déjà familier de la Déesse pendant ses études. Elle est brièvement mentionnée dans son poème « une litanie », datant de 1901. Avant cela, il la connut aussi probablement grâce à quelques brèves apparitions (en tant que Nu) dans les rituels de la Golden Dawn. Mais à partir de 1904, le prêtre et prophète élu par la Déesse nous dit : « Nuit est une conception qui dépasse toutes celles que les hommes ont pu avoir du Divin. Ainsi, elle n’est pas la simple Déesse-Étoile, mais quelque chose de bien plus élevé, délicatement voilé dans Son indicible gloire. »

Une nouvelle philosophie est alors dévoilée ; Le consort de la Déesse est le Dieu Hadit, dont le nom provient de la stèle de la révélation, et fut également entendu pendant la transmission du Livre de la Loi. Cette association ne se base pas sur l’archéologie, mais est une affirmation d’ordre métaphysique. Hadit est le point central de l’extension infinie de Nuit, et représente l’individu en relation avec Elle, le point de vue conscient de lui-même qui fait l’expérience de la vie et de la Déesse. Dans son Nouveau Commentaire [I:31] Crowley dit « le développement de l’Adepte se fait par expansion – vers Nuit – de manière égale dans toutes les directions. »

Nous pouvons représenter Nuit comme l’univers constamment en extension, contenant des dimensions infinies. A l’intérieur de ces dimensions incommensurables, les étoiles, les formes de vie et les actions – sont toutes les possibilités. Elle est infinie, inconcevable. Toute manifestation ou image d’Elle n’est pas Elle, mais seulement une petite vision. Lorsque nous levons les yeux au ciel la nuit venue, nous ne sommes capables d’appréhender qu’une infime portion du ciel nocturne, qui lui-même n’est qu’un fragment de l’univers entier. Nous échouons dès lors que nous essayons de la décrire. Même en L’approchant comme l’Une, la plus élevées de toutes les déités manifestées, nous ne sommes pas capables de la comprendre : « … que les hommes ne parlent pas de Toi comme une, mais comme Aucune » ; cet Aucun, Néant ou Zéro (0) englobe tous nos concepts de Divin. Il est le Tao, la Source, l’Ain Soph. Il est la Perfection au-delà de la dualité masculin-féminin, même au-delà du Un : « Le Parfait et le Parfait sont une seule Perfection et non pas deux ; bien plus, ils ne sont rien ! » Il y a un paradoxe ici. Elle est l’Aucun – L’Infini Vide qui est au-delà de la polarité. En même temps, Elle est une Déesse spécifique avec une image, un nom, une histoire, des promesses et même des préférences : « …vous êtes mes élus. »

De la même manière que  les étoiles nous sont visibles, mais avec une perception limitée, ainsi nous pouvons accéder à Nuit. Nous La rencontrons dans la Messe Gnostique, où la Voix provenant de l’autel se déclare « l’éclat nu du voluptueux ciel nocturne ». La prêtresse est devenue la figure arquée sur la Stèle de la Révélation, Nut la Déesse Céleste – qui dit : « pour moi ! pour moi ! ». Nous sommes appelés à nous unir à Elle, à vivre une vie dans laquelle nous avons conscience d’être inséparable de l’univers et du sacré. L’unité avec le Divin ne désigne plus l’Un, comme dans l’ancien éon. A présent, il signifie le Néant, l’Infini : « Le Néant est la clé secrète de cette Loi. » Nul ne nous dit plus de rejeter notre humanité. Les instructions de Nuit sont d’en jouir : « …revêtez de belles parures, mangez des mets succulents, buvez des liqueurs et des vins pétillants ! ». Nous nous devons d’être des étoiles à présent, pas des saints dans la perspective d’une quelconque après-vie. « Que l’extase et la joie de la terre soient toujours tiennes. » Elle nous pousse à chercher la joie dans le miracle de l’incarnation et à travers cette perfection (« Ceci régénérera le monde… ») à maîtriser l’univers physique. « Souvenez-vous que l’existence est pure joie. ».  Réunion et joie ; voilà, réellement, en quoi consiste le Grand Oeuvre.

Pourquoi invoquer Nuit ? Même en dehors de la magie et du mystère de la Messe Gnostique (Son rituel public de base), nous avons bien des raisons de nous tourner vers Elle en pleine conscience. Nous l’invoquons pour nous connecter à un être sans limites, pour compenser nos propres limites supposées, et pour briser les liens qui confinent nos idées, nos pensées, nos comportements. « Le mot du péché est  restriction. » Nous l’invoquons pour rejeter toute forme de séparation et vivre pleinement les perspectives qu’Elle offre, et à travers cela nous aligner avec nos propres aspirations les plus hautes, et notre vraie volonté. Elle est la source infinie des étoiles, de l’espace et de toute manifestation. Elle est « l’Espace Infini », avec tout le spectre de possibilités que le terme peut nous laisser imaginer. C’est notre droit reçu à la naissance ; plus rien à voir avec les restrictions des Dieux qui voudraient faire de nous des esclaves. « Oui ! Festoyez ! Réjouissez-vous ! Ne craignez pas l’au-delà. »

Notre belle Déesse des Étoiles embrasse chaque femme et chaque homme, puisqu’en réalité, nous sommes tous déjà partie intégrante de Son être. Elle nous procure toute chose qui nous apportera du plaisir et du confort dans ce monde souvent hostile. Que nous cherchions le repos dans sa matrice entre les vies, l’extase de Sa caresse, un baiser réconfortant, ou des possibilités illimitées – Elle nous les offre. « Oui » est le mot qu’Elle nous dit à chaque fois. Elle accueille chaleureusement tous ceux qui se tournent vers Son amour infini et cherchent la consolation auprès d’Elle. « Les joies de mon amour te feront oublier toutes les souffrances. »

G.K. Chesterton a dit, « parmi toutes les choses étranges que les hommes ont oublié, le plus universel et catastrophique trou de mémoire dont ils ont été frappés est d’avoir oublié qu’ils vivent sur une étoile. » Nous négligeons notre connexion à la Source Infinie, prenant ainsi un grand risque ; je parlerai même de désastre,  disastrato en latin. Dis signifie « éloigné ou séparé » et astrato signifie « les étoiles ». Pour que l’univers puisse exister, la division à partir du Tout a été nécessaire ; « car je suis divisée pour l’amour de l’amour. » La conséquence de la séparation est souvent la souffrance, mais celle de la réunion crée « des joies inimaginables sur terre : la certitude, non pas la foi, durant la vie, sur la mort ; paix indicible, repos, extase… ». Nuit désire notre participation consciente comme dévotion, mais ne demande aucun sacrifice. Il n’y a pas un seul chemin qui ne conduise vers la joie qu’Elle offre. Aucune orthodoxie ne nous conduit vers Son extase. Elle tend les lois paradoxales de l’Amour et de la Volonté, et souhaite que nous comprenions que nous n’avons jamais réellement été séparés ; « Je suis au-dessus de vous et en vous. Mon extase est la vôtre. Ma joie est de voir votre joie. »

 La loi de la lumière, de la vie, de l’amour et de la liberté a été proclamée. Elle qui est sans fin et éternelle prend forme en chacun de nous. Nuit a donné la lumière qui illumine l’âme avec extase, la vie pour expérimenter Ses possibilités infinies « d’Amour sous la Volonté », l’Amour pour nous unir avec Elle, et la liberté de choisir notre propre chemin.

Soyez une étoile impérissable qui vit éternellement.

Voici la grâce offerte par Notre Dame des Étoiles. »

Le Livre de la Loi d’Aleister Crowley, traduction Philippe Pissier

Ankh Af Na Khonsu – Babalon, les Femmes Ecarlates et la Déesse Blanche

Article d’origine par Ankh Af Na Khonsu
Traduction et adaptation personnelles.

– A chacune de mes rencontres avec toi, la prêtresse dira – et ses yeux brûleront de désir pendant qu’elle se tiendra nue et réjouie dans mon temple secret – Pour moi ! Pour moi ! Faisant naître la flamme dans tous les cœurs par son chant d’amour. – Le Livre de la Loi, Chapitre 1

Tout au long de ces années passées à étudier et et méditer sur le Livre de la Loi, ce passage du premier chapitre m’a toujours fait penser à la pratique néo-païenne de la sorcellerie. Bien que je ne l’ai pas publié  avant 2009, les recherches de base concernant mon essai « les racines rosicruciennes du culte sorcier » avait débuté depuis plusieurs années alors, et j’avais déjà passé près d’une décennie à étudier les connexions entre Thelema et la Wicca.

Au-delà de la connexion évidente entre Aleister Crowley et Gerald Gardner, je cherchais quelque chose de plus profond, un symbolisme commun reliant ces deux voies spirituelles du nouvel âge, qui avaient des origines communes mais s’étaient développées de manières presque diamétralement opposées. Alors que la néo-sorcellerie porte l’appui sur la relation à la terre, encourage les rassemblements de groupes pour célébrer les cycles de la vie, et est essentiellement un culte de forme féminine, Thelema ne réalise aucun travail avec la terre, s’orientant vers les étoiles, n’encourageant pas particulièrement les activités de groupes de quelque sorte, et est centré sur l’individu, quelque soit son genre. Et pourtant, l’extrait ci-dessus indique fortement qu’Aiwass a prophétisé la naissance d’une nouvelle religion, dirigée par des prêtresses, basée sur l’amour de la Déesse, et indique que cela sera la forme de culte externe de l’éon d’Horus, tandis que la pratique interne sera la voie de la magick thélémite, la formule délivrée dans le chapitre deux.

1. Voici le secret du Saint Graal, à savoir le vase sacré de notre Dame la Prostituée, Babalon la Mère des Abominations, la fiancée de Chaos chevauchant notre Seigneur la Bête.

2. Tu transvaseras ton sang qui est ta vie dans la coupe en or de sa fornication.

3. Tu mêleras ta vie à la vie universelle. Tu n’en conserveras pas une seule goutte.– Liber Cheth, Aleister Crowley

Le principe féminin dans Thelema commence par la  Déesse archétypale Nu, bien qu’Elle n’ait pas de forme démontrable ou même une existence positive réelle, puisqu’Elle représente le principe négatif qui préexistait avant la première émanation positive qui En est issue. Elle est l’Ain Soph Aur de la Sainte Kabbale, la Lumière qui infuse le vide infini, et qui pourtant n’illumine pas avant qu’elle ait traversé l’Abysse. Même en dehors de cela, Elle existe seulement en tant que forme quasi-matérielle de Reine des Cieux, alors désignée comme la Déesse Nuit ; mais même sous cette forme, Elle reste le vide et représente l’espace entre les étoiles, qui sont décrites comme recouvrant Son corps tel qu’il est manifesté. En tant que telle, Nuit n’est pas vraiment une Déesse, mais la Mère du Dieu Enfant Horus, et en cela, une forme d’Horus tel qu’il était avant d’exister.

La première véritable division en genres des forces spirituelles de Thelema a lieu en-dessous de l’Abysse, sur le dix-neuvième sentier du Sepher Yetzirah, également appelé le sentier de Teth. Ici, le principe féminin prend la forme de Babalon, un arcane secret de la magick qui a été exploré pour la première fois par Crowley dans « la Vision et la Voix ». Crowley développa le symbolisme de Babalon afin de l’intégrer dans son propre style de magick, spécialement la magick sexuelle qu’il pratiquait au sein de l’OTO, mais avant de faire cela il avait déjà réussi à faire le lien entre Babalon et la Femme Écarlate du Livre de la Loi.  La Femme Ecarlate représente la forme la plus matérielle du principe féminin dans le Livre de la Loi ; c’est elle qui  est la Prêtresse citée dans le passage du premier chapitre, et cette progression de l’archétype vers la féminité manifeste est l’essence spirituelle de ce qu’elle vénère dans son temple par l’usage de son chant d’amour.

49. Tes larmes, ta sueur, ton sang, ta semence, ton amour, ta foi tu fourniras. Ah, Je te viderai dans la coupe qui est pour Moi, Babalon.. – Jack Parson, Liber 49

Lors d’une récente conversation avec d’autres Thélémites, l’un d’entre eux posa tout haut la question de savoir si les travaux datant de 1946 de Jack Parsons et L. Ron Hubbard, liés à Babalon, avaient pu affecter de quelque manière la naissance du mouvement wiccan en Grande-Bretagne, qui eut lieu presque en même temps. Parsons était un acolyte de Crowley, qu’on dit avoir été un des conseillers de Gerald Gardner en matière de magick et d’organisation, alors qu’il établissait son premier groupe sorcier. Le fait que Parsons était intéressé par la sorcellerie, contrairement à la plupart de ses contemporains occultistes, pouvait bien être le lien que je cherchais.

Tout cela eu pour effet de rappeler à ma mémoire que j’avais réalisé une cérémonie similaire à celle performée par Parsons, et je consultais mon journal magick de l’année 1997 ; j’avais bel et bien travaillé avec Babalon, mais à l’époque je n’avais pas compris la vraie signification de ce que j’avais trouvé.

… Elle me montre une vision de la progression des phases lunaires à travers les 28 jours de son cycle, et au moment où la lune devient pleine, Babalon commence à vieillir, jusqu’à devenir une vieille femme ridée qui avance vers moi, me menaçant d’abord, mais tandis que je reste à ma place, suivant toujours la progression rapide de la lune, elle est à nouveau une jeune femme emplie de pouvoir, et arrête son assaut. – Journal magick de  Ankhafnakhonsu, 2 Septembre 1997, 12:30.

J’avais utilisé le symbole de Babalon, à savoir l’étoile à sept pointes, portant le nom  באבאלענ, comme un portail vers son plan astral, et le passage cité ci-dessus était seulement un court passage de ma communication avec elle. La vision amena certains pronostics à propos de ma progression sur la voie magick, qui s’avérèrent plus tard fructueux ; et c’est tout d’abord pour ces résultats que je me rappelais cette opération particulière, jusqu’à la conversation mentionnée plus haut.

Le principe féminin qui est vénéré dans Thelema comme par les sorcières est le cycle de vie féminin, d’Artémis la Vierge, à travers les Déesses Mères fertiles, et finalement les vieilles femmes qui marquent l’approche de la lune noire et le potentiel de renaissance.Ce cycle est également reproduit dans les quatre formes féminines qui sont représentées dans la hiérarchie spirituelle féminine de Thelema, puisque Nu est purement féminine et précède l’apparition du principe masculin qu’est Hadit, qui est la première émanation de l’Ain Soph Aur. Nuit est la forme de la Déesse Mère qui donne naissance au Dieu Enfant Horus ; et puis il y a ensuite la forme mortelle de la Femme Ecarlate, qui est le véhicule pour l’énergie spirituelle de Babalon, assurant la disparition inéluctable de la force spirituelle féminine sous sa forme matérielle, tandis que sa forme archétypale reste un réservoir infini de vie nouvelle encore incréée.

La sorcellerie moderne commence tout juste à se développer en tant que pratique spirituelle ; ce qui est particulièrement vrai parmi les pratiquants éclectiques, qui forgent encore leur discipline de travail ainsi qu’un panthéon consistant d’archétypes spirituels. Sous bien des aspects, la sorcellerie suit les mêmes processus de développement que la magick hermétique moderne depuis la deuxième moitié du 19ème siècle. De nombreuses sorcières modernes obtiennent des résultats proches des magiciens hermétiques, ceux-là même qui ont développé Thelema et les pratiques magick tel qu’on peut les appréhender actuellement. Approcher la connexion entre Thelema et la sorcellerie pourra certainement en aider certains à mieux définir la plus moderne et la plus populaire des religions du nouvel âge.

Tradition Feri – La Prière à la Bougie

Traduction et adaptation personnelles

Nut, Reine d’Épées, Haindl Tarot

Le rite de la Bougie est un rite traditionnel d’ouverture issu de la tradition Feri, au cours duquel nous invoquons la présence de la Déesse Étoile – l’origine primale de toute création – en nous associant symboliquement à la création de l’univers. Il marque l’ouverture de tout rituel Feri, et est la première étape (voire parfois la seule) dans la création de l’espace sacré. Dans le courant Feri, chaque rituel commence avec l’allumage de la bougie de la Déesse Étoile, et termine avec son extinction.

Prenez votre temps avec cet exercice. Il peut sembler excessivement simple à première vue, mais il est une étape importante vers le développement de votre pouvoir personnel. Quand vous vous sentirez à l’aise avec lui, vous pourrez l’étendre en ajoutant d’autres éléments rituels, mais au début, soyez sûr de bien prendre le temps de vous concentrer sur le changement d’énergie lorsque vous allumez, puis éteignez, la bougie.

La prière

Commencez par vous relaxer et vous ancrer.

En sentant la présence du pouvoir à l’intérieur de vous,  allumez votre bougie d’autel (traditionnellement noire) et imaginez qu’une partie de votre pouvoir est projeté dans la flamme, où il irradiera pour mieux vous revenir chargé du pouvoir de la Divinité. Regardez doucement la flamme, et imaginez que cette flamme est identique au feu de la présence Divine qui brûle en vous. Prenez votre temps. Lorsque vous sentez que vous êtes parvenu à cette sensation, croisez vos bras sur votre poitrine (le gauche sur le droit) et dites :

Sainte Mère

En toi nous vivons, nous nous mouvons, nous sommes.

De toi émergent toutes choses

Et vers toi retournent toutes choses

 

Penchez-vous vers la bougie en signe de révérence, en ayant conscience que cette flamme ne fait pas que représenter la première lumière ayant divisé l’obscurité ; elle est cette lumière.

Continuez à respirer doucement, en sentant cette présence pendant quelques instants. Vous pouvez ensuite réaliser tout autre rituel ou activité de méditation, ou vous pouvez passer à l’étape suivante.

Lorsque vous vous sentez prêt, remerciez silencieusement la Déesse Étoile pour Sa présence. Imaginez que vous rappelez à vous le pouvoir que vous avez donné à la bougie au moment de son allumage… Sentez-le entrer en vous lorsque vous inspirez, et sentez que vous l’absorbez complètement, vous rendant fort et entier. Soufflez la bougie et respirez en silence le temps d’au moins trois respirations.