Down by the riverside

J’ai toujours vécu à proximité d’une rivière.

 Enfant, celle qui passait derrière mon village marquait pour moi la frontière entre la civilisation et le monde sauvage. Dès que le temps le permettait, j’y errais pieds nus à ramasser des cailloux et à attraper des têtards ; sur ses berges, j’ai appris à reconnaître quelques arbres et plantes qui sont toujours parmi mes favoris. Croyez-moi, c’était le plus bel endroit sur terre.

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la Wicca, à la sorcellerie et aux néo-paganismes (dans un joyeux gloubi-boulga, oui oui ^^), comme c’est le cas pour beaucoup d’entre nous je pense, la méditation a été la première pratique vers laquelle je me suis tournée. Le hasard a fait que je déménage dans un faubourg de ma ville que je connaissais à peine, et à moins de 500 mètres de chez moi, alors que je vivais à côté d’un supermarché et au milieu d’immeubles plus gris les uns que les autres, coulait une autre rivière, miraculeusement coupée du tumulte urbain, au milieu de roseaux, d’aulnes et de saules (avec aussi quelques boulets qui venaient promener leur chien ou boire des bières, mais chhttttt, c’est déjà oublié) . Elles est devenue – ainsi que tout son environnement – une formidable alliée pour méditer pendant plusieurs années. Le bruit de l’eau, sa fraîcheur, ses reflets, sont autant d’éléments qui nettoient l’esprit et permettent de l’apaiser, le préparent et l’accompagnent dans un travail spirituel … Je ne vous apprends rien 🙂

J’ai encore déménagé il y a un an [article publié le 22 février 2015], dans un village ; et là encore, la rivière est à deux pas. On se connaît déjà, c’est la même que la précédente, juste plus rurale (ya moins de boulets et encore plus de vert, hourra !). Ma pratique à ses côtés s’est encore développée au fil du temps, j’avais envie de partager ici à ce sujet. Je l’aime d’amour, je vous jure.

Tisser des liens

Rien de fou pour cela, soyez simplement sincère et patient. Pensez aux offrandes bien sûr ; mais surtout, passez du temps auprès d’elle. Apprenez à la connaître. Parlez-lui. Écoutez-la. Soyez attentif aux arbres et aux plantes qui la bordent, aux oiseaux et animaux qui les fréquentent. Chantez. Peut-être vous soufflera-t-elle son nom … Pensez à lui glisser le vôtre 🙂

Nema, dans son ouvrage « Maat Magick » dont j’ai déjà traduit un extrait ici, propose un petit rituel qui s’adresse au Gange, et qui m’a inspiré quand j’ai commencé à travailler plus consciemment avec la rivière proche de chez moi :

« Oraison au Gange. J’utilise celle-ci dans toutes les circonstances où je suis au contact de l’eau, lorsque je bois, lorsque je me lave les mains, lorsque je lave ma vaisselle, mes vêtements, le sol… Quand je traverse un pont au-dessus d’une rivière ou d’un cours d’eau, quand je prends un bain ou une douche, quand je nage, etc.

« Salut à toi, ô Mère Gange, qui coule pour l’éternité autour du monde et retourne toujours à ta source. Purifie-nous alors que je te prie, dans le perpétuel rituel qu’est la vie. Hare hare Ganga. »  » [traduction personnelle]

Je ne me suis personnellement pas adressée au Gange mais directement au cours d’eau qui coulait près de chez moi ; comme bien souvent je ne me suis pas gênée pour adapter la forme ; quoiqu’il en soit, le fond est resté le même, et le travail constant et conscient avec l’élément aquatique, en lien avec « ma » rivière, a vraiment renforcé notre relation.

Pratiquer

 Des choses simples, très simples… Mais j’ai mis du temps à les concevoir/percevoir, alors peut-être ces quelques idées pourront-elles vous inspirer !

* Méditation : Une de mes enseignantes de yoga compare toujours le flot de pensées à des nuages, qu’il faut apprendre à laisser passer dans son ciel intérieur sans les retenir, sans se focaliser dessus… Au bord de l’eau, je demande à la rivière de les emporter dans son cours. Le chant de l’eau facilite grandement le lâcher prise… Même si vous bloquez, le courant finit par être plus fort. Essayez, c’est magique 🙂

* Introspection : l’Esprit de ma rivière me montre un visage changeant ; il est parfois léger, parfois sombre, d’autre fois totalement insaisissable à première vue. J’ai mis du temps à comprendre qu’en réalité, la rivière agit pour moi comme un miroir ; ce que j’en perçois, le visage qu’elle choisit de revêtir, les visions qu’elle m’offre… me renvoient un reflet de moi-même, de mon état intérieur… Et son courant me dépouille de tout artifice superflu, me rendant plus « lisible » à mes propres yeux. Plongez votre regard dans l’eau et voyez ce qu’elle a à vous révéler. Chez vous, vous pourrez également utiliser un miroir que vous aurez lavé avec l’eau de la rivière.

* Purification : Asseyez-vous au bord de l’eau, déposez vos outils, pierres, bijoux dans le courant ; lavez vos mains, vos pieds… Comme vous le sentez, selon votre intention (après une longue marche ou avant un rituel elle ne sera pas forcément la même). Difficile de trouver plus simple comme mode d’emploi, non ? 🙂 Gardez simplement à l’esprit, constamment, le mouvement de l’eau, qui emporte loin (loin, loin…) ce dont vous souhaitez être purifié. Ce type de purification me semble parfaitement indiqué avant un rite dans lequel on fera appel à des entités locales.

* Transformation : Observez l’eau de la rivière ; voyez comme elle s’adapte aux remous, franchit les obstacles, avec fluidité et dans un renouvellement constant. Elle poursuit sa route en dépit de tout, et adapte son flot à son environnement. La simple contemplation de ces phénomènes pourra vous inspirer dans votre propre avancée. Imprégnez-vous du mouvement perpétuel de l’eau ; utilisez-la en onction sur votre corps et demandez-lui de vous insuffler son pouvoir de transformation et d’adaptation, pour vous permettre de poursuivre votre cours ; baignez-y  vos talismans pour les charger de ces énergies mouvantes. Vous pouvez également rapporter une fiole chez vous pour vos travaux, mais attention : non seulement l’eau croupit facilement, mais surtout, enfermée de manière statique dans un bocal, elle perd de son tempérament … A utiliser rapidement donc 🙂

* Bannissement : J’ai expérimenté à deux reprises un petit rite de bannissement qui s’est montré assez efficace (bien qu’aux conséquences un peu weird la seconde fois !) ; préparez une poudre de bannissement (pour ma part, j’ai utilisé un mélange de sel, d’ortie, d’épines de prunellier réduites en petits morceaux, de molène et d’achillée, mais les combinaisons peuvent être variées, fouillez sur le net pour trouver des idées) ; rendez vous au bord de la rivière, expliquez-lui ce dont vous souhaitez vous débarrasser et pourquoi, demandez-lui de vous aider. Pensez à présenter une offrande. Si votre demande est acceptée, procédez comme suit : tournez le dos à l’eau ; en tenant la poudre dans votre main, concentrez-vous sur ce que vous souhaitez bannir, nommez cette chose (travailler sur un sigil vocal et/ou visuel pourra être un bon préalable) et jetez en même temps la poudre dans l’eau, par-dessus votre épaule. Laissez s’éloigner ce qui doit partir. Remerciez la rivière et partez sans vous retourner.

Je suis sûre que pour la réalisation d’un vœu, d’un but à atteindre, la rivière pourra aussi se montrer une alliée précieuse. Je n’ai pas encore eu l’occasion de composer quelque chose dans ce goût-là mais j’éditerai l’article si le moment se présente 😉

* Libation : Daniel Schulke, dans son « Viridarium Umbris », suggère d’utiliser l’eau des rivières (ou de n’importe quel cours d’eau) en guise de libation, offerte au sol, avant toute pratique sorcière. Le fait qu’elle soit une eau mouvante ferait d’elle une libation toute indiquée – et plus le courant sera fort, mieux ce sera. Je ne l’ai pas encore fait, mais puisque je viens tout juste de le lire il y a quelques jours, je partage l’idée 🙂 Elle me semble bien à propos dans un travail avec des esprits locaux.

* Préparation : ajoutez l’eau de votre cours d’eau à une préparation qui sera ajoutée à vos bains, utilisée au cours de vos rituels … C’est ce que font les pratiquants du Lucumí dans l’omiero .

Prières pour Oshun

O ma mère Oshun, reine des rivières et des cours d’eau.
O ma mère Oshun, entends nos prières.
Près de la chute d’eau se trouve une petite grotte,
Près de la chute d’eau se trouve un petit banc doré.
Près de la chute d’eau, ma mère Oshun vient souvent se reposer.

Source, traduction personnelle 

Oshun est essentiellement connue comme l’Orisha de l’amour, de la sensualité et de la fertilité, associé aux rivières et aux cours d’eau. C’est d’ailleurs ce dernier trait qui m’a d’abord conduit vers elle il y a quelques mois, avec l’idée d’explorer de nouvelles pratiques en lien avec l’eau. Au fil du temps, je l’ai découverte bien plus complexe que ce que j’imaginais de prime abord. Pourvoyeuse d’espoir, de joie, d’abondance, mais aussi féroce guerrière, magicienne, consolatrice et conseillère. Sous sa légèreté faite de danses et de chants, de sourires enjôleurs et de caresses, d’eau limpide et chantante, je sens une incroyable profondeur, dans laquelle l’eau nettoie et fertilise autant qu’elle peut noyer. Ses « chemins » (concept assez proche de celui d’avatar) témoignent de sa complexité, puisqu’elle est tour à tour Moro la sensuelle, Aña la magicienne détentrice du tambour, ou encore Awé, celle qui veille sur les défunts aux côtés d’Oya.

Même si je lui ai consacré un autel depuis quelques temps, je ne la sens jamais aussi proche de moi que lorsque je passe quelques instants au bord de l’eau. Ce que j’aime, c’est que tout en étant une « divinité » venue « de loin », je la sens palpable, complètement dans « l’ici et maintenant », dans un contact vraiment similaire à celui que j’ai avec les esprits des lieux ou des plantes ; c’est une relation ancrée dans la chair et qui se vit complètement dans le corps – ou pour être plus précise, dans le »fetch », pour reprendre une terminologie Feri.

A place in the sun, par Sarah Golis

Et donc, nous disions… ? Ah oui, des prières. Maria-Alba Valdès, dans « Magie des Caraïbes et Santeria », en partage une  que voici :

Mère, Maîtresse du Fleuve, du monde où tout fils de saint va se baigner pour recevoir la bénédiction de l’eau douce, pour obtenir bonheur et réussite, femme qui danse avec sa jupe et ses cinq étoles, jolie reine pleine de rires et de joie, mais dont les hommes doivent se méfier, car elle est bien mystérieuse quand elle est en colère, femme dangereuse, messagère d’Olofi. Merci.

Et puis une autre, trouvée sur internet et adaptée depuis l’anglais par mes soins :

Louange à l’Orisha du mystère
Esprit qui me purifie de l’intérieur
Louange à l’Orisha des rivières
Esprit qui me purifie de l’intérieur
Louange à l’Orisha de la séduction
Esprit qui me purifie de l’intérieur
Mère du miroir,
Mère de la danse,
Mère de l’abondance,
Nous chantons ta louange.
Ashé-O.

On peut également appeler Oshun avec la salutation qui lui est consacrée : Ore yeye o ! (qu’on peut traduire approximativement par : salutations, Mère d’abondance !). Oshun aime les danses et les chants, aussi j’aime beaucoup fredonner cette petite formule sur un air improvisé pendant que je procède à mes offrandes.

Seastruck – Adorations pour Ariane

Texte original par Seastruck
Traduction et adaptation personnelles.

Je t’adore, fille de Pasiphaé et Minos,
Je T’adore, Toi la Plus Sacrée, la plus Parfaitement Pure,
Je T’adore, Princesse des Sacrifices,
Toi qui choisit les meilleurs afin de satisfaire la faim de ton frère.
Je T’adore, Reine Démente, Dansante,
Rouge du sang de Tes blessures
Rouge du sang de Tes aimés et des bêtes massacrés
Rouge de vie palpitante,
Au coeur brisé, écartelé, et jamais refermé.
Je T’adore, Toi qui jouis de l’existence,
Aux yeux humides, échevelée, première des Ménades,
Maîtresse des Mystères,
Tendant Ton fil rouge aux initiés.
Je T’adore, Toi dont le corps est le Labyrinthe,
Dont le cœur est de ciel et d’acier,
Dont l’esprit délaissa la raison pour le sens.
Je T’adore, Toi l’avide de vie, de musique, de sexe,
Infatigable vague d’extase,
Main ferme et apaisante, qui mutile et tue, même sans lame.
Je T’adore, jeune fille tourmentée, au désir jadis désespéré de liberté,
Au regard rêveur même face à la Mort.
Je t’adore, Toi la Chaleureuse et la Généreuse,
Tendre secret qui vit dans le cœur de Dionysos,
Aussi sûrement que sa sauvagerie assassine et révolutionnaire réside dans Ta poitrine.
Je T’adore, Ariane,
Fiancée Éternelle du Dieu Qui Vient,
A jamais intacte,
A jamais brisée.
Je T’adore, Reine Sacrée,
Douce rebelle,
Prêtresse dévouée et épouse,
Sous tous Tes noms,
Dans tous Tes Mystères,
Je T’adore.

Salomé, par Jean-Jacques Henner

Hekate Trioditis

 Source
Traduction et adaptation personnelles.

Aujourd’hui, d’après le Calendrier Attique, est le jour de Hekátês Deipnon, du Souper d’Hekate ; de Celle qui est Despoina Trioditis, la Dame des Trois Voies, des carrefours ; et en ce jour, je réfléchis tout particulièrement à son rôle dans la thrêskeía Pythagóreia, une codification de l’hellénisme.

Peut-être Sa qualité essentielle réside dans Sa description comme Trioditis ou Trimorphis, mots qui signifient respectivement « des trois voies » et »à triple forme ». Il est assez peu surprenant, de ce fait, que dans une expression exotérique de l’hellénisme, Hekate (en latin, « Trivia », des Trois Voies) soit perçue comme la Déesse qui veille aux carrefours, et soit honorée en ces lieux. Néanmoins, d’un point de vue ésotérique, la Dame des Carrefours n’est pas réduite au patronage des intersections de chemins de campagne ; elle est la patronne des Carrefours Cosmiques – c’est-à-dire qu’Elle personnifie l’intersection entre les trois domaines de l’existence : le domaine céleste, le domaine sublunaire, et le domaine chthonien. Ainsi, on dit que Hekate gouverne les Cieux (domaine céleste), la Terre (domaine chthonien), et la Mer (domaine sublunaire) ; en ce sens, Hekate peut être perçue comme un carrefour métaphysique, une autoroute reliant les trois domaines, et de ce fait, une alliée extraordinaire pour tous ceux qui aspirent à l’Union Divine.

Hekate incarne également les paradoxes sur lesquels un tel aspirant doit travailler pour réaliser son union avec le Divin. Dans un hymne orphique, il est dit qu’une de ses faces « favorise le bouvier »,  ce qui est une métaphore désignant l’aspirant qui travaille avec le Taureau du Savoir, qui, tel Zeus emportant Europe au-delà de la Mer Égée, porte l’aspirant vers l’Henosis, l’union avec la Source du Divin ; un autre de Ses visages est dit capable « d’éveiller les passions bestiales » (Hymne à Athéna de Proclus), ce qui doit être vaincu par la hache d’Athéna. Malgré cela, Elle est aussi « la Mère des Dieux… Hekate la protectrice, à la grande force » (Hymne à la Mère des Dieux et à Ianus-Zeus de Proclus). Dans la religion démotique, Hekate préside à l’obscurité et aux pratiques occultes profanes ; Elle est une déesse tutélaire de la sorcellerie et de la goétie. Pourtant, simultanément, Elle est invoquée par ceux qui craignent le mauvais oeil des sorciers, et les représentations d’Hekate sont placées aux entrées des maisons afin d’empêcher toute malédiction d’y entrer.

Ainsi, Hekate trouve sa place dans les trois domaines de l’existence ; Elle siège comme Mère des Dieux, la Grande Mère Apeiria, Psyché, épousant le divin Logos d’Eros-Zeus, permettant aux idées de s’incarner. Mais Elle est aussi la chthonienne, l’Autre du monde sauvage, Artémis la Vierge. En creusant un peu, on la découvre procréatrice, dans l’ici bas, des nombreux chemins issus de l’Un. Voilà pourquoi Hekate est si étroitement liée à la Voie de « l’Ascension » ; dans son aspect le plus « bas », Elle est un Daimon inconstant et  imprévisible, tandis que dans son aspect le plus « élevé », Elle en est l’exact contraire. La Dame des Carrefours incarne les Carrefours – Elle est l’Ascension, et Ses visages sont des barreaux de l’échelle qui mène vers Elle, et sont des modèles, des guides divins, pour celui qui aspire à s’élever vers le Divin.

Le Souper d’Hekate marque la fin de chaque mois lunaire dans le Calendrier Attique ; on l’appelle aussi  Henê-kai-Néa, l’Ancien et le Nouveau ; il est un carrefour temporel. Un tel moment est propice à célébrer Despoina Trioditis ; nous laissons derrière nous ce qui doit être quitté, et nous avançons vers un nouveau territoire. Avec le lever de Séléné et l’aube nouvelle, puissions nous percevoir le reflet de la Déesse des Trois Voies sur la route vers le Divin qu’Elle nous révèle.

Extrait du Devîmâhâtmya – Célébration de la Grande Déesse

Par Toi le monde fut créé ; c’est Toi qui le soutiens, c’est Toi qui le protèges, et c’est Toi qui le manges à la fin, éternellement.
Lors de la création,
Tu prends la forme créatrice ;
Et quand il faut garder le monde,
Ta forme est celle de la vie ; quand vient la fin, on Te voit comme Destruction ; et pourtant Tu t’identifies à l’Univers !
Science, Magie,
Sagesse et Tradition ;
Tu es aussi l’Égarement,
A la fois Déesse et Démone !
Toi, la Nature,
Par qui les Eléments s’ordonnent,
Tu es la Nuit-des-temps, la Grande Nuit,
L’épouvantable Égarement !
Tu es Splendeur, tu es la Souveraine, la Pudeur, et l’Intelligence !
L’Éveil est ta parure, Humilité, Prospérité, Satisfaction, Apaisement, Patience !
Tels sont Tes noms !

Traduit du sanskrit par Jean Varenne, 1975

Vivekananda – Kâli la Mère

Les étoiles sont invisibles,
Des nuages couvrent des nuages,
L’obscurité est vibrante et sonnante.
Dans le vent hurlant, tournoyant
Errent les âmes d’un million de fous,
Juste sortis de la prison,
Tordant les racines des arbres,
Balayant tout sur leur passage.
La mer s’est jointe au frai
Et lance des vagues tourbillonnantes
A l’assaut d’un ciel d’encre.
L’éclair de lumière sanglante
Révèle de toutes parts
Mille fois mille ombres
De la Mort grimée et noire
Semant calamités et douleurs,
Dansant folle de joie,
Viens, Ô Mère, viens !

Car tu as pour nom Terreur,
Ton souffle exhale la mort,
Et chaque pas hésitant
Anéantit un monde définitivement.
Toi, « Temps » universel Destructeur
Viens, Ô Mère, viens !

Celui qui ose aimer la misère
Et étreindre la forme de la Mort,
Danser la danse de la Destruction,
En lui descend la Mère.

Jonathan Sousa – Prière à Aradia

Trouvée sur « Notes from the Apothecary » [Merci Shandi pour la découverte !]
Traduction et adaptation personnelles

stay wild 3

Trois fois je prononce ton nom sacré,
Trois fois j’entonne et trois fois je chante –
Erodiade, Erodiade, Erodiade –
Fille de la Lune et du Soleil,
Souveraine qui règne au côté de la Mère,
Dame des Bois,
Protectrice des exilés et des marginaux,
Messie et Seconde Eve pour les Sorcières de la Terre,
Viens, féroce Erodiade,
Appelée également Herodias et Aradia,
Mûe par mes prières.
Aux faibles, apporte la force.
Aux opprimés, apporte la liberté,
Avec la liberté, la connaissance qui permet d’en jouir,
Et – dans cette connaissance – la sagesse
D’affirmer son pouvoir avec responsabilité.
Aux malheureux et aux solitaires,
Offre la compagnie,
Et le rappel du lien qui les unit
Avec Tout Ce Qui Est, le plus intime amant.
Aux découragés et aux êtres brisés,
Apporte la guérison et la paix.
Erodiade, Fille Adorée,
Âme de la Terre, Meneuse de la horde des Fées,
Fiancée de l’Ange aux sabots de Bouc,
Accepte ce sacrifice de mots –
Forge-les en une guirlande
Digne de couronner ton front.
Salve, Erodiade, figghia di Diana,
Ascolta a mia scongurazione,
Aora e sempre !