Seastruck – Adorations pour Ariane

Texte original par Seastruck
Traduction et adaptation personnelles.

Je t’adore, fille de Pasiphaé et Minos,
Je T’adore, Toi la Plus Sacrée, la plus Parfaitement Pure,
Je T’adore, Princesse des Sacrifices,
Toi qui choisit les meilleurs afin de satisfaire la faim de ton frère.
Je T’adore, Reine Démente, Dansante,
Rouge du sang de Tes blessures
Rouge du sang de Tes aimés et des bêtes massacrés
Rouge de vie palpitante,
Au coeur brisé, écartelé, et jamais refermé.
Je T’adore, Toi qui jouis de l’existence,
Aux yeux humides, échevelée, première des Ménades,
Maîtresse des Mystères,
Tendant Ton fil rouge aux initiés.
Je T’adore, Toi dont le corps est le Labyrinthe,
Dont le cœur est de ciel et d’acier,
Dont l’esprit délaissa la raison pour le sens.
Je T’adore, Toi l’avide de vie, de musique, de sexe,
Infatigable vague d’extase,
Main ferme et apaisante, qui mutile et tue, même sans lame.
Je T’adore, jeune fille tourmentée, au désir jadis désespéré de liberté,
Au regard rêveur même face à la Mort.
Je t’adore, Toi la Chaleureuse et la Généreuse,
Tendre secret qui vit dans le cœur de Dionysos,
Aussi sûrement que sa sauvagerie assassine et révolutionnaire réside dans Ta poitrine.
Je T’adore, Ariane,
Fiancée Éternelle du Dieu Qui Vient,
A jamais intacte,
A jamais brisée.
Je T’adore, Reine Sacrée,
Douce rebelle,
Prêtresse dévouée et épouse,
Sous tous Tes noms,
Dans tous Tes Mystères,
Je T’adore.

Salomé, par Jean-Jacques Henner

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Donna Tartt – Le Maître des Illusions

Extraits des pages 59 à 62 (Editions Pocket, 1994).

[…] La beauté, c’est la terreur. Ce que nous appelons beau nous fait frémir. Et que pouvait-il y avoir de plus terrifiant et de plus beau, pour des âmes comme celles des Grecs ou les nôtres, que de perdre tout contrôle ? Rejeter un instant les chaînes de l’existence, briser l’accident de notre être mortel ? Euripide parle des Ménades : la tête en arrière, la gorge vers les étoiles, « plutôt des biches que des humains ». Être absolument libre ! On est parfaitement capable, bien sûr, d’assouvir ces passions destructrices de façon plus vulgaire et moins efficace. Mais quelle gloire de les déchaîner d’un coup ! De chanter, de crier, de danser pieds nus dans les bois au cœur de la nuit, sans plus avoir conscience de sa mortalité qu’un animal ! Ce sont là des mystères puissants. Le mugissement des taureaux. Les sources de miel qui bouillonnent dans le sol. Si nos âmes sont assez fortes, nous pouvons déchirer le voile et regarder en face cette beauté nue et terrible ; que Dieu nous consume, nous dévore, détache nos os de notre corps. Et nous recrache, nés à nouveau. »

Nous étions tous figés, penchés vers lui. J’avais la bouche ouverte, et je sentais chacune de mes respirations.

« Cela, pour moi, c’est la terrible séduction du rituel dionysiaque. Difficile à imaginer, pour nous. La flamme de l’être pur. »

Octavio Paz – Olin

Tiré du recueil « Liberté sur parole », paru chez Poésie/Gallimard, édition de 1971, p.177.

Hécate, par Genevieve Amelia

[…] vie et mort
pactisent en toi, dame de la nuit,
tour de clarté, reine de l’aube,
vierge lunaire, mère de l’eau-mère,
corps du monde, maison de la mort,
je tombe sans fin depuis ma naissance,
je tombe en moi-même sans toucher mon fond,
recueille-moi dans tes yeux, rassemble la poussière
dispersée et réconcilie mes cendres,
rattache mes os séparés, souffle
sur mon être, enterre-moi dans ta terre,
que ton silence donne la paix à la pensée
contre elle-même dressée […]

Philentheos – Bromios

Transmis à travers sa Ménade.
Traduction et adaptation personnelles.

Je suis Celui qui atteint les contrées lointaines,
Je suis Celui qui agite la Terre,
Je suis Celui qui hurle au plus fort.
Je suis Dionysos Bromios,
Et Mon cri résonne pour éveiller ton cœur.

Je suis le Taureau Blanc de l’Harmonie, le Taureau Blanc des Anthestéries.
Nymphes, satyres et ménades avancent dans Mon sillage.
Mon flanc est fort, et Mon sabot délicat.
Là où Mon pied atterrit, les fleurs s’épanouissent,
Cueillies par Mes dévoués suivants,
Tressées en guirlandes.
Des guirlandes de fleurs pendent de Mes cornes pointues et de Mon large cou.
Je suis le Taureau du Printemps,
De Mes naseaux s’échappe le souffle du Renouveau
Mon mugissement entraîne les âmes des morts
Et pendant de brefs instants,
Les fait danser et saluer bruyamment le retour de la Vie.
Je suis le Taureau Blanc de la Vie
Force et vigueur s’élèvent au bout de Mes cornes.
Je suis le porteur du Nectar Sacré.
Je suis la joie et l’extase de la Ruche.
Je suis la grande fontaine de Vie, et je t’invite à boire de Mon eau.
Je suis tout cela, mais je suis plus encore.

Je suis le Taureau Noir, graine génératrice.
Je suis la plénitude du Phallus, je laboure la terre par Ma danse,
Et la féconde de Ma graine.
Je suis Celui aux Multiples Formes,
Avec Moi, danse frénétiquement, deviens le Taureau Noir.
Je secoue la terre, je remue les montagnes.
Je suis le murmure, le soulèvement, l’excitation,
Le berger sauvage, qui déchire et sépare.
La marque de Mes cornes
annonce la danse de la Mort ;
Et à travers Moi,
La graine nouvelle est générée,
Avant que la Mort ne triomphe.
Je suis la Vie éternelle, la frénésie et la folie.
Je suis l’Amant destructeur qui supprime toute inhibition.
Mes cris proviennent du plus profond de Mon cœur,
Tels une explosion vers la plus totale liberté.
Je suis l’éveil de la vigne, le maître de la sève,
La force de Vie, la Libération ultime.
Je suis l’Existence.
Je suis tout cela, mais je suis plus encore.

Je suis le Taureau Rouge du Sacrifice, le sang nourricier de l’Asphalte.
Ma graine, déposée dans la Terre, se nourrit du Sacrifice.
Je suis la chaleur de la flamme, l’intense fournaise ;
Au sommet de chacune de Mes cornes
brûle la flamme bleutée de Ma Divinité.
Je suis l’envie de sang,
Mes fers foulent la Terre, et le sol devient rouge.
Je suis le pourfendeur d’âmes, le destructeur des cœurs.
Je suis le Taureau Rouge qui offre l’ultime Libération,
La liberté parfaite, car je suis Celui qui prend tout.
Mon cri retentissant terrorise tous ceux qui ne savent pas
Que Mes hurlements sont voués à faire vibrer l’âme.
Je suis le Taureau Rouge au Sang Rougeoyant,
Connais-moi en ton cœur.
A travers la peur, connais l’excitation.
A travers l’excitation, connais la passion.
A travers la passion, connais l’extase.
A travers l’extase, connais l’union.
A travers l’union, connais l’Existence.
A travers l’Existence, connais le Tout.
A travers le Tout – le Néant.
Je suis le Taureau Rouge au Sang Rougeoyant,
Connais-moi.
Je suis tout cela, mais je suis plus encore.

Je suis celui qui atteint les contrées lointaines,
Je suis celui qui agite la Terre,
Je suis celui qui hurle au plus fort.
Je suis Dionysos Bromios,
Et mon cri résonne pour éveiller ton cœur.

Isidora Forrest – Bromios

Traduction et adaptation personnelles.

Apparais, apparais, peu importe Ta forme et Ton nom.

Oh Taureau des Montagnes,

Serpent aux Cent Têtes,

Lion à la Flamme Incandescente !

Oh Dieu, Bête, Mystère, viens !

Emplis chairs et âmes de Ton pouvoir mystique.

Oh Dieu qui offre joie et union de l’âme dans la danse !