Lee Morgan – Préparer de l’eau guérisseuse

Extrait de « a deed without a name », de Lee Morgan
Traduction et adaptation personnelles

Cette tradition de préparer de l’eau guérisseuse à l’aide d’un cristal sphérique est attestée au Pays de Galles et en Irlande. Il s’agit d’un exemple de sort de guérison qu’on pourra rapprocher des traditions de faerie-doctoring [ndlt : les faery doctors sont des guérisseurs traditionnels spécialisés dans le traitement de maux supposés d’origine féérique] et de rupture de sorts, avec une approche plus douce que dans des cas d’exorcisme ou de lutte avec les esprits. La sphère en cristal était déposée dans une bassine d’eau et le charme suivant était prononcé :

Ô toi pierre de la Nuit et de la Clarté
Laisse moi te plonger dans l’eau.
Dans l’eau tirée de la source pure, ou tirée de la vague,

Au nom de Notre Dame
Et des Mères de ma lignée,
Au nom du Maître de la Magie
Et des Maîtres-hommes.
Bénédictions sur l’eau claire et pure !
Guérison de tous maux physiques
Pour l’homme comme pour la bête !

L’eau pouvait alors guérir et chasser tout mal. Cependant, si l’on utilisait une sphère appartenant à autrui, ou si l’on devait rentrer chez soi avec l’eau préparée par autrui, certaines règles s’appliquaient. La personne venant chercher le cristal pour procéder à la préparation, ou l’eau déjà prête, ne devait en aucun cas parler, s’asseoir, ou entrer dans la maison du propriétaire de la sphère ou du préparateur. Elle devait également rentrer chez elle en veillant à ne pas être dehors après le coucher du soleil. Ces interdits nous disent beaucoup au sujet de l’opération en elle-même. Comme dans le faerie-doctoring, le soleil est important, ainsi que le respect du silence – on rapporte les remèdes du faerie-doctor chez soi sans prononcer le moindre mot. L’eau préparée à partir de cette formule traditionnelle pouvait aussi être utilisée pour nettoyer un espace de toute influence maligne.

Orion Foxwood – La Flamme Triple et les Colombes du Coeur

Extrait de « The Tree of Enchantment », d’Orion Foxwood
Traduction et adaptation personnelles.

1. Soyez conscient du ciel au-dessus de vous, de la terre sous vos pieds, et du soleil qui brille au centre de votre être, au niveau de votre cœur. Cette prise de conscience vous permet de vous aligner au Bilé mystique, l’Arbre de l’Enchantement [sorte d’Axis Mundi, ou Yggdrasil, ndt].

2. Soyez attentif aux quatre directions autour de vous : celle face à vous, celle derrière vous, celle à votre gauche, celle à votre droite ; Ceci vous place au carrefour de toute magie.

3. Prenez conscience de l’air qui entre et qui sort de vos poumons,  mimant les pouvoirs créateurs et destructeurs du Néant. Votre souffle vous connecte à toute chose au travers des vents de la création et du Verbe.

4. Soyez conscient du fait que vous vous tenez maintenant au centre de la Création.

5. Abaissez votre main gauche vers le sol, et élevez votre main droite vers les cieux. Ne forcez pas, sentez vous à l’aise dans la posture.

6. Visualisez votre main gauche s’enfoncer dans le sol et voyager à travers la terre, les racines des arbres, les roches, les sources souterraines, jusqu’à atteindre le coeur de la Terre. Visualisez vos doigts atteindre un océan de flammes bleues. Prenez en une poignée.

7. Tout en préservant cette vision, visualisez votre main droite s’élever à travers les cieux, au-delà des nuages et des étoiles, jusqu’à atteindre un océan de flammes blanches et chaudes. Votre main en attrape une petite partie.

8. Doucement mais sûrement, élevez votre main gauche au-dessus de votre tête, en faisant circuler la flamme bleue recueillie à travers tout votre corps. Au-dessus de votre tête, elle prend la forme d’un triangle bleu inversé. Fixez-la à cet endroit.

9. Doucement mais sûrement, faites descendre votre main droite, en faisant circuler la flamme blanche dans tout votre corps, jusqu’à ce qu’elle atteigne le sol sous vos pieds, où elle forme un triangle blanc. Fixez-la à cet endroit.

10. Vous vous tenez à présent avec les mains à l’inverse de leurs positions initiales, votre main gauche élevée au niveau du triangle d’Obscurité, votre main droite abaissée au niveau du triangle de Lumière. Vous êtes couronné par la flamme bleue du Monde d’En-Dessous, et porté par la flamme blanche du Monde d’Au-Dessus.

11. Visualisez alors la flamme orangée qui brûle au niveau de votre cœur. Vous êtes entre les trois flammes, entre les Trois Mondes [Monde d’Au-Dessus, Monde d’En-Dessous, Monde du Milieu, ndt].

12. Abaissez votre main gauche, pour faire descendre le triangle bleu inversé au niveau de votre cœur. Simultanément, remontez votre main droite et le triangle blanc, jusqu’au niveau de votre cœur.  Vous formez ainsi une étoile à six branches avec les deux triangles, avec en son centre la flamme orangée de votre cœur.

13. Croisez vos bras sur votre poitrine, et sentez les pouvoirs équilibrants de l’hexagramme se confondre pour ne plus former qu’une boule de lumière bleutée, blanche et orangée. Les bras toujours repliés, sentez comme vous vous alignez parfaitement avec l’Arbre et les Trois Mondes.

14. Ouvrez doucement vos bras, en visualisant et sentant les flammes s’échapper de vous sous forme de colombes. Relâchez-les, et orientez-les vers ce qui dans votre vie, ou dans la vie d’un autre, a besoin d’équilibre et de guérison.

15. Situez-vous à nouveau au cœur des sept directions, comme dans les étapes 1 à 3, et revenez doucement à vous.

L’Achillée Millefeuille

Entre deux traductions [texte initialement posté le 27 juillet 2014], un petit article sur une simple que j’ai appris à mieux connaître depuis le solstice : l’achillée millefeuille. Jusqu’à il y a peu, je la connaissais surtout comme une plante des femmes, régulatrice des cycles et calmante, ainsi que pour ses qualités hémostatiques et stimulantes de la circulation sanguine. Je ne m’étendrai pas sur l’aspect médicinal, d’autres l’ont déjà fait et très bien de surcroît – Books of Dante par exemple (fouillez ce blog, il y a de véritables pépites !).

 J’ai toujours aimé la présence de ses petites fleurs blanches aux abords des champs ou dans les prés, un peu partout ; discrète mais affirmée, à la tige bien ligneuse et aux feuilles denses, rustique tout en arborant une certaine délicatesse d’allure. Son odeur est douce, mais laisse deviner une certaine puissance aromatique, qui se renforce avec le séchage. L’achillée millefeuille est une plante que je sens plutôt féminine (alors que Paul Beyerl, de son côté, évoque son association au Dieu Cornu), avec un aspect vénusien marqué, mais aussi une énergie solaire certaine. J’ajouterai qu’elle a aussi un je ne sais quoi d’aérien, comme si elle « ventilait » les énergies … On dit aussi que là où l’achillée pousse en quantité, les énergies du sol sont particulièrement ancrantes et assureront un bon « grounding » à qui s’y posera pour méditer et se recentrer. [ Nous voilà donc avec des correspondances aux quatre éléments, ce qui vous fait une belle jambe je parie. Hum. Eh ouais, les plantes, c’est pas simple – « pire que les gonzesses » me souffle à l’instant un relou cosmique anonyme. Ça montre bien la relativité de tout type de correspondances magiques, utiles pour se lancer mais souvent insuffisantes quand notre quête se précise ; il est indispensable selon moi de travailler en profondeur avec l’esprit de chaque plante pour savoir exactement dans quel domaine elle pourra être notre alliée – et comment lui rendre service à notre tour. Relation intime et échange de bons procédés toussa toussa. Passons.]

Honnêtement je ne m’étais jamais penchée sur l’usage de l’achillée en magie, j’avais un vague à priori la concernant, puisque j’avais déjà noté sa présence dans des formules en tant que plante attirant l’amour. Jusqu’à ce qu’une amie évoque il y a quelques semaines ses pouvoirs purifiants intenses et son usage dans des rites d’exorcisme (merci à Cyrielle si elle passe par là 🙂 ) ; ce qui a titillé ma curiosité, et a suffisamment fait écho à un ressenti que je n’avais pas encore conscientisé pour que j’ai envie d’approfondir la question. Coup de chance (hasard mouhahaha), l’achillée n’a pas tardé à fleurir par chez moi et j’ai donc ramené de mes ballades quelques bouquets de la belle pour apprendre à la connaître d’avantage. Le travail fut assez fructueux mais comme d’habitude, avant de faire le point sur ce qui est ressorti de mes expériences, un petit tour du côté d’un classique de la magie verte.

Scott Cunningham la décrit comme une plante qui chasse les peurs et donne du courage (ce que j’avais déjà mentionné dans mon article sur l’ortie). C’est selon lui une protectrice du couple (garantissant un amour d’une durée minimum de sept ans), qu’on peut également utiliser dans les sorts d’amour (bah voilà ^^) ou dans l’idée d’attirer l’attention de personnes avec lesquelles on souhaite entrer en contact. Consommée en infusion, elle améliorerait les capacités psychiques. Enfin, Cunningham mentionne un usage efficace dans le cadre d’exorcismes réalisés sur une personne, un lieu ou un objet. Nous y voilà.

Tout sorcier en herbe a pu remarquer qu’il y a un nombre important de plantes et résines qu’on cite comme pouvant être utilisées pour se purifier. Et je ne parle même pas des méthodes. La purification étant fondamentale dans toute pratique magique ou spirituelle, c’est une chance, permettant à chacun de trouver les alliés végétaux et les pratiques qui lui conviendront le mieux ; l’achillée ne serait qu’une parmi toutes les autres ? Je ne crois pas. D’après ma petite expérience, chaque esprit a sa propre personnalité et agira à sa façon, en touchant un point précis de l’être. De plus, son action dépendra de la personne avec laquelle la relation se noue. Chaque dialogue est unique… Ce qui suit est donc un témoignage tout personnel, mais qui je l’espère pourra inspirer l’un ou l’autre lecteur.

Au fil de mes méditations et de mes contacts divers avec l’achillée (fumigations, infusions, méditations avec un bouquet, etc), c’était toujours la même image/sensation qui me revenait : je voyais autour de moi comme un voile blanc avec une infime pointe de jaune d’une tonalité froide, un voile très léger, dont je distinguais les fibres, désordonnées, formant des ombres, avec des fils tirés et d’autres comme rétractés sur eux-mêmes – comme si le voile avait été malmené, tiraillé, voire déchiré -, mais qui se remettaient en place doucement pour former une trame régulière, comme une gaze [je me relis et je me demande si c’est vraiment visualisable pour quelqu’un d’autre que moi o__O]. C’était une sensation très apaisante, qui recentrait, et me faisait à chaque fois un peu plus me sentir en accord profond avec moi-même, reliée à mon être profond. Mais je n’arrivais pas à percevoir sur quoi l’achillée agissait précisément.

Et puis la réponse s’est présentée. Figurez-vous que sur l’un des groupes de jardinage que je fréquente sur Fessebouc, j’ai lu qu’ajoutée au compost, l’achillée accélère sa décomposition. Et donc, munie d’un de mes bouquets mis en vase devenu tout raplapla, je suis allée faire une offrande à mon tas de compost au fond du jardin. Ainsi fut fait. Et là, j’ai scotché cinq bonnes minutes sur les restes odorants de mes quinze derniers repas en phase de décomposition avancée, les milliards de mouches qui dansaient une samba diabolique parmi les cerises pourries, et ce bouquet, encore nimbé de ce voile blanc mystérieux, qui m’a glissé quelques mots, quelques images, pour me révéler son secret (ou me mettre le nez dans le caca, question de point de vue) avant de disparaître à jamais au profit de mon crû 2015 de délicieuses tomates (InchallaT comme on dit chez moi).

J’ai « vu » l’achillée réduire, dissoudre, disperser tout ce tas de déchets pour en faire un engrais sain et fertile, comme dans un film en accéléré ; et en même temps, j’ai « vu » qu’elle faisait de même en moi. Qu’elle agissait pour dissoudre toute crasse, tout poids inutile, tout souvenir, traumatisme que je rejetais, voire niais, et qui pourtant étaient bien présents, accrochés à mon corps émotionnel et l’empêchant d’être en paix. Qu’elle avait recousu, de manière progressive et très subtile, des blessures émotionnelles anciennes que je négligeais, trop occupée par des choses « sérieuses ». Qu’elle avait, en résumé, œuvré pour restaurer mon intégrité là où je refusais d’accepter qu’elle avait été mise à mal. De la même manière que l’achillée est une plante cicatrisante pour le corps physique, elle a donc soigné mes blessures au niveau des émotions.

Honnêtement, ça a été une grosse tarte dans ma gueule. Comme si d’un coup, l’énergie de la plante illuminait l’intérieur de mon cœur, de mon corps, de ma psyché. Pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? Peut-être qu’il y avait des choses à restaurer de manière non consciente ;  il fallait sans doute que je sois d’abord capable de « voir ». On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. La filoute.

L’achillée m’a rappelée que je me fais régulièrement cabosser par le flot continu d’émotions, d’énergies qui gravitent autour de moi, qu’elles ont une répercussion négative sur mes perceptions et qu’il est indispensable de dissoudre ces perturbations, qu’elles soient récentes ou déjà installées depuis longtemps en moi, à me grignoter de l’intérieur. Faire appel à son pouvoir en cas de surcharge émotionnel, de troubles de l’humeur, de sentiments confus, lorsqu’on a la sensation de ne plus être intègre, de ne plus s’appartenir, me semble tout indiqué. Brûlée en encens, portée sur soi, bue en infusion, elle donne une sensation de légèreté et de paix idéale pour un travail d’introspection. Elle est porteuse d’une luminosité neutre qui amène à voir les choses telles qu’elles sont, et c’est sans doute aussi pour cela qu’on la voit parfois recommandée pour accompagner des travaux de divination.

Je pense qu’en poussant l’idée un plus loin, elle a la capacité d’éloigner les personnes néfastes, les vampires affectifs, les « boulets », ou tout du moins d’ouvrir les yeux sur des relations qu’il est nécessaire de clarifier, de redéfinir. Elle pourra aussi aider à exprimer ses émotions, à s’en distancier pour les vivre avec davantage de sérénité. Dans une relation à autrui, elle éclaircira les rôles de chacun, rééquilibrera les interactions et les amènera vers davantage de vérité, d’équilibre.

On a parfois peur de s’interroger, de laisser ressortir nos émotions, à cause de l’effet « maison-Dieu » qui peut s’en suivre. Mais rester encombré d’un tas de saloperies n’est pas la solution car celles-ci finiront par nous pourrir de l’intérieur et impacteront nécessairement sur notre existence. Je suis reconnaissante à la plante de m’avoir « piraté » de la sorte. En douceur, elle m’a fait lâcher prise et m’a sortie du déni. En effet, elle donne du courage : en libérant avec tendresse et pugnacité le cœur des perturbations auxquelles il est sujet, elle lui redonne le sentiment de paix qui lui permet d’avancer et de ne pas être atteint par les obstacles sur son chemin.

La tradition fait de l’achillée une plante de l’amour. J’ajouterai que c’est une plante de l’amour vrai, et trouver l’amour véritable, c’est avant tout commencer par s’aimer soi-même. Sous tous ses aspects. Reprenons l’image du compost : ce qui doit pourrir, se dissoudre, fertilise aussi ce qui est en devenir. Intégrer sa part d’ombre. Savoir contempler et accueillir ses faiblesses, ses démons – Dieux, que cet article tombe à point nommé. Et je pense que l’achillée peut se montrer une merveilleuse alliée pour ce faire.

Une dernière chose, pour conclure : il n’y a aucune source antique ou même contemporaine que j’ai pu trouver à ce sujet, mais de manière très naturelle, un de mes bouquets d’achillée a trouvé sa place sur mon autel à Hekate, et plus j’y pense, plus je trouve cette association pertinente, notamment pour certains de ses aspects comme Lucifera ou Phosphoros. A creuser 🙂

Ressources :

Scott Cunningham – Encyclopédie des Plantes Magiques
Paul Beyerl – Master book of Herbalism