Tradition Feri – Le rite du Kala

Une variante du rituel de Kala
Article de Valerie Walker paru en anglais sur son site

Traduction et adaptation personnelles.

Voici ma propre version du rituel du Kala, que j’utilise au quotidien. Elle peut être combinée à tout autre rituel de purification sous la douche.

Sous votre douche, une fois que votre corps et vos cheveux sont nettoyés, et avant de couper l’eau, tournez-vous et faites face à l’eau.

Vos mains sont croisées sur votre poitrine ; ouvrez-les en forme de coeur, en laisant couler le jet d’eau à travers le cœur, tout en soufflant votre intention de purification dans l’eau. Formez ensuite une forme d’œuf avec les paumes de vos mains, placez-les en coupe sous l’eau. Soufflez quatre fois dans l’œuf, et visualisez-le devenir de plus en plus noir et boueux avec chaque expiration. J’utilise alors le chant suivant [Ndt : n’hésitez pas à créer votre propre chant, selon votre inspiration !] :

Hekate, Kâli Ma, Dame des Trois Voies et des Espaces tout autour,
Que mon esprit soit purifié
Que mon mental soit purifié
Que mes émotions soient purifiées
Que mes actions soient purifiées.

Tandis que vous chantez, voyez l’eau dans vos mains être nettoyée et emplie de lumière ; l’eau fraîche qui passe à travers vos mains chasse l’eau boueuse et tout ce qui vous trouble ou vous bloque. Visualisez cette noirceur retourner à la terre ou jusqu’à l’océan. Videz vos poumons complètement, puis inspirez profondément, en les remplissant totalement. Retenez votre souffle. Tout en retenant votre respiration, ouvrez votre bouche et remplissez-la d’eau lumineuse recueillie au cœur de vos mains. Avalez cette eau et enfin, expirer.

Laissez l’eau couler en vous, sur vous, et acceptez sa bénédiction. Massez votre ventre, en prononçant des paroles positives pour vous, encouragez-vous, rassurez-vous, remerciez-vous. Soyez bon avec vous-même. Après votre douche, séchez-vous avec douceur et amour.

En allant uriner aux WC la première fois après le rite, souvenez-vous que cela fait aussi partie intégrante de Kala. Votre corps rejette toutes les impuretés. Tout acte d’excrétion est sacré, ainsi que toute absorption de nourriture, ou toute pratique sexuelle. Votre corps est sacré. »

Le Houx

Depuis quelques jours [article initialement publié le 1er mars 2015], les plantes de Mars font une belle ronde autour de moi. Avec elles, j’apprends beaucoup sur moi-même, mes colères, mes rancœurs et ma confiance parfois vacillante, mais aussi mes forces et mes aspirations ; sur ce qui me donne envie de me battre, à tort ou à raison, et sur ces combats que je dois mener – bien plus souvent contre moi-même (et les images que je construis) que contre qui que ce soit d’autre. Mais j’y reviendrai bientôt dans un article plus complet.

L’été dernier, j’ai fait un travail assez profond en compagnie du houx, dans le cadre de mon étude des oghams. C’est un arbre lié à Saturne, mais aussi à Mars. Ce matin, pendant mon footing, il m’a fait un clin d’œil bienvenu et a répondu à certaines de mes interrogations du moment. Je me suis dit qu’il pouvait être intéressant d’en parler ici, puisqu’il fait la transition entre mon premier article sur les influences planétaires de Saturne sur le règne végétal et le deuxième, en gestation donc, sur les plantes de Mars.

De Saturne, le houx a la persistance, qu’il affiche même dans l’obscurité de la plus profonde forêt et au plus froid de l’hiver ; une certaine patience, et une lenteur, qui rendent son action presque anecdotique de prime abord, mais dont on reconnaît l’action en profondeur au bout de quelques semaines. Il pousse à l’introspection et rend attentif aux schémas répétitifs qui nous confinent dans certains rôles ou dans certaines émotions. Arbre solide, il agit par la base puis sur toute la structure en la renforçant et en l’affirmant jusqu’à la rendre inébranlable.

De Mars, il a la force, le courage, qu’il nous insuffle et nous pousse à mettre en action ; il détient aussi la connaissance des instincts les plus belliqueux, de la colère, du désir de vengeance, de la rancœur et de la jalousie … Mais plutôt que de les attiser, grâce à sa nature double, il est là pour nous apprendre à les juguler et à les transmuter, pas pour faire de nous des Bisounours, mais pour sortir victorieux de notre combat, et de faire de ce dernier quelque chose de légitime, en harmonie avec le Monde. En somme, il fait de nous des guerriers, au sens noble – jamais sans oublier de nous confronter à des questions importantes : quel est le véritable combat que nous sommes amenés à mener ? que sommes-nous prêts à sacrifier pour sortir victorieux ? Et puis d’abord… Ça ressemble à quoi, dans notre cas précis, être victorieux ?

La rencontre des deux influences planétaires en font un excellent protecteur, à court terme comme à long terme ; pour moi, il est à la fois la lance et le bouclier ; il nous aide à rester bien campé sur nos deux pieds, nous emplit de confiance, et veille sur nous ; si besoin, il agira (et nous soufflera d’agir) au bon endroit, au bon moment, pas de manière explosive, mais clairement de manière efficace. C’est un guide sur lequel on peut s’appuyer, empli de sagesse, et qui la transmet avec justesse, jusque dans le maniement des armes. Un maître Jedi quoi.


Un truc dans le genre

Alors que faire avec Houx, pour la protection ?

  • Une cure de fleurs de Bach. Même pour se protéger d’éléments « ennemis » extérieurs à soi, oui oui. Ça peut paraître couillon-fluffy voire totalement superflu lorsqu’on se sent agressé (« nan mais je vais pas tendre l’aut’ joue quand même !!! » Allez, avouez), mais c’est rudement efficace, croyez-moi (et je ne pensais vraiment pas que ça allait tourner comme ça). Lorsqu’on vit mal une situation conflictuelle, agir sur sa propre condition est, je le pense désormais, le premier réflexe à avoir avant de commencer à songer à une quelconque offensive, merci Houx pour cette leçon. Pour ma part, la cure m’a libérée de certaines émotions, générées par des situations au cours desquelles je me sentais violemment agressée ; dès lors, toute tentation de rentrer dans le lard m’est passée, toute souffrance aussi… Et la guerre s’est désamorcée toute seule … Détachement, confiance, ouverture du cœur toussa toussa. Pour encore plus de fluffy (mais avec des belles vérités dedans quand même), je vous conseille de jeter un oeil par .
  • En attendant que les fleurs de Bach fassent leur boulot, on peut récolter des feuilles de houx, les sécher et les brûler en guise de fumigation pour exorcisme et protection… Paraît que les rebouteux alsaciens des temps passés le faisaient déjà 🙂 Les baies pourront être ajoutées pour accentuer le tempérament martien, mais souvenez-vous qu’elles sont toxiques pour l’homme…
  • … On peut aussi s’en faire un petit talisman qui ne fera jamais de mal glissé dans la poche à tout moment …
  • Enfin, une dernière idée piochée dans le « Viridarium Umbris » (oui encore lui !) : faire une décoction de feuilles de houx et, une fois refroidie, s’en oindre les mains, le visage… La préparation pourra également servir en aspersion, pour protéger un endroit de toute intrusion physique ou spirituelle. Pour un effet plus offensif, Daniel Schulke propose une variante qui accentuera les influences de Mars présentes dans la plante : préparer la décoction en gardant les baies en plus des feuilles, dans un récipient en fer, ou à défaut d’un tel récipient, ajouter des clous au moment de la préparation.
  • Une telle décoction pourra vous servir à consacrer et à charger un talisman ; vous pouvez également l’utiliser pour oindre votre athamé avant un rituel de protection ou d’exorcisme.

Tradition Feri – La prière à la Fleur

 La réflexion proposée est celle de Valerie Walker
Traduction et adaptation personnelles

Quelle est cette fleur au-dessus de moi ?
Et quelle est l’œuvre de ce Dieu ?
Je me connais dans toutes mes parties.

Voici la première prière à faire dans une pratique quotidienne. D’après Victor Anderson, elle vient de la Huna, et marque un premier pas dans la définition de ce que nous souhaitons accomplir, et dans quel but. En vous attardant sur sa signification, vous y verrez une paraphrase de l’énigme du Graal à laquelle Perceval a échoué, et qui a retardé sa conquête du Graal pendant si longtemps : « que signifie ces choses ? Et à quoi servent-elles ? ». Ceci est très significatif : chaque pratique quotidienne est un microcosme de la la Quête de Vision, la recherche de notre propre Saint Graal (as above, so below) ; c’est l’attention continue que nous portons à notre travail personnel qui nous conduit sur la voie vers notre Vraie Volonté.

La « fleur au-dessus de moi » est une belle vision de notre propre divinité. Si vous pouvez réellement voir qu’une partie de vous est également une partie de la Déesse, que vous êtes en partie de nature divine, cela vous conduira à vivre une vie emplie de respect envers vous-même – et envers les autres, puisque vous n’êtes pas le seul dieu dans le coin. Par ailleurs, vous rappeler que vous êtes aussi humain et mortel vous permettra de ne pas vous complaire dans l’autosuffisance, ce qui est arrive trop souvent à ceux qui suivent un cheminement spirituel.

« Quelle est l’œuvre de ce Dieu ? » En voilà une question, n’est-ce pas ? Une auto-analyse constante, une attention constante, un soin constant envers votre personne aux niveaux physique, mental et spirituel, vous mène à … Quoi ? Pas seulement à avoir un corps en bonne santé, bien nourri, bien exercé, épanoui sexuellement, ainsi qu’un mental vif et intéressant, empli de talent (bien que tout ceci soit de bonnes choses) ; c’est en réalité un moyen pour la Déesse d’œuvrer sur terre. Cette phrase me remémore les paroles de Victor Anderson : « Dieu est Moi, Je suis Dieu, et Dieu est une personne comme Moi. » L’œuvre de ce Dieu est l’œuvre de cet être humain ; peu importe ce qu’il est, il est toujours un rappel mondain de la nature transcendante de chaque acte ordinaire. Si je nettoie le sol, et le fait pour Hestia, bien plus que le sol sera nettoyé au cours de ce processus. Cora Anderson, alors que quelqu’un l’observait en train de couper des légumes avec un couteau rituel, expliqua : je ne suis pas en train de dé-consacrer le couteau ; je consacre les légumes. »

Sur son site personnel, le coven feri/vicia Mandorla propose de pratiquer cette prière de la façon suivante :

Visualisez votre Moi Divin flottant juste au-dessus de votre tête, comme une belle boule de lumière bleue. Vous pourrez peut-être sentir sa présence par quelques picotements au sommet de votre crâne.

Respirez profondément ; inspirez sur quatre temps, expirez sur quatre temps, afin de rassembler du Mana [Ndt : équivalent au Feu Bleu tel qu’on le nomme également dans la tradition feri ; on peut aussi le comparer au prâna, au qi, etc. C’est la Force Vitale par excellence]; lorsque vous sentirez que vous avez rassemblé une forte charge de Mana, inspirez profondément une dernière fois et dites la prière.

Après avoir dit la prière, basculez votre tête en arrière et soufflez profondément vers le haut. Vous relâchez ainsi le Mana, qui nourrit directement votre Moi Divin.

Après un moment, une partie de l’énergie bénie reviendra de votre Moi Divin, un peu comme une pluie légère et rafraîchissante.

Enfin, dites : « Puissent mes trois âmes être alignées. »

Peter Grey et Alkistis Dimech – Raw Power – Sorcellerie, Babalon et sexualité féminine

Un article de Peter Grey et Alkistis Dimech, paru sur le site de la Loge Horus-Maat
Traduction et adaptation personnelles.

 

Commençons avec une citation de ce texte clé de la Sorcellerie, la bible de l’inquisiteur, le Malleus Maleficarum :

Toute Sorcellerie vient du désir charnel, qui dans la femme est insatiable.   

Les fantasmes des chasseurs de sorcières révèlent bien une vérité, pas seulement à propos du sexe, mais aussi au sujet de la source du pouvoir : la Femme.

Ce qui tient à la fois de la fascination et de la peur.

Toute Sorcellerie vient du désir charnel, qui dans la femme est insatiable. 

Malgré toutes les pinces, les fers et le feu, l’inquisiteur est effrayé par l’appétit charnel de la femme.

Voici le premier principe de la sorcellerie, avant les dagydes, les charmes, les chants, les potions, les bougieset le baratin : le pouvoir brut de la sexualité féminine.

Déshabillée, violentée, pendue, brûlée, la femme reste pourtant miraculeusement inextinguible parmi les flammes.

Toute Sorcellerie vient du désir charnel, qui dans la femme est insatiable.   

Bien que l’inquisition soit toujours au goût du jour, la femme ne peut être brûlée, si elle est elle-même le feu.

Pouvons-nous trouver dans la sorcellerie moderne un chemin nous permettant d’accéder à ce pouvoir incandescent ? Y a-t-il des voix, y a-t-il une Déesse du désir charnel ?

Nous sommes la Sorcellerie. Nous sommes la plus ancienne organisation du monde. Lorsque l’homme naquit, nous fûmes. Nous chantâmes la première chanson sur le berceau. Nous soignâmes la première blessure, nous réconfortâmes la première terreur. Nous fûmes les Gardiens contre les Ténèbres, les Assistants de la Voie de la Main Gauche.  

Nous sommes  du côté de l’homme, de la vie et de l’individu. C’est pourquoi nous sommes contre la religion, la moralité et le gouvernement.

Ainsi, notre nom est Lucifer. 

Nous sommes du côté de la liberté, de l’amour, de la joie, des rires et de l’ivresse divine. 

Ainsi, notre nom est Babalon. 

Parfois nous nous déplaçons ouvertement, parfois en silence et en secret. Nuit et jour sont un pour nous, calme et tempête, saisons et cycles de l’homme, toutes ces choses sont une, car nous sommes à la racine. Suppliants nous nous tenons devant les Puissances de la Vie et de la Mort, et nous sommes entendus de ces Puissances, et servons. Notre voie est une voie secrète, la direction inconnue. Notre voie est la voie du Serpent dans les broussailles, notre connaissance est dans les Yeux du Bouc et des Femmes. [ndt : je dois une grande partie de cette traduction à Spartakus Freeman, allez lire le texte complet de Jack Parsons sur Kaosphorus !]   

Voici un des fragments qui nous restent du travail de Jack Parsons. Écrit en 1950, alors que la sorcellerie païenne moderne n’en était qu’à ses balbutiements ; et pourtant, ses écrits et ses idées demeurent encore largement inconnus. Son nom n’est pas mentionné dans l’histoire de l’Art, ou dans l’index de Ronald Hutton. Notre propre Travail est une poursuite de l’esprit, si ce n’est de la forme de son travail, et un retour aux racines de la sorcellerie. Dans l’exemple instinctif et passionné de Jack Parsons, nous pouvons trouver un moyen de nous reconnecter à l’esprit premier de la femme et de l’homme. Un partenariat d’êtres égaux.

Le travail de Jack peut être résumé à un seul mot, le nom de sa Déesse :

BABALON

Sa Déesse, qui est autant la nôtre, est la prostituée raillée par Jean dans le Livre des Révélations :

 Là, j’ai vu une femme montant une bête écarlate,couverte de noms blasphématoires,qui avait sept têtes et dix cornes. 

Cette femme était vêtue de pourpre et d’écarlate,et chamarrée d’or, de pierreries et de perles ;elle avait à la main un gobelet d’or rempli d’abominations,avec les souillures de sa prostitution. Sur son front un nom était inscrit, mystérieux :« Babylone la grande, mère des prostituées et des abominations de la terre. » 

Et j’ai vu la femme ivre du sang des saints et de celui des témoins de Jésus. En la voyant,j’ai été saisi d’un étonnement extraordinaire.[ndt : extrait du chapitre 17 de l’Apocalypse

Mais ceci n’est pas une image strictement chrétienne ; derrière le souffre et les flammes de l’Enfer, on entraperçoit la spectaculaire Déesse de l’amour et du sexe venue s’emparer du monde. Ni Noire, ni Blanche, Elle est une Déesse Rouge. Nous avons minutieusement exposé les origines païennes des Révélations dans nos écrits. Nos recherches nous ont conduits vers un pèlerinage au cœur même de la grotte où Jean a composé sa lettre empoisonnée à la Déesse. Nous avons davantage étudié la Bible que bien des Chrétiens dévoués. Le fait incontournable qu’a démontré notre quête est que le Christianisme est violemment opposé à la Déesse, à la Sorcellerie et à la poursuite de la connaissance.

L’image du Livre des Révélations vient en particulier de la diabolisation de la déesse de l’amour connue sous le nom d’Inanna, Ishtar, Astarté ; une insulte répétée dans la littérature biblique depuis la captivité à Babylone. Dans la propagande haineuse des prophètes bibliques, l’échec manifeste de leur Dieu dans le sauvetage de Jérusalem et du Temple incombe au culte des divinités païennes.

Dans l’Apocalypse, Jean poursuit la guerre contre les femmes, et en particulier contre leur pouvoir oraculaire. A Ephèse, les prêtresses nouaient des bandeaux autour de leurs fronts, portant le mot grec MYSTÈRE ; elles prononçaient alors des prophéties. La Déesse s’exprimant ainsi était une menace pour ceux qui voyaient la religion comme un fait soigneusement conservé et scellé dans un livre. C’est précisément cette connexion directe qui définit la Sorcellerie.

Dans les cultes païens, c’est le vin qui inspire la divine intoxication, un vin chargé de de haschisch, d’opium, de jusquiame noire et de rue, un vin adouci aux sécrétions sexuelles. Mais pour Jean, ceci représentait un calice empoisonné, et la Prêtresse qui connaissait des états de possession était une putain.

Inutile de préciser que les drogues de vision sont aussi celle de l’extase sexuelle, et une Sorcellerie qui ne vole pas vers le Sabbat avec ces ailes n’est aucunement de la sorcellerie. Une limitation de la liberté sexuelle va de paire avec l’interdiction du vin du Sabbat.

A travers l’iconographie liée à Babalon et les quelques aperçus offerts par l’écriture biblique, il est possible d’expérimenter une histoire interdite, une histoire qui nous inonde de parfum et de nectar, une histoire qui nous lacère avec des épines de rose. La Femme est le deuxième sexe, violé, dégradé, méprisé, diabolisé. Mais son pouvoir érotique brûle toujours, inchangé. Voici Babalon.

Héritière d’Inanna, d’Ishtar, d’Astarté, d’Aphrodite, une nouvelle Déesse est arrivée, une Déesse qui n’est ni chaste ni virginale, une Déesse qui n’est pas déconnectée de son corps, une Déesse qui nous possède avec la furie de l’Amour et l’extase de la sorcellerie vivante. Babalon est la figure centrale derrière la magie angélique de John Dee, Babalon a contaminé Crowley, et Babalon a fait de Jack Parsons une flamme vivante.

Plus qu’une reconstruction du passé, voici une déesse qui prend forme autour de nous et à l’intérieur de nous MAINTENANT. Nous ne prétendons pas que tout un chacun doit travailler avec Babalon et le pouvoir explicite de la sexualité féminine, mais le fait que vous vous trouviez ici démontre qu’une part de vous désire s’y ouvrir.

LA DESCENTE D’INANNA

La suppression et le contrôle de la sexualité féminine n’est pas un phénomène nouveau. Certains documents écrits anciens, des textes de Mésopotamie remontant au 3 millénaire avant J-C comme « Inanna et l’arbre Huluppu » et « la Descente d’Inanna » montre que déjà, le corps de la femme était considéré avec une extrême ambivalence ; le sexe non procréatif, en particulier, était regardé avec soupçon et peur.

C’est à cette époque que nous découvrons pour la première fois les lilitu, les démons femelles qui contrôlaient les « vents violents » (qui apportaient la maladie) et volaient comme des oiseaux. Elles se définissaient par des caractéristiques sexuelles négatives : non mariées, et donc sous aucune domination masculine ; séductrices, cherchant activement des hommes pour les satisfaire ; et tueuses d’enfants. Les lilitu ne se contentent pas d’une sexualité non procréatrice, elles enlèvent et tuent les enfants, émasculent les hommes, provoquent des fausses couches et la mort des mères. Bien qu’en apparence exilées dans la nature sauvage, à l’extérieur du monde civilisé, elles sont capables de pénétrer les habitations humaines et la vie domestique. Nous les voyons se pencher par-dessus les ouvertures des fenêtres et des portes d’entrée – l’iconographie standard de la prostituée – et se glisser dans les maisons sans y être invitées. Elles sont les voleuses et les putains qui s’attaquent aux personnes civilisées et respectueuses de la loi, et qui sont au cœur même de la cité.

Cette même iconographie est utilisée pour la Déesse elle-même : Inanna – Ishtar. Elle se tient à la fenêtre, cherchant un homme à séduire, à aimer et à tuer. Inanna aussi s’affichait de manière provocante, initiant les contacts sexuels ; on l’appelait sahiratu, celle qui parcourt les rues. Dans les hymnes, il est écrit qu’elle va de maison en maison et de rue en rue, une phrase utilisée plus tard pour décrire les démons et répétée dans le Cantique des Cantiques, qui bien qu’il soit attribué à Salomon, est un copier/coller d’hymnes antérieurs à Inanna. Les lilitu ont inspiré le personnage de Lilith, délogée de l’arbre Huluppu pour rejoindre l’imaginaire juif comme archétype de la sexualité féminine insoumise et dangereuse. Dans le mythe juif, Lilith est la première femme d’Adam, qui refuse de prendre la position du missionnaire. C’est là que débute la généalogie de la sorcière, dont l’arbre s’enracine profondément dans l’ADN conflictuel de nos plus anciennes civilisations.

La déconnexion de la conscience chamanique de nos ancêtres s’est faite à travers la construction de cités fortifiées, de pyramides imitant l’émergence d’un ordre hiérarchique et d’une organisation patrilinéaire ; la montagne sacrée et la grotte sont devenues des bâtisses de briques brûlées ; la Prêtresse donnant au Roi le droit de gouverner l’Etat a été usurpée ; les histoires et les mythes de la Mésopotamie étaient déjà anciens lorsqu’ils furent imprimés dans l’argile, et nous pouvons deviner des éléments chamaniques ancestraux. Cela vaut le coup de se plonger dans le mythe de la descente d’Inanna, qu’on peut lire de plusieurs façons : comme une description de l’initiation de la Déesse et de la prêtresse, comme la description d’un culte à mystères, ou comme un drame relatant un rite de passage vers la maturité sexuelle. On peut aussi le lire comme une descente chamanique, une mise à l’épreuve, dans laquelle Inanna est forcée à chacune des portes des Enfers d’abandonner un des sept artefacts représentant son pouvoir terrestre, avant d’être conduite nue et rabaissée vers la salle du trône d’Ereshkigal.

Ereshkigal est la déesse du monde souterrain. Elle est, en un sens, l’esprit chthonien, pré-conscient, l’obscurité sans la moindre lumière ; la faim absolue et l’appétit. La dévoreuse par excellence.

De son domaine terrestre, Inanna entendit sa soeur Ereshkigal, pleurant son époux de manière ostentatoire – bien que le texte semble évoquer clairement des douleurs menstruelles, liées à l’accouchement ou des chaleurs – . Je crois que toutes ces explications sont plausibles et sous-entendues intentionnellement.

Aux sept portes des Enfers, Inanna est forcée de laisser tous ses attributs de pouvoir et de féminité. Elle est mise à nu contre son gré, dépouillée pour la confrontation finale avec sa sœur. Rappelons-nous que les initiations sorcières et chamaniques sont toujours des épreuves. Voici ce que décrit le texte :

Courbée très bas, nue,
dépouillée de ses pouvoirs divins, impuissante, matée,
Inanna est entrée dans la salle de trône.
Ereshkigal s’est levée de son trône.
Inanna s’approcha du trône

Les Annuna, juges du Monde Souterrain l’ont entourée.

Ils prononcèrent le jugement contre elle.

Alors Ereshkigal a jeté sur Inanna le regard de la mort.
Elle a porté contre elle le mot de la colère.
Elle a poussé contre elle le cri de la culpabilité.

Elle l’a frappée.

Inanna a été transformé en cadavre,
Un morceau de viande de décomposition,
Et a été pendue à un crochet au mur.

Inanna est pendue comme une pièce de viande dans une boucherie. Cette image de la Déesse pendue à un crochet évoque les suspensions rituelles, mais en nous penchant de manière approfondie sur cet élément, nous pouvons nous rendre compte que cet acte initiatique est une inversion. Lorsque la viande est accrochée, elle l’est généralement par les jambes, les pieds, afin que le sang puisse s’écouler depuis la gorge. Nous avons là un sacrifice chthonien, et simultanément, une représentation des menstruations. On pourrait aussi penser à une connexion avec la position du bébé au moment de la naissance. Une possible version antérieure aurait pu voir Inanna consommée par sa soeur (en sacrifice) avant de renaître d’elle. Ceci ne doit pas être simplement perçu comme une vision primitive ; des actes similaires réalisés par des « Mères » et d’autres figures féminines sont décrites dans les Tantras. Référez-vous au livre « The Kiss of the Yogini » de Davin Gordon White pour de nombreux parallèles et analyses complémentaires.

Inanna est sauvée des Enfers par l’intercession d’un autre chaman, Enki, qui envoient deux golems (un galatur et un kurgurra), faits de salive et de salissures d’ongles. Ereshkigal est alors réconfortée par eux dans sa douleur ; ils répètent ses cris, à la manière de pleureuses professionnelles. Nous pouvons même les considérer  comme des godemichés, le sexe étant réputé soulager les crampes menstruelles. Lisez « The Wise Wound » de Penelope Shuttle pour plus d’informations à ce sujet. Son travail, ainsi que celui de son époux, le poète Peter Redgrove, auteur de « The Black Goddess and the Sixth Sense », méritent de figurer sur toute « pile à lire » sorcière qui se respecte.

Revenons-en à notre récit : soulagée, Ereshkigal propose au galatur et au kurgurra d’exaucer un de leurs souhaits. Ils réclament alors la dépouille d’Inanna, qu’ils ramènent à la vie avec la nourriture et l’eau de la vie. Elle retourne alors sur terre accompagnée de démons, qui s’empareront ensuite de son époux Tammuz pour l’emporter à la place de la Déesse aux Enfers.

En dehors d’une vie pour une vie, et d’une vie pour une mort, qu’est-ce qui a été échangé ici ?

En étant dépouillée de tout ce qui l’identifiait comme femme, prêtresse et reine, dans cet effacement total de son identité face à sa sœur, Inanna a gagné la connaissance d’elle-même. Elle s’est confrontée aux recoins obscurs du monde qui existent en dehors de son domaine (celui de la vie, de la lumière, de l’amour), et par cet acte de reconnaissance de l’autre, par ce sacrifice de sa personne, elle a gagné et intégré jusque dans sa chair la connaissance de l’obscurité d’Ereshkigal.

La sexualité n’est pas une force aveugle qui vous contrôle, mais un pouvoir qui peut être exercé en parfaite connaissance de cause. En termes psychologiques, on parlera d’intégration : la Déesse qui descend n’est pas celle qui remonte. Ereshkigal a offert à Inanna le pouvoir brut de sa sexualité. L’histoire s’achève : gloire à Ereshkigal !

L’utilisation consciente de la sexualité est traditionnellement le domaine de la prostituée, et Inanna était la déesse du sexe sacré et des prostituées, dont le répertoire de techniques incluaient les façons de provoquer ou d’empêcher une grossesse, les arts d’invoquer et d’évoquer le plaisir, et les arts du déguisement, de la transformation et de l’illusion. Tous ces savoirs s’acquièrent à travers une connaissance désinhibée de soi. Nous ne souhaitons pas glamouriser la vie de la prostituée, qu’elle soit ancienne ou moderne, mais elle reste un symbole de sexualité féminine indépendante dans une histoire humaine où la terreur de la chair a prévalu. Confiance, force, conscience : ce sont des cadeaux rares, avec lesquels nous naissons rarement, mais que nous pouvons arracher du noir miroir du monde souterrain.

La sorcellerie, comme la mise à l’épreuve d’Inanna, est une connaissance charnelle ; c’est une gnose vécue dans et à travers le corps.

Nous utilisons la structure mythique de la descente dans notre propre travail, retournant dans le « Grand En-Dessous » chaque année, pendant nos rites de Samhain. Sans la descente dans le monde souterrain, il ne peut y avoir d’envol vers le Sabbat. L’incubation, l’obscurité, la grotte, l’inconscient, c’est en ces lieux que nous trouvons et puisons le pouvoir de nous transformer, et de transformer notre monde. La sexualité et la créativité sont intrinsèquement liées, mais pour accéder à ces profondeurs primordiales et puissantes, nous devons aller encore plus loin, nous dépouiller de nos identités civilisées, et nous vider de tout verbe.

Ceci, nous le faisons au nom de Babalon.

Comme nous l’avons vu, la démone Lilith migre dans le judaïsme, comme le fait l’Eve coupable et démonisée. Inanna-Ishtar devient Astarté qui, avec son consort Baal, est dénoncée dans l’Ancien Testament, avant que Saint-Jean apporte sa touche finale au récit, et avec les pièges de l’Empire Romain, la renomme d’après le nom d’une vieille ennemie, Babylone.

C’est le Livre des Révélations, ainsi que l’hymne à la Déesse de l’Amour, le Cantique des Cantiques, qui ont transmis les réminiscences de la vieille religion jusqu’à notre époque post-païenne. Depuis ce temps, ces textes ont été mal lus, et surtout mal interprétés ; mais le mythe qui y a été conservé reste fondamental, et tout notre monde moderne s’organise toujours autour de lui.

Souvenez-vous que le Sabbat est aussi un domaine de l’imaginaire, qu’on peut rejoindre à travers une stimulation érotique des sens. Ici se trouve l’inclination naturelle et propre à la femme de générer des fantasmes et du rêve, du mouvement et de l’émotion. C’est un état sacré, et réalisé avec l’énergie sexuelle.

On ne peut parler d’une sexualité féminine, uniforme, homogène, classable dans des codes – de même qu’on ne peut parler d’un inconscient ressemblant à un autre. L’imaginaire des femmes est sans limites, comme la musique, la peinture, l’écriture ; le flux de leurs fantasmes est incroyable.

Hélène Cixous, « Le rire de la Méduse »

Ce que nous pouvons voir, c’est que la Sorcellerie est constamment réimaginée et régénérée par le sang de chaque génération. Par de nouvelles voix. Par des femmes fortes, sexuellement indépendantes. Par vous, qui osez devenir la Sorcière que vous imaginez.

Il y a un besoin urgent de la Sorcellerie.

L’ennemi chrétien a été remplacé par un Corporatisme qui nous dit que la liberté est le droit de travailler comme des esclaves, qu’être une femme signifie se plier à la corvée incessante du shopping et du dégoût de soi. Que le viol de la planète est un business normal.

Comme la Déesse elle-même pourrait le dire : Fuck.

La Sorcière marche miraculeusement hors des flammes.

Le corps continue de parler.

La Prêtresse ne sera pas réduite au silence, l’oracle ne sera jamais contenu.

Les contours de la Sorcellerie ne sont jamais fixées.

Toute révolution sorcière est une révolution sexuelle.

Nous pouvons plonger loin dans les profondeurs des Enfers sumériens, dans les matriarcats de Margaret Murray, ou dans la Vieille Europe de Marija Gimbutas ; l’essence de la Sorcellerie se trouve encore et toujours dans le corps nu de la sorcière.

Là, maintenant. Dans nos corps, présents dans cette pièce, nus sous nos vêtements.

Dans nos visions, nos rites, en notre temps.

Dans notre désir de nous reconnecter au pouvoir brut de la Sorcellerie, au désir charnel, qui dans la femme est insatiable.

Textes cités et lectures recommandée

JACK PARSONS, « Freedom is a Two-Edged Sword »

DAVID GORDON WHITE, « The Kiss of the Yogini »

SYLVIA FEDERICI, « Caliban and the Witch »

JULES MICHELET, « La Sorcière »

DIANE WOLKSTEIN et SAMUEL KRAMER, « Inanna: Queen of Heaven and Earth, her stories and hymns from Sumer. »

MARIJA GIMBUTAS, « Le langage de la Déesse »

CATHERINE CLEMENT et HELENE CIXOUS, « The Newly-Born Woman »

HELENE CIXOUS, « Le rire de la Méduse »

PENELOPE SHUTTLE & PETER REDGROVE, « The Wise Wound »

PETER REDGROVE, « The Black Goddess and the Sixth Sense »

PETER GREY, « The Red Goddess » ; « Seeing through Apocalypse » (essay from XVI, published by Scarlet Imprint)

ALKISTIS DIMECH, « Coup de Foudre » (essay from XVI)

Tradition dianique – Bénédiction pour soi

Ceci est une traduction et adaptation personnelle d’un rituel de bénédiction associé à une onction des différentes parties du corps, à réaliser sur soi-même. Je me suis inspirée en partie d’une traduction proposée sur Les Portes du Sidh, et, pour l’essentiel, d’un texte issu de la tradition dianique

Pour l’onction, il est possible d’utiliser différentes choses, selon votre intention : eau lustrale, eau et sel, eau et vin, huile … Pour ma part, j’apprécie particulièrement l’usage d’une huile parfumée consacrée à cet effet, mais selon les envies et besoins du moment, il m’arrive de faire usage d’une eau de source chargée d’énergie lunaire, ou d’eau de rose 🙂 Bien entendu, j’invite les hommes à partager leurs propres versions de ce rite, destiné en priorité aux femmes …


Bénis-moi Mère, car je suis ton enfant.
Bénis mon esprit, qu’il soit toujours empli de Toi.
Bénis mes yeux, qu’ils soient ouverts sur toute la beauté et la magie
qui résident dans l’Univers, et en moi.
Bénis ma bouche, qu’elle chante et dise ma Vérité, fortement,
clairement, et avec conviction.
Bénis mes mains, qu’elles réalisent Ton œuvre et manifeste ma Volonté.
Bénis mon cœur, qu’il s’ouvre à tout l’Amour présent dans le monde.
Bénis ma poitrine, qu’elle berce et nourrisse toute Vie.
Bénis mon plexus solaire, la flamme dans mon ventre,
l’étincelle qui accomplit le Désir de mon cœur.
Bénis ma matrice, mon yoni, porte de la Vie,
pour le plaisir et pour la création.
Puissé-je créer comme Tu as créé,
quand tu as fait naître de Toi l’Univers tout entier.
Bénis mes jambes et mes pieds,
qui me portent fermement sur ma voie de Vérité.

Bénis-moi, et sois bénie.

Marian Green – Appeler la Lumière

Tiré de « A Witch Alone »
Traduction et adaptation personnelles.

 

Parce que le soleil et la lune influent tous deux les cycles de nos vies, nous offrant jours, nuits, mois, temps de repli et d’expansion, ces forces peuvent être invoquées dans le cadre de rituels. Ceci est un exercice à pratiquer en douceur, étape par étape, en devant familier de chaque partie ; vous découvrirez alors, à l’issue de votre exploration progressive, que vous pouvez réaliser l’ensemble mentalement, rapidement et de manière effective.

Asseyez-vous tranquillement dans un de vos lieux favoris, le mieux étant à l’extérieur, sous un grand arbre ; munissez-vous si possible d’un carnet de notes. Dans celui-ci, vous serez amené à écrire un certain nombre de courts poèmes, invocations, mots, peu importe comment vous les appelez ; ces écrits constitueront la base d’une cérémonie tout à fait personnelle de bénédiction de l’espace.

Cet exercice simple est connu sous le nom « appeler la lumière », et a pour but de construire une sphère magique autour de vous, afin de renforcer votre magie, vous apporter la paix de l’esprit, ou comme protection aux vibrations envahissantes du quotidien. Il faut le considérer comme une mesure temporaire, susceptible de protéger d’un problème assez bref, et non pas comme une armure indestructible à porter constamment.

Commencez par regarder vers l’Est. Pensez au soleil à l’aurore. Voyez les cieux déjà s’emplissant de lumière, et  au-dessus d’une bande sombre à l’horizon, un point, puis une barre de lumière brillante, donnant naissance au grand cercle solaire qui se déploie doucement dans le ciel. Voyez ceci clairement, et accueillez l’aube avec quelques mots, ou un petit poème, que vous prendrez soin de noter.

Regardez ensuite vers le Sud et visualisez des prés emplis de fleurs rouges, oranges et jaunes aux coloris chauds et lumineux, vibrantes d’énergie solaire. Voyez-les jusqu’à ce que vous puissiez sentir la chaleur, le parfum des fleurs, et entendre la danse des abeilles. Ecrivez un autre petit poème ou invocation pour le soleil à son zénith. Percevez chaque chose emplie de lumière.

Ensuite, regardez vers l’Ouest, et voyez le soleil descendre dans un ciel de fin de journée aux couleurs d’abricot et d’azur. Sentez le pouvoir plonger dans la terre ou dans l’océan. Sentez la fraîcheur s’installer doucement, éveillez la paix, la satisfaction dans votre cœur. Écrivez quelques mots d’au revoir à la lumière, et préparez-vous à accueillir le cocon de l’obscurité.

Pour terminer le cercle, regardez le Nord, et visualisez un paysage rocheux, la nuit, sous un ciel empli de millions d’étoiles scintillantes. Appelez le pouvoir de ces étoiles à vous inspirer et à éveiller votre sagesse intérieure. Sentez l’énergie de l’univers tout entier se tourner vers vous, et écrivez des mots voués à votre foyer galactique, vos père et mère cosmiques. Voyez l’obscurité et la luminosité vivant dans ce ciel.

A présent, regardez à votre droite, et dans l’obscurité de la nuit imaginée, voyez le pâle croissant de la nouvelle lune s’élever. Appelez-la Sœur, Amante ou Amie, et demandez que sa lumière illumine vos rêves et éveille vos pouvoirs mystiques. Voyez-la s’élever parmi les étoiles chantantes, et compilez quelques mots pour parler de cette expérience.


Ensuite, regardez à votre gauche, et voyez là la lune décroissante, à nouveau un pâle croissant, comme un reflet de la nouvelle lune visualisée précédemment. Devinez, dans la nuit parfaitement noire, le filament de lumière étoilée, que tracerait le chemin de la nouvelle lune rejoignant les bras de la vieille lune, puis leur cheminement silencieux en descendant vers l’Ouest. Demandez à recevoir la force intérieure lorsque les obstacles se présentent à vous, la patience, l’endurance et la persistance ; afin que, peu importe les difficultés, vous puissiez toujours sentir la lumière briller au-dessus de vous, et savoir qu’un jour nouveau, plus lumineux, est proche. Inscrivez à nouveau votre ressenti.

Prenez note de tout cela, puis regardez au-dessus de vous ; là, au zénith des cieux, se tient la face ronde de la pleine lune, haute et fixe au-dessus de vous. Elle peut vous offrir des mots d’illumination, d’inspiration enivrée, mais aussi de froide logique, même si vous ne vous y attendez pas. Ses mots peuvent sonner comme durs à vos oreilles, car ce qui est vu à la lumière de la lune n’est pas pareil que vu à la lumière du soleil. Ecrivez ces mots murmurés par la lune.

Regardez en-bas. Ici, il ne semble pas y avoir de lumière, juste l’obscurité totale de la terre profonde et fertile. Mais ici vous trouvez fondation, sécurité, le tremplin duquel vos rêves les plus sauvages peuvent être lancés, le foyer vers lequel vous pourrez revenir à la fin de toutes vos errances, à travers ce monde et bien d’autres. Voyez l’obscurité comme solide, ferme et forte, sentez son soutien. Alors, lorsque la lumière se sera entièrement absentée, percevez avec votre vue intérieure un petit point de lumière, une petite étoile cachée telle un diamant dans un manteau de velours ébène. Découvrez le secours de cet éclat intérieur, et voyez toutes les autres lumières de la terre allumées par cette minuscule flamme, jusqu’à ce qu’elles s’enflamment toutes et brillent tout autour. Écrivez des mots de bénédiction et de remerciement à la terre qui englobe tout.

Enfin, regardez à l’intérieur de votre propre cœur. Voyez-y également une flamme de lumière, la divine, l’éternelle étincelle qui fait partie de votre essence depuis que vous avez revêtu cette forme, et apprenez comment cette étincelle fait partie intégrante de la Force Créative ; à travers elle, tout votre pouvoir magique peut être sublimé. Si vous prenez conscience du fait que vous êtes connecté à la source d’énergie qui nourrit l’univers tout entier, vous verrez que vous pouvez faire tout ce que votre Vraie Volonté demande. C’est par ce mince lien que n’importe quel pouvoir que vous apprendrez à contrôler coulera dans le domaine de la terre, prendra effet, guérira, bougera des montagnes et aidera l’humanité sur sa longue route vers l’évolution.

Si ce lien est clair et bien établi, vous ne serez jamais fatiguée par votre magie, car il est impossible d’épuiser le pouvoir de l’univers ! Vous devriez toujours puiser à cette étincelle divine pour vous rafraîchir et être empli de joie et de paix à la fin de chaque type de travail. Écrivez une dernière ligne, célébrant la lumière cachée à l’intérieur de vous, afin qu’elle puisse briller comme un phare d’amour, de vérité et d’honneur parmi les êtres vivants sur la terre.

Vous pourrez constater, si vous tracez un diagramme de ce qui a été décrit au-dessus, que vous avez créé un cercle autour de vous, suivant l’horizon, puis un cercle depuis votre main droite, passant au-dessus de votre tête vers votre gauche puis descendant vers le sol ; et là où se rencontrent ces deux cercles se trouvent votre étincelle divine, en votre cœur. C’est un symbole puissant et ancien, une sphère tracée en flamme blanche, la Lumière Intérieure, le Feu de la Création, le Porteur de Lumière, la Sagesse Éclairante.  »

Victor Anderson – Du pouvoir et des Pentagrammes

Extrait de The heart of the initiate – Feri lessons, de Victor et Cora Anderson
Traduction et adaptation personnelles

A présent, avant que j’oublie, quelques mots sur le pouvoir. La plupart des gens pensent au pouvoir en terme de pouvoir sur autrui. Il y a des personnes – particulièrement des hommes – qui veulent avoir du pouvoir sur leurs épouses, du pouvoir dans un parti politique, du pouvoir sur un pays, sur une arme, sur un chien, ou sur quelque chose d’autre. Et je pense qu’ils sont davantage prompts à tuer qu’à faire l’amour. Je pense qu’ils ne savent pas faire l’amour, qu’ils font la haine. Ce qui nous conduit toujours à nous poser la question de l’âme brute retournée à l’état sauvage, vous voyez ?

Le pouvoir est comme le soleil. Le soleil a du pouvoir. Un corps sain a du pouvoir. Si vous avez bonne santé, vitalité, force dans tout votre être, ceci est le pouvoir. Le pouvoir de faire des choses – comme cuisiner votre repas, faire de la musique, marcher, faire un tour en vélo, conduire une voiture – ceci est le pouvoir. Quand les gens disent que le pouvoir corrompt, ils songent à la domination d’autrui. Quand quelqu’un utilise le pouvoir d’une mauvaise [ndlt : wrong et non bad, la nuance est importante je crois] manière, il ne détient pas réellement ce pouvoir. Si tout le monde se retourne contre cette personne, celle-ci se révèle comme n’étant rien, absolument rien, car elle « n’est » pas le pouvoir.

Vous devez devenir pouvoir vous-mêmes. Et dites alors, « je suis pouvoir. Je n’ai pas seulement du pouvoir, je suis pouvoir ». Sexe, égo, passion, fierté, et pouvoir. Voici le Pentagramme de Fer. Et souvenez-vous que le Pentagramme de Perle n’en est pas une forme plus douce, mais une forme plus réfléchie, plus méditative. Nous avons parlé des deux grands pouvoirs : l’âme brute et l’âme qui raisonne. Elles doivent travailler ensemble – le côté sombre et le côté lumineux de la force. Elles ne sont pas des forces en opposition.

L’obscurité n’est pas mauvaise, ou la lumière bonne, tout comme l’inverse n’est pas plus vrai. C’est une idée patriarcale. Comme toute religion dominée par le masculin, elle s’enracine dans le mauvais [ndlt : ici encore, le mot wrong est utilisé] égotisme. Le mot « ego » vient du grec, et signifie simplement « je suis » ou « j’existe ». Nous sommes une religion d’égo, de pouvoir, de désir sexuel, au sens où ce désir est empli de pouvoir. Rien à voir avec le souhait de blesser autrui, de sortir prendre de la cocaïne ou toute autre chose de ce goût-là. Je parle juste du riche pouvoir de la vie, comme le vent, la pluie, les éléments. Tout ce pouvoir, vous y avez droit en tant que femme, car vous êtes l’espoir de l’humanité. Vous êtes la porte de la vie. Vous êtes la joie et le mystère de la nature.

Quand vous réalisez cela, quand vous l’avez intégré, levez votre tête et dites « je suis femme, je suis moi. Je suis le début et la fin. » Alors vous comprendrez comment utiliser le Pentagramme de Fer et le Pentagramme de Perle.

Nous utilisons d’autres étoiles. Il y a l’énnéagramme. Le décagramme aussi, qui est un développement de l’énnéagramme.

Si les gens ne prennent pas soin les uns des autres, ils n’utiliseront pas le pouvoir sagement. Vous pouvez avoir moult capacités et pouvoirs, s’il vous manque l’harmonie, si votre mana [ndlt : on pourrait traduire le mot comme « force de vie »] n’est pas connecté à tout le reste, alors vous serez comme un cheval sauvage sautant par-dessus des clôtures.

Seulement, vous ne pouvez pas accuser le pouvoir. C’est votre travail intérieur, encore incomplet, qui est en faute. Le mal n’existe pas, à moins que quelque chose soit rejeté, détruit ou brisé. Alors voilà, nous avons l’énnéagramme, ses neuf pointes, qui sont sexe, égo, passion, fierté, amour, sagesse, connaissance, loi, et pouvoir. Pour faire dix pointes, nous ajoutons liberté ; car nous sommes libérés lorsque nous avons atteint non pas le contrôle de nous-mêmes, mais la discipline en nous-mêmes. Il y a une différence entre les deux.